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  • L'invité

    Amina Bouzguenda-Zeghal.

    Invitée : Amina Bouzguenda-Zeghal, présidente et fondatrice de l'université Paris-Dauphine Tunis.

    Amina Bouzguenda-Zeghal a fait le pari de la formation, comme le plus grand défi de la Tunisie post-révolutionnaire.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le musée du Bardo à Tunis.


    Transcription

    -Bonjour Amina BOUZGUENDA-ZEGHAL.

    -Bonjour.

    -On est heureux de vous accueillir ici au musée du Bardo, TV5 Monde, comme ça, pour cette série spéciale Tunisie. Vous êtes une des plus brillantes intellectuelles tunisiennes, vous êtes la Directrice générale de l’université Paris-Dauphine-Tunis. Il y a plus de 300 élèves, plus de filles que de garçons dans cette université ?

    -Oui, plus de filles que de garçons effectivement. 70 % des diplômés de Masters sont (...)

    -Bonjour Amina BOUZGUENDA-ZEGHAL.

    -Bonjour.

    -On est heureux de vous accueillir ici au musée du Bardo, TV5 Monde, comme ça, pour cette série spéciale Tunisie. Vous êtes une des plus brillantes intellectuelles tunisiennes, vous êtes la Directrice générale de l’université Paris-Dauphine-Tunis. Il y a plus de 300 élèves, plus de filles que de garçons dans cette université ?

    -Oui, plus de filles que de garçons effectivement. 70 % des diplômés de Masters sont des filles, mais après, la question : est-ce qu’on les retrouve dans les postes de direction ?

    -Oui. Pourquoi ? Parce qu’évidemment, c’est un combat ?

    -C’est un combat. Aujourd’hui, la question de la parité homme/femme est là. Effectivement, je pense que ça serait bien de voir pourquoi il y a autant de filles diplômées, et pas autant de femmes qui se trouvent à la tête d’entreprises.

    -Oui.

    -C’est un vrai gâchis économique. La parité homme/femme, ce n’est pas juste une question de justice ou de société, c’est aussi une problématique économique pour le pays.

    -Oui. Il y a plus de filles que de garçons à l’université en Tunisie, et ça ne se traduit pas dans la société.

    -Alors, je pense en Tunisie comme en France, comme dans plusieurs pays, les diplômés sont essentiellement des femmes, elles sont perfectionnistes, mais après effectivement, en compétences, elles -sont très bien aussi, mais pour des postes de direction, on ne les retrouve pas.

    -C’est vrai. Alors qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est-ce qu’il faut faire, Amina, pour changer finalement les choses ?

    -Alors, je pense qu’il faut continuer à en parler. On a eu la journée de la femme, et en Tunisie il y a la journée internationale de la femme, et il y a le 13 août aussi. On parle beaucoup du rôle de la femme, c’est très bien de parler de cette exception tunisienne, c’est très bien de parler du rôle…

    -Oui, parce qu’il y a un Code particulier ici, qui est quand même assez exceptionnel pour les femmes.

    -Effectivement, le Code du statut personnel, et on en bénéficie depuis l’indépendance, en 1956. Ce Code stipule que la femme est une citoyenne de plein droit, et voilà, nous avons tous les droits de… tous les droits comme les hommes. Mais aujourd’hui, je pense que le souci c’est plus de parler de parité, d’égalité, de diversité. Cette diversité, elle peut être une diversité de gens, une diversité d’origine, de religion, voilà. Et j’aimerais bien qu’y ait la journée de la diversité.

    -Vous créez quelque chose qui s’appelle « l’université inversée ». C’est-à-dire, en fait, permettre à des gens d’horizons modestes de pouvoir faire des études qui coûtent cher.

    -Alors « l’université inversée » effectivement, c’est un concept qu’on a mis en place depuis 3 ans, à l’université Paris-Dauphine-Tunis. Ça consiste à faire embaucher les étudiants avant même de les former à la spécialité. Ça vient d’un constat très simple. C’est que je pense que nous offrons des formations similaires, à des étudiants qui ont des profils différents, et des entreprises qui ont des besoins différents. Les formations sont très peu adéquates, car on oublie d’ajuster les outils d’application. Aujourd’hui, un étudiant ou un élève a plus de facilités à oublier son manuel scolaire que son smartphone. On oublie aussi non seulement d’ajuster les outils, mais en plus on continue, et on persiste à croire que la génération Y (inaudible) réagit et s’évalue de la même manière que les générations précédentes, et on néglige la formation des formateurs. Nous sommes dans un monde où les choses avancent très vite, surtout avec maintenant, on parle beaucoup d’intelligence artificielle. Les étudiants évoluent très vite, les entreprises sont de plus en plus exigeantes, donc c’est à l’université de s’adapter, d’être plus efficace, et…

    -D’embaucher carrément, donc, les étudiants. Payer leurs études, d’une certaine façon, en leur garantissant l’emploi après.

