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  • L'invité

    Guy Bedos

    Invité : Guy Bedos, humoriste.

    L´humoriste Guy Bedos nous livre sa mythique revue de presse et publie un livre « À l´heure où noircit la campagne ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Andreï MAKINE. Votre nouveau livre est un événement. Voilà 30 ans que vous êtes arrivé en France, vous étiez sans papier. Aujourd'hui, à l'Académie française.

    Oui, un parcours étonnant, mais en même temps, à mon avis, il illustre, mais très modestement, ce que la France donne à des milliers d'étrangers, la possibilité de se réaliser, la possibilité d'assimiler cette culture, cette langue, et puis devenir pleinement français.

    Oui, mais, je le dis, c'est quand m (...)

    Bonjour Andreï MAKINE. Votre nouveau livre est un événement. Voilà 30 ans que vous êtes arrivé en France, vous étiez sans papier. Aujourd'hui, à l'Académie française.

    Oui, un parcours étonnant, mais en même temps, à mon avis, il illustre, mais très modestement, ce que la France donne à des milliers d'étrangers, la possibilité de se réaliser, la possibilité d'assimiler cette culture, cette langue, et puis devenir pleinement français.

    Oui, mais, je le dis, c'est quand même incroyable. C'est en 1987, vous arrivez à Paris, vous êtes sans papier, vous dormez dans un caveau du Père-Lachaise, vous n'avez rien.

    Non, mais j'avais déjà beaucoup de choses quand même dans mon escarcelle, et j'avais la France, et c'est l'essentiel. J'avais la culture française, je parlais la langue, donc c'est énorme, et c'est la seule chose, le seul conseil qu'on pourrait donner aux jeunes d'aujourd'hui, c'est de profiter de cette richesse que la France donne si généreusement.

    Oui, cette France qu'on a oubliée d'aimer, c'était le titre d'un de vos livres. On oublie d'aimer la France ?

    Je pense qu'on l'aime mal dans ce monde de plus en plus dangereux, de plus en plus violent, et on oublie que la France peut être aussi protectrice, protectrice de la culture, protectrice des droits de l'homme, protectrice de la civilisation.

    Oui, mais protectrice parce que vous leur avez apporté beaucoup à ces Français. Vous décrochez le Prix Goncourt, "Le testament français", c'est un livre remarquable qui fait date. Et vous avez le Prix Médicis, vous êtes récompensé, vous obtenez vos papiers.

    Oui, ça s'est passé dans ce sens-là. Voyez-vous, la littérature compte encore en France. Si un Président de la République peut se dire, mais attendez, cet homme sans papier, mais qui a écrit de bons livres, qui a été primé, il doit obtenir la naturalisation. Vous voyez, si cette logique s'enclenche, ça prouve, à mon avis, encore cette vitalité littéraire intellectuelle de la France.

    Oui, c'est votre grand-mère qui vous a appris à aimer Balzac, Maupassant. Ce sont des auteurs qui, finalement, vous ont nourri.

    Ce sont des auteurs qui m'ont formé. Catherine La grande, La grande Catherine, elle disait : Voltaire m'a mise au monde. Vous voyez. Carrément, Voltaire, c'était son père, vous voyez, elle reconnaissait cette filiation intellectuelle. Moi, j'aurais pu dire la même chose à propos de Balzac ou de Flaubert.

    Vous appreniez, vous lisiez avec gourmandise tout cela, alors que votre vie avait été très difficile. Vous avez grandi dans un orphelinat. Ca était ça votre enfance, né en Sibérie.

    Oui, mais toutes les enfances sont à la fois très pauvres et très riches. On peut être comblé du point de vue financier, du point de vue économique, matériel, et on peut être très riche spirituellement. Heureusement, nous étions élevés dans un esprit un peu différent. Vous voyez, nous pensions encore à la fraternité. Nous pensions encore à des valeurs qui dépassaient le cadre matériel. Et donc, c'est ça qui peut-être, a été notre richesse. Et puis, finalement, maintenant, on connaît le collapse de ce système, mais il y avait encore le communisme, c'était encore un rêve, non pas dans son aspect idéologique, ni politique, tout le monde commençait à connaître ce que c'était avec les camps, avec le goulag, ainsi de suite, mais avec cette idée de fraternité.

