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  • L'invité

    Najat Vallaud-Belkacem

    Invitée : Najat Vallaud-Belkacem, ministre française de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

    À l'occasion de la Journée internationale de la femme, Najat Vallaud-Belkacem, qui fut ministre des Droits des femmes avant d'être aujourd'hui ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, est notre invitée. Elle publie un livre dans lequel elle revient sur son parcours, du Maroc jusqu'à ses fonctions actuelles dans le gouvernement français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, merci d'être notre invitée. On va parler dans quelques instants d'un livre que vous publiez, qui s'appelle "la vie a plus d'imagination que toi", ou vous vous racontez pour la première fois. D'abord c'est vraiment l'actualité. L'actualité qui nous amène à ces incidents, autour d'un lycée en Seine Saint-Denis. Le Front national tout à l'heure, reproche au gouvernement et à vous même (...)

    Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, merci d'être notre invitée. On va parler dans quelques instants d'un livre que vous publiez, qui s'appelle "la vie a plus d'imagination que toi", ou vous vous racontez pour la première fois. D'abord c'est vraiment l'actualité. L'actualité qui nous amène à ces incidents, autour d'un lycée en Seine Saint-Denis. Le Front national tout à l'heure, reproche au gouvernement et à vous même votre manque de réaction sur ces violences.

    Écoutez. S'agissant des incidents qui se sont produits hier, donc au lycées Suger, Bartholdi et Eluard, à Saint Denis, d'abord, je les ai condamnés extrêmement fermement dès qu’ils se sont produits. Ils sont graves, et je l'ai répété même ce matin, ils sont gravissimes par ce que c'est la première fois qu'on voit ce type d'incidents s'inviter à l'intérieur d'un établissement, et pas simplement sur le parvis des établissements.

    Et donc pas d'indulgence par rapport à ces évènements?

    Aucune indulgence. Tous ces jeunes seront poursuivis, 55 d'entre eux ont été interpellés dès hier soir, la police a vraiment fait son travail, et je veux saluer le partenariat entre les établissements et la préfecture de police. 55 jeunes interpellés. Il faut des sanctions fermes, qui vont tomber, de la justice, et je l'ai dit aux chefs d'établissement que j'ai réuni évidemment hier soir - Je suis allée sur les lieux pour les voir -, je leur ai demandé aussi la plus grande fermeté en conseil disciplinaire pour ces jeunes qui sont par ailleurs lycéens dans les établissements en question. Donc aucune complaisance avec rien du tout. Pour le reste, si je peux me permettre, d'abord, il y a une question de sécurisation des abords et des établissements, avec des travaux qu'on a demandés depuis un certain temps, qui sont en cours, des travaux qui sont de la compétence de la Région Ile de France. Madame PÉCRESSE, qui s'est aussi exprimée. Donc il va falloir que ces travaux aillent un peu plus vite sur certains endroits. Et puis deuxièmement, sur la question du Front national et de Marine Le Pen, j'ai bien lu ses propos, ce n'est pas à une élue de la république comme elle, qui refuse de se rendre à la convocation d'un juge, dans une affaire d'emplois fictifs dont elle est soupçonnée, de donner des leçons à un gouvernement qui fait tout pour sécuriser aussi bien le pays que ses établissements scolaires depuis des mois et des années.

    Alors aujourd'hui c'est la journée internationale de la femme. Vous avez mis votre nom à une loi - et vous en parlez dans ce livre - importante pour l'égalité hommes femmes. Vous avez le sentiment, Najat VALLAUD-BELKACEM, qu'il y a encore beaucoup à faire pour cette question?

    Alors je pense qu'au terme de ces 5 années, même si ce n'est pas tout à fait fini, mais enfin le quinquennat se termine on va dire, il y a quand même beaucoup de choses qui ont été faites, honnêtement. Il faut se rendre compte de ce que, avant 2012, on n'avait pas eu de ministère des droits des femmes plein et entier depuis 26 ans. Donc un, on a eu un ministère de retour. Ce qui a engagé derrière un certain nombre de changements. Cette loi dont vous parlez, c'est celle qui prévoit par exemple que le congé parental peut être mieux partagé entre hommes et femmes. Il n'y a rien de mieux pour un enfant que de voir dans sa petite enfance, aussi souvent si possible son père que sa mère, pour d'abord considérer que finalement l'égalité est naturelle et que c'est comme ça que ça fonctionne, et puis aussi pour nouer des liens de familiarité avec les deux. Deuxièmement, avant cette loi, on n'avait pas traité le cas des familles monoparentales et des mères isolées, qui ne percevaient par exemple pas leur pension alimentaire, on les laissait se débrouiller seules. C'était terrible pour elles. On a créé une garantie contre les impayés de pension alimentaire. C'est désormais l'État qui va chercher l'argent, qui paye la mère isolée et donc elle n'a plus à gérer cela. Troisièmement, les violences faites aux femmes. On a adopté des plans avec des financements très importants, qui ont permis d'augmenter de près de 40% le nombre de places d'hébergement d'urgence pour les femmes victimes de violences. Et en même temps, on a adopté un texte, qui dit : c'est l'éviction du conjoint violent du domicile qui est désormais la règle. Donc ce n'est pas à la femme de partir, c'est au conjoint violent. Ce sont quelques exemples parmi d'autres. Je serais trop longue, mais oui, on a fait énormément de choses pendant ce quinquennat. Et enfin je terminerai par tout ce qui a trait à la parité, à l'accès des femmes aux responsabilités. Regardez par exemple dans mon ministère, a l'éducation nationale, enseignement supérieur et recherche, aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire, j'ai autant de rectrices que de recteurs. Il y a 30 académies en France, je vais faire en sorte que les nominations soient strictement paritaires et on retrouve ça dans beaucoup d'autres ministères.

