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  • L'invité

    René Prêtre

    Invité : René Prêtre, chirurgien.

    Le chirurgien, qui fut élu « Suisse de l'année », a sauvé plus de 6 000 enfants en pratiquant des transplantations cardiaques. Dans son livre « Et au centre bat le coeur » il raconte son combat admirable pour la vie.

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Bonjour René Prêtre.

    Bonjour.

    Vous êtes l'un des plus grands chirurgiens cardiaques du monde, et surtout vous avez sauvé la vie de plusieurs milliers d'enfants. Vous travaillez en Suisse, à Genève et Lausanne. Vous êtes une véritable star du métier, vous avez été nommé "Suisse de l'année" en 2010. Et ce livre, "Au centre bat le cœur", raconte votre expérience. Vous avez voulu témoigner de ces vies sauvées.

    Oui, vous savez, je ne sais pas combien enfants (...)

    Bonjour René Prêtre.

    Bonjour.

    Vous êtes l'un des plus grands chirurgiens cardiaques du monde, et surtout vous avez sauvé la vie de plusieurs milliers d'enfants. Vous travaillez en Suisse, à Genève et Lausanne. Vous êtes une véritable star du métier, vous avez été nommé "Suisse de l'année" en 2010. Et ce livre, "Au centre bat le cœur", raconte votre expérience. Vous avez voulu témoigner de ces vies sauvées.

    Oui, vous savez, je ne sais pas combien enfants j'ai opéré, je pense entre 5000 et 6000, et puis il y a quand même des histoires qui m'ont marqué beaucoup plus que d'autres, soit par le challenge ou le défi technique ou physiologique, ou alors tout simplement par le challenge, le défi environnemental avec les parents par exemple, les émotions qui passent. Et ces histoires, je les ai colligées et elles vont se lire.

    Et ces histoires, elles portent des prénoms d'enfants, elles racontent des vies, elles racontent évidemment des vies sauvées.

    Pour la plupart, oui. Des vies sauvées, je n'ai pas caché aussi quelques échecs qui sont arrivés, ils sont rares, c'est quand même seulement à peu près 2% de notre travail, mais ils font partie aussi du travail. Bien sûr, le livre est positif, optimiste, mais il y a quelques histoires aussi qui font grincer un peu des dents.

    Vous dites "je touche au cœur, je touche à l'essentiel".

    Le coeur, c'est indirectement la vie. On peut faire comme on veut, il est extrêmement rattaché à cela pour nous tous de manière instinctive. Et quand vous travaillez sur le coeur, vous travaillez sur la vie, la mort n'est pas toujours très loin. Et bien entendu, sur des enfants, c'est une vie qui va commencer, ce n'est pas la même chose que quand vous opérez quelqu'un qui a 80 ans avec une valve calcifiée, il regarde sa vie en se retournant, les enfants, elle est devant eux, et nos enjeux sont absolument vertigineux.

    Oui, comment ça se passe, René Prêtre ? Vous devez arrêter le cœur d'un enfant.

    On oublie le côté émotionnel quand on fait ça. On arrête le cœur, on le répare, on sait ce qu'il faut faire, on sait qu'il va repartir, il repart avec de la force, et l'émotion revient après, quand vous revoyez les parents, quand vous revoyez l'enfant.

    Oui. C'est toujours une émotion particulière et vous le dites dans ce livre, quand ce cœur s'arrête, et surtout quand il repart.

    Évidemment que c'est quand il repart que l'émotion est la plus forte. Bien sûr, avec le temps, on le regarde un peu moins, mais je me souviens de mes premières interventions, la reprise des contractions cardiaques me donnait des frissons dans le dos, véritablement. Vous avez l'impression qu'il y a une sorte de magie qui se passe là-dedans. En fait, le cœur vit lui-même, vous voyez la vie qui le traverse et cette vie, que lui va sous-tendre, vous la voyez carrément passer à travers lui. Et ça, évidemment, c'est un sentiment extraordinaire.

    Et il y a aussi des transplantations, et là c'est la vie qui passe d'un corps à un autre.

    Oui, les transplantations, c'est l'opération mythique par excellence, pas seulement de la chirurgie générale cardiaque, mais de toute la chirurgie. Et là, vous avez à nouveau une composante émotionnelle encore plus forte parce qu'effectivement c'est un cœur qui va quitter un corps pour un autre corps, une âme pour une autre âme, un pays, une culture éventuellement pour une autre culture. El là, bien entendu, il y a des sensations extraordinaires qui se passent.

    Oui. "Le petit cœur", c'est une fondation que vous avez créée. C'est une fondation humanitaire internationale, parce que vous avez longtemps travaillé au Mozambique, en Afrique.

    Alors, je l'avais fait pour travailler justement au Mozambique, alors, avec "La Chaîne de l'Espoir", qui est une organisation humanitaire française. J'ai travaille à Paris une année ici, et on s'était accordé pour justement faire ce projet mozambicain qui marche extrêmement bien. D'abord, on soigne beaucoup d'enfants régulièrement. L'équipe de Paris également y va chaque année, et puis aussi on s’attelle à la formation des chirurgiens locaux pour qu'eux-mêmes puissent faire les opérations qu'on leur a enseignées.

    Oui, ça, c'est "Le petit cœur". C'est une fondation importante parce qu'il faut former des chirurgiens cardiaques pédiatriques dans le monde entier.

    Alors nous, on s'est attelé bien sûr au Mozambique et on a aussi commencé au Cambodge en 2011, nous avons fait la première opération là-bas et ça marche également très bien là-bas. Alors après, bien sûr, moi j'ai quand même mon travail chez moi où on m'attend là, je ne peux pas me disperser partout et ces 2 projets me prennent beaucoup de temps. Actuellement, je ne vois pas comment je pourrais en mettre un troisième par dessus, mais au moins ces 2 là, on va les tirer jusqu'au bout.

