Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Marie-Françoise Colombani et Tareq Oubrou

    Invités : Marie-Françoise Colombani et Tareq Oubrou.

    La féministe Marie-Françoise Colombani, qui fut pendant 30 ans la rédactrice en chef du magazine « Elle », et Tareq Oubrou, le grand imam de Bordeaux, dialoguent sur la place des femmes dans l'Islam. Un échange sans concession entre deux fortes personnalités qui fait l'objet du livre « La féministe et l´imam ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    -Marie-Françoise COLOMBANI, pendant 25 ans, l’une des patronnes du magazine Elle. A ses côtés Tareq OUBROU, le grand imam de Bordeaux. Merci à tous les deux d’être nos invités. C’est la féministe et c’est l’imam, c’est le titre d’un livre publié chez Stock. C’est un livre étonnant. C’est une rencontre étonnante. Marie-Françoise COLOMBANI, vous aviez voulu savoir ce qu’il y avait dans le ventre du personnage qui est à côté de vous, c’est-à-dire Tarq OUBROU.

    -D’abord, je voulais savo (...)

    -Marie-Françoise COLOMBANI, pendant 25 ans, l’une des patronnes du magazine Elle. A ses côtés Tareq OUBROU, le grand imam de Bordeaux. Merci à tous les deux d’être nos invités. C’est la féministe et c’est l’imam, c’est le titre d’un livre publié chez Stock. C’est un livre étonnant. C’est une rencontre étonnante. Marie-Françoise COLOMBANI, vous aviez voulu savoir ce qu’il y avait dans le ventre du personnage qui est à côté de vous, c’est-à-dire Tarq OUBROU.

    -D’abord, je voulais savoir ce qui se passait vraiment dans l’Islam, dans le Coran, à travers les paroles du prophète quant à la situation des femmes… des femmes musulmanes et donc je me suis dit que pour ça, il fallait voir un homme de religion.

    -Vous aviez eu envie de lui demander, il est à côté de vous… De lui dire au fond « comment on traite la femme dans l’Islam? »

    -Pour être plus précise, je voulais surtout lui demander au départ pourquoi il avait changé d’avis par exemple sur la question du voile. C’est-à-dire il y a 15 ans, il disait que rien ne prouvait dans le Coran que la femme n’était pas obligée de le porter. Or aujourd’hui, il écrit dans ses livres que rien n’oblige dans le Coran, la femme à porter un voile. Et donc je me demandais pourquoi il y avait ce revirement comme sur beaucoup de choses et en travaillant, avant de rencontrer sur lui, je me suis aperçue que c’était un homme qui pratiquait maintenant un Islam libéral, que c’était quelqu’un qui était extrêmement respectueux de la loi française et qu’il avait beaucoup, beaucoup travaillé pour pouvoir répondre à cette question de pourquoi le voile, le foulard a pris une telle importance dans notre société.

    -Et en même temps, Tareq OUBROU, merci d’être avec nous. Vous lui dites dans ce livre, vous lui dites : « Mais au fond, ce n’est pas les questions fondamentales. »

    -Oui, c’est une question dérisoire qui est cette question des vêtements de la femme. On occulte les questions métaphysiques, théologiques sur la dignité de la personne, au-delà de son sexe, de sa race et de sa religion. Aujourd’hui le discours sur l’Islam est plus un discours identitaire, parfois normatif, mais moins métaphysique et théologique. Il n’y a cette question de l’être.

    -… Finalement de ces questions et pourtant Marie-Françoise COLOMBANI a envie de savoir comme beaucoup de gens ont envie de savoir ce qu’il y a vraiment dans l’Islam. Est-ce que l’Islam est féministe par exemple ?

    -Féministe, en tout cas, il est pour la dignité de l’homme et de la femme à égal niveau. Il y a une égalité anthologique, métaphysique, théologique quant à la dignité de l’homme et de la femme. Là où il y a une différence, c’est au niveau juridique. C’est-à-dire que la loi, elle prend en considération les coutumes, le moment historique où se fait cette traduction entre le principe d’égalité et la loi. On le voit aujourd’hui en France que le débat sur la loi de l’égalité est toujours un débat d’actualité. Le principe, tout le monde reconnaît qu’il y a un principe d’égalité, mais quand on passe à la traduction normative dans une loi, eh bien il y a des résistances sociologiques, anthropologiques que le Coran a prises en considération.

    -Marie-Françoise COLOMBANI, vous entendez ça ? Cette difficulté ?

    -Oui, mais en attendant, j’entends, mais qu’est-ce qu’on vit aujourd’hui, l’inverse. C’est-à-dire qu’effectivement Tareq dit que l’égalité est partout dans le Coran, nous qu’est-ce qu’on voit ? Des femmes voilées, des femmes qui ne veulent pas se faire soigner par un homme à l’hôpital. Donc ce sont des questions actuelles. Donc en fait, d’où vient le problème ? Ces gens-là, ils le font parce qu’il pense le faire en respect de la religion, donc le problème vient des gens qui leur enseignent cette religion.

