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  • L'invité

    Nicole Bacharan

    Invitée : Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis.

    Alors que le président américain Barack Obama vient de prononcer son discours d'adieu et que sont rendues publiques des révélations mettant en cause le futur président Donald Trump, Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis, est notre invitée.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Nicole BACHARAN.

    Bonjour.

    Spécialiste des États-Unis, on va parler dans quelques instants des larmes d’OBAMA en faisant son discours d’adieu. Mais d’abord, il y a Donald TRUMP, avec ses révélations. Vous aviez écrit un livre qui s’appelle « Du sexe en Amérique » chez Robert LAFFONT, j’allais dire… presque dire « Ça tombe bien ». Une sextape qui montrerait Donald TRUMP en fâcheuse position, et que les Russes détiendraient, c’est possible ?

    Tout es (...)

    Bonjour Nicole BACHARAN.

    Bonjour.

    Spécialiste des États-Unis, on va parler dans quelques instants des larmes d’OBAMA en faisant son discours d’adieu. Mais d’abord, il y a Donald TRUMP, avec ses révélations. Vous aviez écrit un livre qui s’appelle « Du sexe en Amérique » chez Robert LAFFONT, j’allais dire… presque dire « Ça tombe bien ». Une sextape qui montrerait Donald TRUMP en fâcheuse position, et que les Russes détiendraient, c’est possible ?

    Tout est possible. Tout est possible. Mais on ne sait pas si c’est vrai, on ne sait pas si cette tape existe vraiment, on ne sait pas si Donald TRUMP a eu ce genre de comportement. Et au-delà de ça, on ne sait pas si c’était vrai, avec un grand SI, quelles conséquences ça pourrait avoir. Parce qu’au fond, il n’aurait, avec toujours au conditionnel, peut-être rien fait d’illégal. Son image déplorable à l’égard des femmes, elle est archiconnue, mais s’il y avait prostituées, il y aurait paiement, qui aurait payé, dans quel intérêt… ça peut aller très loin.

    Ce serait le cas, d’après ce qu’un agent britannique des services spéciaux aurait révélé dans ce rapport d’une trentaine de pages. Ce seraient des prostituées en 2003, lors d’une visite à Moscou, et il serait en situation d’orgie avec elles.

    Oui, vous en pensez quoi ? J’hésite un peu. Sur quel terrain… aller, cette affaire, ce rapport ? En fait il circule depuis plusieurs mois, depuis l’automne. Les parlementaires le savent, les journalistes le savent, et si personne n’en a fait état publiquement, c’est parce que ça n’est pas confirmé.

    Oui.

    Donc nous, on ne peut qu’en rester là. Et pourtant, ça sort aujourd’hui, et ça a été communiqué à Donald TRUMP et à Barack OBAMA, par les services secrets américains ; qui leur ont dit, en gros, je simplifie : « Faites attention, voilà, il y a ce rapport qui existe, et voilà le contenu ». Donc il y a quelqu’un, ou même il y a beaucoup de personnes qui mentent dans cette affaire. Mais aujourd’hui, on est bien incapables de savoir de quel côté.

    Oui. Alors, je rectifie, 2013, ces images ont été filmées en 2013, et non pas en 2003, comme je l’ai dit. Mais donc en 2013, c’est très récent ! Comment Donald TRUMP peut se sortir de ça ? Simplement en envoyant des tweets, comme il le fait, en multipliant les tweets, en traitant ses opposants de crapuleux ?

    Je ne sais pas si Donald TRUMP a lu MAETERLINCK, j’en doute un petit peu, mais enfin pour lui, la meilleure défense, c’est l’attaque. Et l’attaque la plus frontale, en dénigrant, en démolissant ses adversaires. Donc pour l’instant, il s’en tient là. Il faudrait que des preuves, des sources confirmées sortent pour qu’il modifie sa ligne d’attaque.

    Oui. Mais alors derrière ça, il y a ses relations avec la Russie. Il a multiplié, je le disais, les tweets, il en a même, en quelques minutes, envoyés à beaucoup, en disant : « Ça n’est pas vrai, je n’ai reçu aucune pression de la Russie, je n’ai aucun rapport avec la Russie ! »

    Et la Russie, enfin le Kremlin a fait savoir que cette histoire de rapport, de sextape, c’est totalement faux, ça n’existe pas, ils n’y sont pour rien, etc. Mais si vous me permettez, au point où nous en sommes, de me lancer dans un peu de politique-fiction. Il se peut aussi, on pourrait imaginer, dans un roman de John LE CARRÉ, que ce rapport qui sort maintenant, ça soit aussi un avertissement du Kremlin, disant à Donald TRUMP : « Nous avons des éléments qui pourraient vous nuire, et on aimerait bien que vous vous en teniez à une franche et aimable coopération avec nous ». C’est possible aussi.

    Oui. Mais déjà, le secrétaire d’État nommé met en garde la Russie en disant : « L’attitude des Russes, ces dernières semaines, n’a pas été positive pour les États-Unis ». Ça, c’est un message, il veut montrer son indépendance.

    Oui. C’est un message, d’autant que le secrétaire d’État nommé dont vous parlez, c’est Rex TILLERSON, qui est donc l’ancien patron d’Exxon, qui a des affaires en Russie, des intérêts pétroliers considérables en Russie ; donc, qui suscite la méfiance auprès de beaucoup d’Américains à cause de cela. Et justement, demain, il passe devant la première commission parlementaire au Sénat, en vue de sa confirmation. Et il va se retrouver devant lui… il va trouver devant lui des gens qui n’ont pas une vision positive de la Russie. Donc, il défend sa place, et défendre sa place, ça veut dire quand même marquer une certaine indépendance à l’égard de la Russie.

