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  • L'invité

    Pierre Moscovici

    Invité : Pierre Moscovici, commissaire européen français aux Affaires économiques et monétaires, à la Fiscalité et à l'Union douanière. Pierre Moscovici pousse un cri d'alarme et demande une profonde réforme européenne. Il en appelle à tous les candidats à l'élection présidentielle française de 2017. Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    -Bonjour Pierre MOSCOVICI.

    -Bonjour.

    -Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, vous publiez un livre "coup de gueule", on va le dire très franchement, "Il est minuit en Europe". Vous y dénoncez finalement le traitement de l’Europe aujourd’hui, et vous dites : "On manque d’Europe".

    -On manque d’Europe, on n’en parle pas, et quand on en parle, on en parle mal. La seule personne en fait qui parle d’Europe, dans le débat politique (...)

    -Bonjour Pierre MOSCOVICI.

    -Bonjour.

    -Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, vous publiez un livre "coup de gueule", on va le dire très franchement, "Il est minuit en Europe". Vous y dénoncez finalement le traitement de l’Europe aujourd’hui, et vous dites : "On manque d’Europe".

    -On manque d’Europe, on n’en parle pas, et quand on en parle, on en parle mal. La seule personne en fait qui parle d’Europe, dans le débat politique français, vraiment, c’est Marine LE PEN. Et les autres paraissent, comment dire, honteux, timides, effacés. Et moi je dis que le populiste n’a pas la vérité sur l’Europe. Que l’Europe n’est pas un problème, ce n’est pas non plus LA solution, mais c’est une partie de la solution. C’est vraiment l’espace sur lequel nous, les Européens, nous les Français, nous ne pesons pas dans le monde. Et si nous ne sommes pas capables d’avoir une Europe plus démocratique, une Europe plus protectrice, une Europe aussi économiquement plus forte, alors à ce moment-là, nous délaissons notre avenir historique.

    -Oui. Et le résultat, ça sera ce que vous dites au tout début de ce livre, c’est d’ailleurs, vous dites même un cauchemar. Vous imaginez en 2017 Marine LE PEN gagne l’élection présidentielle. C’est une réalité possible, ça ?

    -Non, c’est un peu un cauchemar, un lancement du livre. Je ne crois pas que Marine LE PEN gagnera l’élection présidentielle en 2017. Ce n’est pas… Aujourd’hui, qui peut prédire sur les élections ? Personne. Mais tout de même, il y a les indicateurs qui sont assez précis. Prenez les élections régionales, elle n’a pas gagné une région, elle n’a même pas gagné SA région, donc les Français ne veulent pas de l’extrême-droite.

    -Oui, mais si elle fait 30, 40 % au premier tour, ça sera pour tout le monde un choc.

    -C’est ce que j’allais dire, ce sera déjà un choc considérable en Europe. La France a été le premier pays où l’extrême-droite s’est qualifié au deuxième tour d’une élection présidentielle, c’était en 2002, c’était Jean-Marie LE PEN. À l’époque, ç’avait été un coup de tonnerre, et une surprise. Cette fois-ci, la surprise serait qu’elle n’y soit pas. Mais si elle fait 30 % au premier tour, si elle fait 40 % au deuxième, alors pour les Européens, ce sera le signe qu’il se passe quelque chose en France, que la France se sent déclassée, déprimée, se tourne vers le populisme. Ça n’est pas fatal. Mais pour ça, il faut encore une fois, porter haut ses couleurs. Et c’est la raison pour laquelle je souhaite que cette élection présidentielle de 2017 soit le vrai référendum sur l’Europe, qu’on dise non aux thèses anti-européennes et anti-euro de Madame LE PEN, et qu’on soit capable d’avoir des propositions pour renforcer l’Europe. Pas au sens du "plus d’Europe" de l’Europe fédérale, je ne suis pas "Monsieur plus" et je suis lucide sur ce qui ne va pas, mais au sens d’une Europe qui, tenez, nous protège mieux…

    -Oui. Ce n’est pas comme ça qu’elle est perçue, aujourd’hui Pierre MOSCOVICI.