    -Oui, mais, vous lui demandez très directement, vous lui parlez de l’interruption volontaire de grossesse, vous lui parlez du mariage pour tous, de l’homosexualité, ce sont des sujets concrets où finalement on entend peu l’Islam s’exprimer.

    -C’est ce qui est dommage. Pourquoi on l’entend peu ? Parce que cette religion-là est enseignée soit via Internet, YouTube avec des prédicateurs totalement intégristes ou fous, soit dans les mosquées par des gens qui sont au mieux incompétents, au pire malfaisant.

    -Mais on a une position Tareq OUBROU sur ces grandes questions de société, une vraie position officielle, certifiée.

    -Il y a l’Islam savant et il y a l’Islam sociologique. Aujourd’hui, l’Islam souffre d’une orthodoxie orthopraxie de masse. C’est-à-dire le nivellement par le bas. Au Moyen-Age, c’était les savants érudits qui proposaient des interprétations pertinentes. Aujourd’hui, on n’a plus cette culture de la complexité, la nuance dans le rapport à la loi.

    -Oui, mais concrètement, quand elle vous pose la question, elle vous dit : « Est-ce que l’on peut être pour l’interruption volontaire de grossesse ? », par exemple.

    -J’ai expliqué ça.

    -Il dit oui.

    -C’est-à-dire qu’il y a le principe de la conservation de la vie, mais il y a le principe de réalité qui prend en considération les souffrances et les risques que pourrait produire une grossesse non assumée.

    -Donc, on n’est pas contre. Concernant le mariage pour tous. Elle vous demande aussi ça, l’homosexualité.

    -Mais oui, mais il y a le côté éthique, l’Islam comme les autres religions ne permettent pas ce genre d’union. Mais, il y a bien des musulmans qui sont homosexuels. On ne va pas leur enlever le statut d’Islamité à cause de leur choix sexuel. Donc il faut faire le discernement entre l’appartenance parce qu’en Islam, on est musulman par la foi. La pratique ne fait pas partie de la définition de la foi. Donc déjà, quelle que soit la conformité ou non du musulman par rapport à une règle, il ne lui lève pas son statut spirituel de musulman. Donc, il est plus à l’aise dans le rapport à la loi puisque l’essentiel est garanti parce que dans le jour du jugement dernier qui est un dogme important, c’est la foi qui sauve, ce n’est pas la pratique. Donc, dans mon discours, j’apaise et je relativise un certain nombre de pratiques.

    -Oui, Marie-Françoise COLOMBANI. Vous dites aussi, parce que ce personnage, Tareq OUBROU qui est là, vous lui reconnaissez ce courage qui fait qu’il est menacé et aussi il a changé dites-vous, mais il est aussi resté fidèle au fondateur des Frères musulmans. Vous notez aussi ça, vous l’interrogez là-dessus.

    -Oui, et puis je ne le lâche pas. Moi je ne comprends pas. D’ailleurs, malgré tout le respect que j’ai pour lui, même aujourd’hui… en même temps, je trouve que c’est formidable d’avoir cette fidélité qu’il a auprès des textes et des gens qui ont été très, très importants pour lui. Mais en même temps, je me dis ça serait tellement facile qu’il dise : « Je renie… »

    -Il ne veut pas.

    -Il ne veut pas, il…

    -Ce n’est pas une question de fidélité. Moi je suis un grand lecteur. Je suis marqué par beaucoup d’auteurs y compris (inaudible) à un moment donné. Mais j’ai transcendé ces auteurs-là. Je suis autonome aujourd’hui. Je suis en train de formaliser toute une théologie. Et donc, je ne suis pas un petit imam. Je ne renie pas mon passé parce que je suis la somme…

    -Vous ne reniez pas par exemple que vous aviez voulu aller chez les moudjahidines.

    -Oui, mais c’est mon histoire. On ne renie pas son histoire. On la capitalise. On la transforme et on la sculpte. Je sculpte ma personne. On ne peut pas refouler une partie de vous, sauf qu’il faut convertir cette partie dans le bon sens et l’évolution. Dans la tradition du Moyen-Age, les savants ont changé leur avis 3 fois à la journée parce qu’ils sont dans le doute et dans l’évolution. Et c’est un signe de santé spirituelle et mentale.

    -En même temps, je parlais de ce courage Marie-Françoise COLOMBANI qui fait qu’Alain JUPPÉ à Bordeaux qui est proche de Tareq OUBROU a été très attaqué. On l’a appelé Ali JUPPÉ parce qu’il le soutenait Tareq OUBROU.

    -Mais oui… Mais, vous savez quand on parle de courage à Tareq OUBROU, lui, il dit qu’il n’en a pas besoin parce qu’il n’a pas peur de mourir. Puisqu’il a Dieu qui l’attend.

    -Merci beaucoup Tareq OUBROU. Merci Marie-Françoise COLOMBANI. C’est un livre tout à fait étonnant, un dialogue étonnant et qui se poursuit évidemment dans ce livre publié chez Stock. On était ravi de vous recevoir aujourd’hui.

    -Merci.

    Voir plusmoins
    00:08:05
    Tous publics
    Tous publics