    Oui. Alors au-delà de l’attitude de Donald TRUMP, il y a cette première conférence de presse. Et puis ses tweets, ça y est, on va dire, Nicole BACHARAN, il est dans le bain-là ! Comment… Ses débuts sont difficiles !

    C’est le moins qu’on puisse en dire, parceque c’est un président qui est mal élu, quoiqu’on puisse en dire. Il a 3 millions de retard en voix, en votes populaires, sur son ancienne adversaire, Hillary CLINTON. Il a été élu aussi avec un… comment dire… des interférences regrettables de la part de la Russie, de la part du FBI, donc sa légitimité, elle est fragile. Sa manière de gérer son approche du pouvoir avec ses tweets compulsifs, irresponsables, extrêmement brutaux, c’est aussi quand même quelque chose qui trouble et qui inquiète. Bon, dans 10 jours il est président.

    Oui, oui. Et puis ces nominations.

    Est-ce que quelqu’un va fermer son compte Twitter ? Est-ce que quelqu’un aura cette autorité de lui dire : « On arrête ça » ? Je n’en sais rien.

    Oui, oui. Eh bien est-ce que aura de l’autorité vis-à-vis de lui ? Ça, c’est une grande question. Est-ce qu’on peut avoir une autorité vis-à-vis de Donald TRUMP ? Mais simplement, les nominations : il nomme son neveu dans ses plus proches collaborateurs, il nomme des milliardaires, et puis il y a ses affaires, son gendre. Et il y a ses affaires, et le lien entre ses affaires et la politique.

    Oui, tout à fait. C’est une administration, en fait, telle qu’il la dessine en tout cas qui pose de nombreux problèmes. D’abord, vous le notez, c’était quand même un cabinet de milliardaires, avec des affaires, je parle des affaires au sens de business, pas des affaires louches forcément, mais dans des tas de domaines, à un niveau très très élevé. Ils sont normalement tenus, et Donald TRUMP lui-même, de rompre totalement leur management de leurs affaires.

    Pour l’instant, ce n’est pas clair, ça.

    Ils doivent s’en détacher. Pour l’instant c’est fait un peu, mais pas vraiment. Ensuite, vous avez la confirmation de tous les postes de ministres, ou équivalent de ministres, devant le Sénat. Donc ça, déjà, ça peut être difficile. Mais vous avez les conseillers de la Maison-Blanche, eux ils ne sont pas confirmés par qui que ce soit. Le président les nomme, ils ne travaillent que pour lui, et là vous avez aussi des personnalités qui nous interrogent. Le fameux gendre, dont vous parlez, qui est un garçon très calme, et semble-t-il, tout à fait respectable, donc peut-être, l’influence serait très bonne, mais normalement, on n’a pas le droit d’employer sa famille. Vous avez le conseiller en stratégie, Steve BANNON, qui est quand même un proche des mouvances suprématistes, plus ou moins racistes, en fait, etc. Vous avez Kellyanne CONWAY, qui est plutôt chargée de la communication, elle aussi, qui est très flamboyante. Tous ces gens-là seront présents à la Maison-Blanche, peut-être avec des agendas, des volontés très différentes. Qui va l’emporter ? Comment est-ce que Donald TRUMP arbitrera ? On n’en sait rien du tout.

    Un mot, Nicole BACHARAN. Les adieux d’OBAMA, les larmes, « Yes, we did ».

    Eh bien, on a pleuré nous aussi, que croyez-vous ? On a un cœur, on voit partir un président qui a réussi des choses, qui en a raté d’autres, mais qui a incarné cette fonction avec une dignité, je dirais même, une grâce totalement exceptionnelle. Et c’est vrai que le contraste avec l’administration qui démarrera le 20 janvier, il semble tragique.

    Là, ça se télescope entre la sextape d’un côté, et les larmes de l’autre.

    Exactement. Et l’appel d’OBAMA à défendre la démocratie, comme quelque chose qui n’est jamais acquis, je crois que ça résonne très fort.

    Oui. Ça veut dire aujourd’hui, OBAMA est entré dans l’Histoire, mais c’est une autre histoire qui commence. Et là, c’est une grande page blanche.

    C’est une grande page blanche, dont on ne sait pas si la démocratie américaine y résistera vraiment.

    Oui. Et comme dit OBAMA : « La démocratie, on sait ce que c’est quand…

    …quand on l’a perdue ».

    … quand on l’a perdue", oui. C’est ça qu’il a dit.

    Exactement. Et donc, il a appelé chaque citoyen, chacun, à « la défendre ». Et vous savez, ce n’est pas simplement des appels en l’air. Par exemple, ça veut dire pour les maîtres d’école, les professeurs, réagir quand on entend, car on l’entend désormais, aujourd’hui dans les écoles, un petit blanc dire à un petit marron : « Ah toi, on va te renvoyer dans ton pays ». Il y a tout ça qui se dit aux États-Unis aujourd’hui, il y a beaucoup de résistance à organiser.

    Merci, Nicole BACHARAN. « Du sexe en Amérique », vous l’aviez publié chez Robert LAFFONT, c’est d’actualité. Merci d’avoir été notre invitée.

    Merci à vous.

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    00:08:13
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