    -… défense européenne, sécurité de nos frontières, et…

    -Oui. Vous dites : "Il faut la reconqué… il faut que le peuple reconquière l’Europe", il faut aussi que l’Europe reconquière le peuple.

    -J’en suis tout à fait d’accord. Pour moi, la réponse au populisme, ce n’est pas le populisme light, mais en revanche, c’est une Europe populaire. Et moi je suis conscient que les électeurs qui votent pour Marine LE PEN, par exemple dans mon ancienne circonscription, à Montbéliard, des ouvriers, qui ont très longtemps voté socialiste, et qui aujourd’hui, votent pour Marine LE PEN ; que les électeurs qui ont voté pour TRUMP, dans le Wisconsin, dans le Michigan, en Pennsylvanie, ce sont des gens qui se sentent perdants de la mondialisation. Et ils ont besoin de sentir que l’Europe est loin d’être "le cheval de Troie" de la mondialisation libérale, mais au contraire, un instrument de protection et de résistance. C’est la raison pour laquelle, par exemple, je plaide pour qu’en matière de commerce extérieur, de politique commerciale, on soit capables de définir des accords de nouvelle génération qui protègent les normes sanitaires, les normes environnementales, les normes sociales, l’exception culturelle, ou la différence, ou la diversité culturelle. C’est ce qui a été fait avec le Canada, c’est ce qui n’a pas été fait avec les États-Unis. Et donc, je crois vraiment qu’il faut une forme de patriotisme européen, mais aussi une démocratie européenne, qui soit plus proche du citoyen. Pour que l’Europe soit comprise et appréciée, il faut qu’elle soit plus lisible. On n’a pas besoin d’avoir un dictionnaire ou un décodeur pour comprendre l’Europe.

    -Il faudrait aussi qu’on en parle. Vous dites vous-même dans ce livre, vous avez plusieurs fois interpellé François HOLLANDE, en lui disant finalement : "Tu ne (mets) pas assez l’Europe. " Et vous avez constaté que finalement, il n’a pas… il ne vous a pas suivi, quelque part ?

    -François HOLLANDE a été un Européen à la fois de cœur et de raison, qui a fait progresser un certain nombre de sujets, par exemple sur la Grèce. Si la France n’avait pas été là, le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro était puissant. Mais, c’est vrai que j’attendais de lui qu’il tienne un discours pro-européen, fidèle à son ADN, il a quand même commencé avec Jacques DELORS. Et…

    -Mais il ne l’a pas fait, ça.

    -Mais je vais lui lancer un appel, ici, Patrick SIMONIN. Il lui reste 5 mois. Et je pense que ces 5 mois doivent être des mois utiles pour lui et pour le pays.

    -Ce n’est pas trop tard ?

    -Non, puisque nous allons avoir une campagne électorale, je pense que la voix du chef de l’État, et qui plus est, d’un chef de l’État désintéressé, c’est-à-dire quelqu’un qui ne se représente pas, d’un chef de l’État en quelque sorte, libre, d’un homme qui a son expérience européenne, il est temps qu’il laisse enfin parler son cœur et sa pensée européenne. Donc, je profite d’être ici pour dire qu’on a besoin de ça. Et au fond, c’est ce que j’ai voulu lancer avec ce livre. Ce livre pour moi, c’est une contribution que j’offre à tous les candidats à la présidentielle en leur disant : "Saisissez-vous du débat ! Parlez-en !" Parce qu’il faut être conscient d’une chose, c’est que l’Europe, en réalité, est au cœur de tout : elle est au cœur de la défense, elle est au cœur de la sécurité, de la protection des frontières, elle est au cœur de l’économie. Et si on n’en parle pas, au fond, on dérobe une partie du débat démocratique, on se contente de slogans, on est pour ou on est contre. Il ne s’agit pas de ça. Les Français sont européens, mais quelle Europe veulent-ils ? Moi je souhaite qu’ils aient une Europe protectrice, une Europe démocratique, et une Europe puissante. C’est ça les 3 directions que je propose dans ce livre.