    Oui. Si je vous dis Titouan, si je vous dis… Voilà.

    Il y a des prénoms qui rayonnent bien entendu, il y en a d'autres qui sont plus tristes. Titouan est un prénom un peu plus triste bien sûr, mais il y a des beaux prénoms là dedans bien sûr.

    Titouan, c'est un petit qui est parti.

    Il nous a quitté effectivement. On pensait qu'on avait réussi l'histoire, on a pensé qu'on avait réussi à le remettre sur de bons rails, et puis un jour, il nous a fait une mort subite.

    Oui, et il y a Florian.

    Bien sûr. Lui, la mort l'avait accroché sérieusement, la mort l'avait accroché. On a réussi à desserrer les pinces et à le libérer véritablement. Ça, c'est une des histoires les plus incroyables que nous avons vécues. Il est arrivé à l'hôpital sous massage cardiaque, et là quand vous êtes sous massage cardiaque, vraiment la vie est très hypothéquée. Et on a réussi vraiment à le tirer d'affaire, et ça, c'est un exploit qui n'est pas seulement le nôtre de pouvoir réparer ce cœur, mais également toute l'équipe qui avait réanimé, parce que si votre massage cardiaque n'est pas bien fait, le cerveau va souffrir, et vous aurez un enfant qui ne se réveillera pas comme il devrait.

    Oui, vous dites "quand j'opère un enfant, j'opère une famille aussi".

    Les parents sont autour, bien entendu. Et tous ceux, comme vous, comme moi, je pense, qui ont des enfants, souffrent encore plus que leur enfant. Ils échangeaient bien même leur cœur pour celui de leur enfant pour que leur enfant puisse vivre comme il faut. Et bien entendu, vous soignez un enfant, mais vous soignez toute une famille. Ça, c'est clair.

    Oui, et la famille est avec vous, vous lui parlez, il y a cette émotion incroyable quand on touche à l'essentiel, à l'enfant évidemment.

    Ils passent par tous les états, une anxiété énorme la veille de l'opération, quand on leur téléphone après en disant "ça s'est bien passée, je peux vous assurer", mais le soulagement vous l'entendez au téléphone, et d'ailleurs cette phrase "mais Docteur, je vous serai reconnaissant toute ma vie", je l'ai entendue un nombre de fois incalculable.

    Oui, des parents qui vous disent après "c'est la deuxième naissance de notre enfant".

    Je l'ai souvent entendue aussi. Ça, c'est souvent la lettre qui accompagne, un mois, 2 mois après, on voit leur petit, toute la famille, sur la photo tout le monde sourit, même le chien et le chat. Et il y a écrit "grâce à vous, il a une deuxième date de naissance". Ça, je l'ai aussi souvent entendu, venant des parents ou même des grands-parents.

    Il vous arrive des fois en pleine nuit d'être appelé, et vous partez, vous grillez des feux rouges parce qu'il y a l'urgence. Un cœur, ça vit quelques minutes, ça peut vivre quelques minutes.

    Le cœur vit plus longtemps, mais c'est le cerveau. Le facteur limitant de la circulation sanguine, donc du cœur, c'est le cerveau. Et d'ailleurs c'est ça qui faisait que la chirurgie cardiaque ne pouvait pas se développer. Tant qu'on n'avait pas inventé une machine qui allait faire la circulation sanguine, vous ne pouviez pas opérer le cœur parce qu'il fallait l'arrêter une demie-heure par exemple, et si la circulation s'arrête plus de 4 minutes, le cerveau commence à se détruire. C'est le cerveau qui est notre hantise à nous, et c'est toujours à lui qu'on pense, qu'il faut démarrer tout de suite un massage cardiaque, tout de suite faire repartir soit le cœur, soit la circulation sanguine par une machine. Et si vous respectez ces temps-là, les chances sont bonnes. Si vous n'y arrivez pas, très vite, c'est le désastre.

    Vous voyez les changements de couleurs des organes, quand la vie semble s'en aller et quand elle revient.

    Bien sûr, mais le sang aussi change beaucoup de couleur. Regardez, le sang sur vos veines ici est bleu, sur les lèvres il est rouge, et tout ça, ça change énormément d'une seconde à l'autre. Et bien entendu, un corps qui a une bonne circulation sanguine a une certaine couleur, voire même un certain éclat, un cœur chez lequel la circulation s'est arrêtée change de couleur très vite, mais également d'éclat, il y a quelque chose qui est perdue sur la texture.

    Vous êtes fils de paysan, famille un peu nombreuse, c'était une vocation pour vous, vous le racontez dans ce livre. "Au centre bat le cœur, chroniques d'un chirurgien cardiaque pédiatrique", publié chez Arthaud, c'est très émouvant. C'est aussi votre propre histoire, ça va au-delà, c'est un engagement.

    Écoutez, j'ai découvert la médecine un peu par hasard. Mes parents étaient paysans bien entendu, la médecine était bien loin de chez nous. Il y avait le vétérinaire quand même qui venait faire des exploits extraordinaires, ça c'est vrai, j'avais déjà vu ça quand même, vraiment en live, des césariennes sur des vaches et tout ça. Je l'ai vécu en les regardant à 2 mètres, j'étais gamin à cette époque-là, c'était impressionnant, mais disons que c'était un petit peu mon seul contact avec ce qu'on pourrait appeler la médecine. Je l'ai choisie un peu par hasard, mais alors je n'ai jamais regretté ce hasard.

    Merci beaucoup René Prêtre. C'est un témoignage exceptionnel, "Et au centre bat le cœur". Merci beaucoup d'avoir été notre invité aujourd'hui.

    C'est moi qui vous remercie.

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