    -Alors, effectivement, je pense que l’université peut être plus efficace, en assurant cette proximité avec l’entreprise. Ce que nous avons commencé à faire, dans certaines filières comme l’actuariat, le Big Data, et les systèmes d’information, c’est que nous présélectionnons les étudiants motivés et éligibles aux formations, nous invitons les entreprises à choisir des étudiants qu’ils parrainent, et l’étudiant s’engage à travailler pour eux pendant un certain nombre d’années. Et nous avons ainsi signé avec une dizaine de compagnies d’assurances, il y a de grands groupes comme Orange, Monoprix, Business & Decision, qui ont adopté ce modèle de « l’université inversée ».

    -Ce qui est incroyable, c’est que je disais, votre parcours est incroyable. Vous avez été enseignante aux États-Unis, en France, et vous êtes revenue en Tunisie, vous auriez pu travailler ailleurs. C’est l’idée qu’au fond, il ne faut pas que les cerveaux s’enfuient, c’est qu’il faut se battre pour construire, il faut que des gens comme vous restent ici.

    -Alors, il y a beaucoup de choses à faire ici, je pense, justement. Et dans un temps de crise, dans un contexte socioéconomique un peu difficile, je pense qu’il faut innover. Et donc on a toute la liberté d’imaginer et de faire un certain nombre de choses, de tester, et puis là effectivement, je pense que le modèle de « l’université inversée », c’est un modèle qui s’adapte à la Tunisie. Peut-être qu’ailleurs, ça ne marchera pas. Je suis convaincue que l’université en Tunisie, plus généralement en Afrique, doit être efficace par le service et le network professionnel, plus que par la recherche.

    -Oui.

    -Le combat de l’université en Tunisie et en Afrique, c’est plutôt un combat par la proximité, non pas par le contenu, à l’ère du numérique, et…

    -Oui, mais en même temps, je le disais, c’est de rester ici, c’est important de contribuer au développement de ce pays. Vous avez dit, Amina BOUZGUENDA-ZEGHAL, vous avez dit : « Ce pays est incroyable, il est pluriel dans sa constitution, audacieux par ces pièces rapportées, et insolite », vous avez dit, « dans un désert arabe démocratique ».

    -Oui. Et là je parle de la démocratie en Tunisie, qui est encore en construction, qui est effectivement plurielle dans sa constitution, effectivement ; qui est insolite, et puis encore fragile, dans un monde arabe, désert de démocratie. Et c’est pour ça qu’il faut la soutenir.

    -Oui.

    -Il faut qu’on réussisse, il faut que la démocratie continue à s’élargir. La démocratie, ce n’est pas seulement la liberté de l’expression, c’est aussi le développement, les droits de l’homme, à commencer par les plus basiques, qui sont le travail, la santé, l’emploi, la dignité.

    -Oui. C’est tout ça qui va faire, et alors là je vous cite encore : « Qu’on n’aura pas ce risque de fuite des cerveaux. Qu’on n’aura pas, finalement, le risque d’une révolution inachevée. Qu’on n’aura pas un recul démocratique. » C’est surtout ça, ce sont les menaces, mais contre lesquelles on peut… on peut finalement gagner.

    -Alors, justement, je pense qu’avoir une ouverture internationale, par l’échange, par la mobilité, c’est important. C’est important de revenir au pays aussi, parce qu’il y a tellement de choses à faire aujourd’hui. C’est vrai que beaucoup d’étudiants quand ils viennent à l’université Paris-Dauphine-Tunis, ce qu’ils voient en premier, c’est Paris. Et on leur donne la possibilité de partir, de s’inscrire à des Masters autant que les autres étudiants à Paris, mais c’est pour mieux revenir dans le pays.

    -Merci pour ce témoignage, Amina BOUZGUENDA-ZEGHAL, donc la Directrice générale de l’université Paris-Dauphine-Tunis, d’avoir été notre invitée ici au musée du Bardo, TV5 Monde. Ravi d’être ici, grâce à la télévision Al Wataniya et tous ses formidables techniciens qui sont avec nous, merci.

    -Merci.

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