    -Oui. Alors il y a un nouveau candidat pour la primaire de gauche, c’est Vincent PEILLON. Le magazine Le Point a écrit qu’avec Anne HIDALGO, avec Christiane TAUBIRA, vous avez été l’un de ceux qui ont poussé cette candidature de Vincent PEILLON. Vous êtes derrière Vincent PEILLON ?

    -Écoutez. Il y a maintenant, dans les médias, une espèce de lecture conspirationniste ou psychologisante des candidatures. Vous pensez bien que si un homme est candidat à l’élection présidentielle ou aux primaires, c’est parce qu’il s’en sent la capacité et parce qu’il a l’envie. Je connais Vincent PEILLON depuis très longtemps, c’est un ami, nous sommes proches sur le plan intellectuel, c’est un Européen, c’est un social-démocrate.

    -Oui, mais vous soutiendrez, donc, sa candidature ?

    -Je n’ai pas à soutenir qui que ce soit, et je n’ai suscité aucune candidature. Donc, arrêtons avec ça, franchement il n’y a pas de marionnette et il n’y a pas de marionnettiste. Il a souhaité s’inscrire au fond dans cet espace que François HOLLANDE par son retrait n’occupe pas, qui est celui de l’espace central du Parti socialiste. Je souhaite que ce débat ait lieu, finalement maintenant, on va avoir des candidats assez différents, et je souhaite qu’il puisse à la fois offrir une diversité et de se rassembler. Quant à moi, mon rôle, c’est de parler d’Europe, c’est de faire des propositions européennes, et je leur fais à tous, et je suis prêt à les rencontrer, tous.

    -Vous allez les rencontrer chacun, tous les candidats pour cette primaire, un par un ?

    -Celui qui souhaite me rencontrer, je le ferai, et je le ferai pour lui parler d’Europe. Parce qu’au fond, le candidat que je soutiens, c’est la gauche européenne.

    -Oui.

    -Je veux une gauche qui ne soit pas une gauche tentée par l’euroscepticisme, une gauche nationaliste. Je souhaite une gauche qui soit patriotique, et une gauche qui soit profondément européenne. Et au fond, ce qui va m’importer maintenant, au-delà des amitiés ou des sympathies, j’en ai.

    -Vous avez de la sympathie pour Emmanuel MACRON, par exemple ?

    -Je parlais des socialistes. Mais Emmanuel MACRON est quelqu’un que je connais bien, et qui sur le plan européen…

    -Il dit qu’il n’est pas socialiste, mais il se définit quand même dans le camp de la gauche.

    -Non, mais c’est un pro-Européen. Le camp de la gauche, c’est bien ça le problème, c’est qu’il est dans une espèce d’entre-deux, on ne sait pas trop où, ça dépend des jours, ni droite ni gauche, et droite et gauche, un jour à gauche, un jour à droite. Mais en attendant, sur l’Europe, c’est sûr que c’est quelqu’un qui a une conviction. Non, mais je parlais des socialistes. Je suis prêt à rencontrer tous les candidats, et vous avez raison, pas seulement les candidats socialistes, les autres aussi. Je suis prêt aussi à rencontrer le candidat de la droite, pourquoi ? Parce que j’ai une fonction, que cette fonction dure jusqu’en novembre 2019, que j’aurai à travailler demain avec le président de la République élu, avec le gouvernement élu. J’ai le sentiment de contribuer à une Europe qui soit populaire, en tout cas, une Europe qu’on puisse expliquer, revendiquer, dont on peut être fiers. Et c’est ça le sens de ce livre.

    -Merci beaucoup, Pierre MOSCOVICI. "S’il est minuit en Europe", et publié chez Grasset. Merci d’avoir été notre invité.

    -Merci à vous.

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