    Et c'est un combat, et votre combat, Najat VALLAUD-BELKACEM, vous le racontez dans ce livre, "La vie a plus d'imagination que toi", qui est publié chez Grasset, qui vous amène de votre village du nord du Maroc qui s'appelle Beni Chiker, où vous étiez dans une enfance avec des maisons en pisé blanches à la chaux. Et vous alliez chercher l'eau, et vous viviez avec une famille aimante, et c'est de ce souvenir avec quelques animaux, que vous racontez aujourd'hui comment on peut passer de ça, à ministre d'un gouvernement.

    Oui. D'abord, je pense que ça peut paraître surprenant. Mais en fait, et je le vois dans les dédicaces que je peux faire en ce moment, parce que je me déplace un peu en France pour signer des livres. Je vois l'accueil qui est réservé à cet ouvrage par beaucoup de gens, infiniment de gens qui se reconnaissent dans cette histoire, et c'est tellement émouvant que de les voir à leur tour me raconter ce parcours de vie qui… alors, pour certains d'entre eux, a été une histoire d'immigration, donc partis d'un autre pays, arrivés ici, monté les échelons. Pour d'autres, n'est pas une histoire d'immigration, mais ils se reconnaissent quand même dans ce livre parce que partis de basses extractions sociales, et aussi lutter contre toutes ces frontières invisibles que je décris dans le livre. Et en fait, je crois qu'il y avait besoin dans notre pays d'un propos comme celui-là dans la période actuelle, qui est une période où l'on a l'impression qu'il y a que des discours déclinistes sur tout. Tout va mal, l'école s'effondre.

    Oui, beaucoup de violences dans les discours.

    Énormément de violence. L'hôpital public ne fonctionne pas. Notre modèle social est trop ceci ou trop cela. En fait, je suis désolée, ce n'est pas le cas y. Il n'y a pas de raison non plus de désespérer. Il y a des raisons individuelles, des gens qui vont mal, je ne dis pas le contraire, mais collectivement, on a la chance de vivre dans un beau pays, un grand pays qui est accueillant, qui est généreux, et qui permet des ascensions sociales, telles que la mienne, telles que bien d'autres.

    On va vous voir, le visage que vous avez dans la couverture de votre livre, une petite fille dans ce village, que vous allez quitter à l'âge de 5 ans, pour arriver en France, à Abbeville, à Amiens dans le Nord. Vous avez des passages émouvants quand et comment votre maman va apprendre le français un jour. Et vous sentez dans ses yeux cette fierté.

    Ce que je voulais dire aussi par là, c'est qu'il faut arrêter avec les discours univoques et caricaturaux, je veux dire. On peut ne pas parler parfaitement la langue française et pour autant aimer la France, et vibrer à la Marseillaise, et être reconnaissant à la France, de ses valeurs, de cette république, etc. Donc, voilà c'est un exemple humain, pour donner un peu de chair à un contre discours, par rapport à ceux qu'on entend trop souvent aujourd'hui, qui sont des discours identitaires, qui refusent qu'on puisse vivre ensemble, et qui essaient au contraire de nous monter les uns contre les autres.

    Oui. On vous dit vous êtes arabe, mais finalement, vous c'est pas pareil.

    Oui, c'est ça. Là aussi, je suis sûre de ne pas être la seule à le penser. Mais c'est insupportable, c'est insupportable d'entendre ce type de discours et d'être prise à partie qui plus est, voilà, comme un contre-exemple, et donc du coup, la preuve que l'assertion était justifiée. Non, les généralités, les amalgames, c'est insupportable et ça devrait créer un émoi considérable, à chaque fois que quelqu'un à la télévision, en fait une. On ne devrait pas laisser passer. Je crois qu'à l'égard de tout ce qui est racisme, de tout ce qui est, de manière générale xénophobie, j'ai l'impression que l'on ne l'a plus cette réaction à fleur de peau, et je voudrais qu'on renoue avec elle et je voudrais qu'on ne laisse plus passer tout ça, parce que c'est chacun de ces petits propos, qui, à la fin légitiment le Front national.

    "La vie a plus d'imagination que toi", publiée chez Grasset, donc votre récit. Merci d'avoir été avec nous.

    C'est gentil.

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    00:08:19
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