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  • L'invité

    Véronique Roy

    Invitée : Véronique Roy, mère d'un djihadiste français qui a trouvé la mort en Syrie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    -Le combat d’une mère pour son fils devenu djihadiste, bonjour, Véronique ROY. Merci d’être notre invitée, vous publiez un livre poignant Quentin, qu’ont-ils fait de toi ?. Quentin, c’est votre fils, parti à 22 ans pour devenir djihadiste et vraisemblablement mourir soit en Irak soit en Syrie, on ne le sait pas. Est-ce que vous avez aujourd’hui des nouvelles de Quentin ?

    -Non, pas de nouvelles, le dernier message qu’on ait eu le concernant est ce fameux message funeste du 14 janvie (...)

    -Le combat d’une mère pour son fils devenu djihadiste, bonjour, Véronique ROY. Merci d’être notre invitée, vous publiez un livre poignant Quentin, qu’ont-ils fait de toi ?. Quentin, c’est votre fils, parti à 22 ans pour devenir djihadiste et vraisemblablement mourir soit en Irak soit en Syrie, on ne le sait pas. Est-ce que vous avez aujourd’hui des nouvelles de Quentin ?

    -Non, pas de nouvelles, le dernier message qu’on ait eu le concernant est ce fameux message funeste du 14 janvier 2016 où un inconnu nous dit : « L’État bâtit sur le sang des martyrs » et dans ce message sur WhatsApp, il y avait 2 pièces jointes dont une présentée comme le testament de Quentin, antidaté, disant : « Si je viens à mourir, qu’on donne mes biens à untel, untel, untel ». Son seul bien, c’est une tablette Samsung, c’est complètement fou.

    -Quelques mois auparavant, votre fils est parti, on va raconter, évidemment, cette histoire. Votre mari essaye de savoir qu’est-ce qu’il s’est passé, il s’énerve face à cet interlocuteur qui annonce la mort de votre fils ?

    -Oui, moi j’ai d’abord une conversation avec lui pendant près de 20 minutes, ce que j’explique dans le livre, et puis avec moi le messager est relativement soft, il me dit de ne pas pleurer et que la seule personne qu’on peut pleurer, c’est le prophète parce qu’on ne le suit pas et puis après il me dit : « Lis le Coran, ça ira mieux, ton fils est au paradis. » Voilà, puisque les martyrs, quelle que soit la manière dont ils meurent, le fait de martyr en Terre de califat, c’est héroïque, c’est un honneur. Et puis Thierry, effectivement, mon mari.

    -Thierry donc, votre mari.

    -Mon mari l’a recontacté le lendemain pour avoir des explications et puis ce garçon qui vraisemblablement est, était ou est encore dans le piège dans lequel Quentin est tombé, redonnait les mêmes litanies de propagande et à un moment il s’est effectivement énervé parce que mon mari lui a dit : « Tu es le prochain sur la liste, raisonne, tu ne vois pas que tu es manipulé ? » etc. Et ce messager lui a dit qu’il viendrait en France lui couper la gorge et qu’il n’y avait pas de sépulture pour les jeunes qui mourraient là-bas.

    -Oui, qui mourraient là-bas parce qu’ils se sont fait exploser avec du TNT.

    -S’il s’est fait exploser avec de la TNT.

    -Donc vous supposez qu’il a pu être à bord d’une voiture piégée ?

    -C’est juste une hypothèse. Je ne suppose rien, c’est une des hypothèses. Il a pu… Quentin… de ce que m’a dit le messager, il dit : « Je ne sais pas, on m’a dit te dire qu’il est mort, si tu reçois ce testament, c’est qu’il est mort. » Donc soit ils meurent sous les balles de la coalition, ils meurent sous les bombardements, ils peuvent effectivement, mourir au combat tout simplement. Enfin, quand je dis tout simplement, ce n’est pas simple, mais en se battant… et puis effectivement, s’il a été choisi, élu, à son corps défendant peut-être, tout ça c’est des questionnements. Voilà, moi je ne préfère pas imaginer cette hypothèse, mais malheureusement elle existe.

    -Vous êtes devant cette situation aujourd’hui, Véronique ROY.

    -Je ne le saurai jamais.

    -De vous dire : « Je suis aussi une victime du terrorisme. » C’est ce que vous dites à ceux qui ne veulent pas l’entendre parce que votre fils est un djihadiste, il aurait pu être l’un de ceux qui seraient venus au Bataclan assassiner des gens.

    -Oui, ça aussi ça nous est passé par la tête parce que oui, malheureusement, il y a des jeunes qui sont entrés et qui ont commis des actes qualifiés de terroristes donc c’est horrible à porter, mais pour autant, nous famille de, on est victimes dans la chaîne du terrorisme, on est victimes pas au même niveau, en tout cas, la société considère qu’on n’est pas au même niveau que ce qui ont perdu les leurs par exemple au Bataclan et pour autant eux nous disent : « Vos enfants, pour ceux qui ont commis des actes terroristes, sont des enfants de la République qui ont tué d’autres enfants de la République. » Eux nous considèrent comme les leurs, mais nous ne sommes pas reconnus pareil parce qu’on est « parents de ». Il y a cette espèce de suspicion qui nous colle à la peau.

    -C’est difficile à entendre pour les victimes, d’imaginer que votre fils soit aussi une victime comme elles.

