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  • L'invité

    Cécile Duflot, Louis-Georges Tin

    Invités : Cécile Duflot, Louis-Georges Tin, respectivement députée française EELV et président du Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN).

    Cécile Duflot et Louis-Georges Tin interviennent à l'occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Cécile DUFLOT, députée, ancienne ministre. À vos côtés Louis-Georges TIN, président du Conseil représentatif des Associations noires de France. C’est demain la Journée de Commémoration de l’Abolition de l’esclavage et de la Traite négrière. Cécile DUFLOT, vous avez décidé, vous avez annoncé le dépôt de plusieurs projets de loi pour demander réparation.

    Oui, j’ai déposé 2 projets de loi qui ont vocation à permettre d’engager le processus des réparations. C’était un dispositi (...)

    Bonjour Cécile DUFLOT, députée, ancienne ministre. À vos côtés Louis-Georges TIN, président du Conseil représentatif des Associations noires de France. C’est demain la Journée de Commémoration de l’Abolition de l’esclavage et de la Traite négrière. Cécile DUFLOT, vous avez décidé, vous avez annoncé le dépôt de plusieurs projets de loi pour demander réparation.

    Oui, j’ai déposé 2 projets de loi qui ont vocation à permettre d’engager le processus des réparations. C’était un dispositif qui avait été réfléchi au moment de la loi de 2001 de Christiane TAUBIRA sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Je pense que le temps est venu maintenant d’ouvrir ce dossier sérieusement, celui des réparations. La deuxième proposition de loi porte, de la même manière, sur le travail forcé, qui est beaucoup moins connu, qui est finalement la suite dans l’espace colonial d’une forme d’esclavage après l’abolition, qui a conduit aux mêmes drames, aux mêmes morts, aux mêmes arrachements, et là aussi de travailler sur cette question des réparations.

    Oui, Louis-Georges TIN, donc demain, François HOLLANDE aux côtés d’Emmanuel MACRON va donc présider cette cérémonie comme chaque année depuis que Christiane TAUBIRA l’a institué en 2001, cette journée du souvenir. Vous dites, se souvenir c’est bien, commémorer c’est bien, mais il faut aujourd’hui reconnaître cette responsabilité et indemniser les victimes. C’est ce que dit Cécile DUFLOT.

    Nous disons « commémorer c’est bien, réparer c’est mieux. » Il ne s’agit pas nécessairement d’une indemnisation individuelle, pas du tout. Mais, par exemple, nous nous étions battus l’an dernier pour obtenir un musée de l’esclavage et une fondation pour la mémoire de l’esclavage, ce sont des réparations. Et monsieur HOLLANDE va annoncer cette fondation qui est donc une réparation morale et financière. Une fondation c’est de l’argent, donc, c’est financier, et en même temps c’est moral parce que c’est pour financer des actions morales. Donc, nous ne sommes plus aujourd’hui dans le débat, est-ce qu’il faut réparer ? Est-ce que c’est compliqué ? Est-ce que c’est possible ? Nous y sommes, nous sommes entrés dans l’âge des réparations et ces 2 propositions de loi permettront d’aller encore plus loin.

    Oui, c’est-à-dire réparation Cécile DUFLOT. Est-ce qu’on peut réparer, chiffrer le malheur.

    D’abord ce qu’il faut comprendre, c’est que l’esclavage c’est une part de l’histoire de la France. Et je pense qu’on doit regarder toute l’histoire de notre pays. La belle, la glorieuse, celle dont on peut être fier. Mais aussi la tragique, la sordide, la honteuse comme l’est la traite négrière, et ce système qui s’est basé sur l’esclavage.

    On doit le chiffrer aussi d’une certaine manière cette séparation ?

    Oui, je pense, c’est intéressant d’y travailler, y compris sur le préjudice écologique. Si vous voulez, quand on compare les avancées en matière de développement, on doit pouvoir se rendre compte de la dette écologique que nous avons aussi sur ces territoires, qui est un système très lié. L’esclavage, le travail forcé et la préservation ou l’absence de préservation plutôt, des ressources naturelles et humaines, étaient complètement liés sur l’ensemble de nos colonies.

    Louis-Georges TIN, on a vu la polémique lorsque Emmanuel MACRON a parlé de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité. Ça vous montre l’urgence finalement de faire ça ?

    Oui, car il a eu raison de le dire, il a eu quelques hésitations certes à la suite, mais sur Mediapart, en fin de campagne, il l’a redit et par conséquent nous allons le prendre au mot, car il y a 2 histoires coloniales. La première qui a été reconnue par la loi TAUBIRA, et il y a la deuxième qui est beaucoup moins connue, quoi qu’elle ce soit plus récente. Le travail forcé qui a été cet esclavage de (inaudible), d’ailleurs ce n’est pas moi qui le dit…

    Qui a continué bien au-delà de la phase de l’esclavage.

    L’OIT, déjà à l’époque, dans les années 20, disait à la France « quel qu’est le nom que vous donnez à cette pratique, c’est de l’esclavage, c’est contraire aux droits français, c’est contraire au droit international. » Et cela est aboli uniquement en 1946, c’est quand même très, très tardif et encore en (inaudible) ça a continué jusqu’au début des années 60. Donc ce travail forcé, à l’instar de l’esclavage, de la première époque coloniale, eh bien il doit être reconnu aussi en tant que crime contre l’humanité. Et je dois dire que les pays, sérieux j’ai envie de dire, les pays vraiment démocratiques, et j’espère que nous sommes à la hauteur de nos ambitions, ne peuvent pas jeter un voile pudique sur ces choses. Il en va des relations que nous voulons avoir avec le reste du monde.