    Oui, et pourtant, vous allez connaître notamment la guerre d'Afghanistan. C'est quelque chose qui marque définitivement ?

    C'est quelque chose qui marque à vie. Mais, voyez-vous, les Russes qui sont allés là-bas, ils considéraient les Afghans comme des frères, et les Afghans d'aujourd'hui, ils ne considèrent pas les Russes comme des ennemis. Le sentiment qui leur restait, malgré cette plaie énorme, et les Russes n'auraient jamais dû pénétrer dans ce pays, mais c'est quand même qu'il y avait quelque chose d'humain. Ce n'était pas des terminators blindés dans leur protection qui venaient, c'était des soldats simples, des soldats qui pensaient, mais bien sûr de façon parfaitement naïve, apporter la paix, apporter la prospérité, apporter la culture dans ce pays.

    "L'archipel d'une autre vie", c'est donc votre nouveau livre publié au Seuil. Et alors on y retrouve un personnage qui évidemment, va raconter une sorte d'épopée dans la taïga sibérienne que vous connaissez donc bien. Il va y avoir 5 soldats qui vont se retrouver à pourchasser un mystérieux évadé du goulag, et ça va être une quête qui va les amener de surprise en surprise.

    Avant d'être la quête, c'est peut-être une enquête policière, enfin, une aventure. Mais, il y a aussi - comme vous le dites très bien - il y a une enquête, mais il y a aussi une quête spirituelle, une quête philosophique. Dans cette course à l'abîme, dans cette chasse à l'homme, les personnages, 5 soldats, découvrent une dimension qui leur était parfaitement inconnue. Que suis-je face à cette infinie Siberia ? Que suis-je face à Dieu ? Face à la possibilité de croire…

    Face au cosmos aussi, il y a une dimension spirituelle.

    Voilà, vous ne parlez même pas de la nature, il faudrait parler du cosmos, tellement, c'est vaste. C'est une autre dimension, ce n'est pas seulement un contexte, vous voyez, pour une aventure, c'est plus que ça. C'est un être vivant, ce cosmos.

    Oui, mais en même temps, il y a les ordres, il y a la hiérarchie, il y a le système communiste qui est là, et qui dicte sa loi.

    Oui, le but est très simple, ils doivent capturer un évadé du goulag. Ils doivent ou bien donc l'arrêter, ou bien l'assassiner, et ils partent avec cette mission. Donc, au départ, le discours est très simple et très cohérent, mais peu à peu, en voyant ce ce pauvre homme, enfin, ce pauvre évadé, ils se disent : mais, il est aussi faible que nous, et peut-être même, il est plus libre que nous. Il découvre aussi sa liberté parce que nous, nous sommes sous le dictat politique, nous sommes écrasés par cette mission finalement assassine, tandis que lui, il court vers la liberté.

    Oui, il va laisser des objets, comme un jeu de pistes en quelque sorte, et puis il va se passer des choses dans ce groupe. On ne racontera pas la fin, c'est un véritable suspens, mais au fond, il y a des découvertes, une espèce de trésor derrière. Au bout du chemin, il y a comme la découverte de quelque chose qui finalement les dépasse, un message universel.

    Ce sont des citadins, et donc, ils se retrouvent dans un élément qu'ils ne connaissent pas, dans cette vastitude qui va de la Chine jusqu'au pôle Nord, avec très peu d'habitations, et dans cet Extrême-Orient sibérien, le seul message qui passe de la part de l'évadé, "il faut pouvoir y vivre". Au début, ils ne comprennent même pas de quoi il s'agit. Le personnage principal, il se dit : mais, comment peut-on vivre ici ? Et quand il comprend de quoi il s'agit, quand il comprend véritablement le sens de ce verbe si simple, "vivre", c'est évident, c'est galvaudé, il se dit : mais, finalement, ma vie d'avant, comment était-elle ? C'était une forme de mort, c'est une forme de sommeil mortel. Maintenant, je peux me libérer de cette somnolence, je peux vraiment me réveiller. C'est un réveil, finalement, c'est le roman sur un réveil, sur une initiation, une exploration à un réveil spirituel.

    Oui, "L'archipel d'une autre vie", votre nouveau livre donc qui vient d'être publié au Seuil est remarquable. Merci Andreï.

    Merci à vous.

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    00:07:54
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