    -Pour les parents qui ont perdu les leurs, ça a l’air moins difficile que pour le reste de la société.

    -Oui. Quentin était pourtant un enfant joyeux, une enfance normale, il jouait du piano, il aimait le sport, il aimait rire. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

    -Il n’aimait pas la violence.

    -Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

    -Si je savais. Ce livre étale une série de questions que je me pose, il y a quelque chose qui nous a échappé. On dit souvent ce sont des parents déficients qui n’ont pas vu, qui n’ont pas su, qui n’ont rien fait. Que fallait-il faire ? Tout ce qu’on a tenté, mon fils aîné me dit : « Maman, Papa, vous avez tout fait ». On a tout tenté.

    -Un jour, il vous voit, il dit : « J’ai des choses importantes à vous dire. » Il s’agenouille devant vous et il vous dit : « Je me convertis à l’Islam. » Et vous lui dites…

    -Il n’a pas dit : « Je me convertis », il a dit : « Je suis converti ». Ce n’est pas pareil, il nous a mis devant le fait accompli.

    -Mais vous lui dites : « C’est bien, on l’accepte. »

    -On n’a pas dit : « C’est bien. » On a dit : « On l’accepte. »

    -Lui il vous dit : « Ça ne changera rien. »

    -Il nous garantit que ça ne changera rien puisque c’est une affaire entre Dieu et lui. C’est de l’ordre du privé. Il était majeur. Un majeur… Vous ne pouvez pas… Ce n’est pas un délit de se convertir. On peut ne pas adhérer, mais c’était son choix, avec mon mari, on lui a dit : « Écoutes si tu es heureux, on sera heureux, mais reste sur la bonne voie, ne t’égare pas. » Moi j’avais presque plus peur à ce moment-là d’une séparation culturelle que religieuse parce que parfois les deux sont mêlées, effectivement la culture peut séparer. Il a dit : « Mais maman, ce n’est pas parce que je deviens musulman que tu devras me faire du couscous. » Vous voyez, il en rigolait lui-même.

    -On voit ce visage, le visage de votre fils.

    -Ça, c’est Quentin avant. Et il s’était agenouillé et mon mari lui a dit : « Quentin, par respect pour la religion que tu as embrassée, relève-toi ! Pourquoi tu te mets à genoux ? Il n’y a pas de… » Et moi j’ai pleuré ce soir-là, pas parce qu’il devenait musulman, il l’était devenu, parce qu’il ne nous avait pas invités à la cérémonie, j’aurais voulu accompagner mon fils comme dans un baptême, vous voyez, pour que ce soit quelque chose de joyeux, or il est devenu triste, avec le temps, il est devenu triste.

    -Alors évidemment il refuse d’embrasser des membres de votre famille, il refuse de se rendre aux obsèques ou de rentrer dans une église…

    -Ça, de manière très graduelle.

    -… d’une personne de sa famille qui l’aimait beaucoup. Vous voyez beaucoup de changements.

    -Il a arrêté la musique.

    -Il arrête la musique.

    -Ça, c’est en premier, il arrête la musique d’abord.

    -Et là, vous n’arrivez plus, j’allais presque dire, à le rattraper.

    -Non, non, parce qu’il y a déjà quelque chose qui démarre sauf que, à ce moment-là, il faut que les lecteurs qui lisent ce livre, se mettent dans la peau de la chronologie, c’est-à-dire que c’est facile de dire aujourd’hui voilà, mis bout à bout tous ces éléments qui peuvent valoir, veulent dire quelque chose. Mais sur le moment, on est dans une espèce d’état de sidération, on observe un changement que moi je voyais plus comme de l’intégrisme religieux, mais jamais il ne m’est venu à l’esprit d’imaginer un départ pour, justement, ce fameux califat.

    -Il vous ment. Il ne vous dit pas, évidemment, il vous dit qu’il va aller en Allemagne, vous apprenez ensuite qu’il a eu un billet qui lui a été fourni pour aller à Istanbul. Et là vous allez continuer d’avoir une relation avec lui par Internet, par ordinateur, parfois il pleure, on sent qu’il n’est pas sûr de lui.

    -Non, il n’est pas sûr de lui du tout. Il est partagé, il est partagé entre l’amour qu’il continue d’avoir pour sa famille. Il dit que la famille lui manque comme nous, comme lui nous manque, mais que c’est un sacrifice que Dieu demande. Il est partagé entre ça et l’amour pour Dieu et ses frères, sa famille, sa deuxième famille, sa famille idéologique. De toute façon, à un moment, ils n’ont pas le choix quand ils adhèrent, ils ne peuvent pas faire machine arrière.

    -Véronique ROY, c’est un gâchis, qu’est-ce que vous ressentez aujourd’hui ?

    -Ah oui, c’est un gâchis. C’est un vrai gâchis. J’ai eu de la colère, on en a encore un petit peu, mais pas contre Quentin à qui on a pardonné. S’il a une faiblesse, c’est d’avoir été trop sensible. Vous voyez, son côté altruiste l’a perdu parce qu’il a vu, effectivement, il ne s’est pas senti en responsabilité de ne rien faire.

    -Merci beaucoup, Véronique ROY. Quentin, qu’ont-ils fait de toi ? Publié chez Robert Laffont, votre livre témoignage, le combat d’une mère pour son fils devenu djihadiste, un témoignage très fort. Merci d’avoir été notre invitée.

    -Merci beaucoup.

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