    On va vous dire, vous risquez de rouvrir des plaies encore très sensibles. C’est ça qu’on va vous dire.

    Mais en fait les plaies existent toujours. Et si on veut qu’elles cicatrisent, il faut passer par la réparation. D’ailleurs, tous les drames de cette nature, quels qu’ils soient, ont fait l’objet de ce processus. Et sur l’esclavage, on est resté très en deçà de la main et encore davantage sur le travail forcé, mais je voudrais dire que le travail forcé il est très méconnu et si je dépose cette proposition-là aujourd’hui, c’est bien sûr parce qu’il y a une dimension symbolique à la veille d’une cérémonie qui va réunir notre actuel président et le futur président de la République.

    Pour la dernière fois, certainement l’actuel président en tous les cas.

    Oui, semble-t-il. Et c’est un sujet qui est au cœur de la symbolique très forte qui ne peut être d’ailleurs incarnée que par le président de la République. Et puisqu’il a avancé ce sujet dans le cadre de la campagne présidentielle, je souhaite qu’il aille au bout sur ce dossier. Et donc, la discussion d’une proposition de loi c’est un bon moyen. C’est un bon moyen aussi pour que les Français sachent qu’au XXe siècle, le travail forcé c’était des milliers de morts. La ligne de chemin de fer Océan entre Brazzaville et Pointe-Noire, c’est 57 % de mortalité sur les ouvriers qui ont travaillé sur le chantier, qui étaient raflés, il faut utiliser le terme, dans les endroits où ils habitaient pour être contraints de travailler. Alors ils n’avaient pas le statut d’esclave, mais dans les faits, ils vivaient une réalité qui était tout à fait similaire.

    Louis-Georges TIN vous diriez cette plaie-là, elle est béante encore aujourd’hui ?

    Oui, et ce n’est pas parce que certains ne s’en rendent pas compte que ce n’est pas le cas. Regardez un peu les mouvements sociaux en Guyane ou ailleurs en Guadeloupe. Eh bien, les gens, ils parlaient justement de la réparation. L’une des thématiques de campagne c’était les terres, nous avons beaucoup de paysans sans terres qui sont un peu les héritiers des esclaves après l’abolition. Donc les gens étaient libres, mais aussi pauvres que la veille. En Guyane, il y a beaucoup de terres qui appartiennent à l’État. Eh bien c’était l’une des revendications des militants que de dire « nous sommes des paysans sans terres, nous voulons des terres ». Alors, on pourrait multiplier les exemples, mais c’est une des manières de réparer les choses et je crois que…

    Et c’est l’État qui est responsable, aujourd’hui, l’État d’aujourd’hui est responsable de ce qui s’est passé à l’époque ? Réellement ?

    Il n’est pas responsable de ce qui s’est passé à l’époque, il est comptable de ce qu’il ne ferait pas pour réparer ce qui s’est passé à l’époque. Voilà la réalité d’aujourd’hui. Mais les acteurs de ce système-là existent toujours. La Banque de France qui a été un outil de l’organisation esclavagiste existe toujours. Bien sûr que les dirigeants de la Banque de France, aujourd’hui, ne sont pas comptables de ce qu’ont fait leurs prédécesseurs. Simplement dans les archives, encore aujourd’hui, de cette institution fondamentale existent toutes ces traces et il faudrait en faire la lumière justement. Une des réparations c’est de dire la vérité, dire la vérité même si elle est douloureuse. Et je partage ce que dit Louis-Georges TIN, si on n’est pas conscients que ces plaies sont toujours béantes finalement et qu’elles suppurent. Alors évidemment, elles ne saignent pas à gros bouillons comme c’était le cas dans les siècles précédents, mais elles suppurent, elles suppurent dans la société, elles suppurent le racisme, elles suppurent une forme de grandes difficultés sur certains territoires. Bien sûr que la question foncière et notamment en Guyane est une question évidente. Vous savez dans tous les grands moments de l’histoire, que ce soit après la Révolution française, après d’autres moments, ces questions-là ont été posées, mais la déconstruction du système colonial n’est pas allée de pair avec la déconstruction de ses racines dans certains endroits.

    Louis-Georges TIN, c’est un message à envoyer aux générations actuelles ? De réconciliation peut-être aussi, on peut parler de réconciliation ?

    Absolument. Reconnaissance, réparation, réconciliation, et je dirais même c’est un message envoyé au monde. Nous ne sommes pas les premiers à faire des réparations. Barack OBAMA a proposé des réparations pour un certain nombre de peuples autochtones en Amérique du Nord. Par exemple, l’Angleterre a payé des réparations au Kenya il y a quelques années. Je pourrais multiplier les exemples. Donc, il n’y a pas de raisons au fond que l’on organise une sorte de situation d’exception, que l’on dise plus le crime est gros et plus ça passe. Je ne suis pas partisan de ce système et je crois que plus il y a de crime, plus il doit y avoir de justice. Et il n’y a pas de justice sans réparation, il n’y a pas de paix sans justice.

    Merci beaucoup Louis-Georges TIN, président des Associations noires de France et puis Cécile DUFLOT, ancienne ministre et députée, d’avoir été aujourd’hui nos invités.

    Merci.

    Merci.

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