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  • L'invité

    L'INVITE TV5MONDE-04/03/17

    Invité : Michel Bareau.

    Le directeur artistique des studios Moulinsart a colorisé lui-même « Tintin au pays des Soviets », le premier album historique d'Hergé. Sa nouvelle version est un événement !

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Michel BAREAU.

    Bonjour.

    C’est historique, ce que vous avez fait va rester dans l’histoire, tout simplement. Vous avez coloré un album, le premier, de Tintin, le premier HERGÉ, c’est « Tintin au pays des Soviets » et c’est une renaissance que cet album qui va rester pour les générations futures avec votre trait, avec vos couleurs, vos choix de couleurs. C’est une aventure extraordinaire ce qui vous arrive.

    Ce qu’il faut tout de suite préciser, c’e (...)

    Bonjour Michel BAREAU.

    Bonjour.

    C’est historique, ce que vous avez fait va rester dans l’histoire, tout simplement. Vous avez coloré un album, le premier, de Tintin, le premier HERGÉ, c’est « Tintin au pays des Soviets » et c’est une renaissance que cet album qui va rester pour les générations futures avec votre trait, avec vos couleurs, vos choix de couleurs. C’est une aventure extraordinaire ce qui vous arrive.

    Ce qu’il faut tout de suite préciser, c’est qu’il y a eu une prise de position dès le départ. J’ai dit : « Je ne fais pas un coloriage comme HERGÉ, je fais table rase de la technique d’HERGÉ ». Parce que je considère qu’on est dans un document historique, donc on est dans un document historique au même titre qu’un reportage en noir et blanc sur la guerre de 14 colorisé par Daniel COSTELLE et son équipe. Eh bien je me suis mis à la place de Daniel COSTELLE devant le « Tintin au pays des Soviets » dans sa plus pure expression, c’est-à-dire en réutilisant les planches originales d’HERGÉ telles qu’elles n’ont jamais été réutilisées. Il n’y a aucun trait qui ait été touché. Donc ça, c’est important, parce que vous disiez « votre trait » et « vos couleurs », non, je suis derrière le trait d’HERGÉ.

    Vous partez de cette extraordinaire œuvre d’HERGÉ. 1930. Il les dessine, il invente Tintin pour la première fois, « Tintin au pays des Soviets », et l’influence de l’abbé WALLEZ, l’influence de l’anticommunisme qui règne à ce moment-là, il veut créer un personnage, un reporter au Petit Vingtième, le journal qui existe réellement et il veut l’envoyer dénoncer le communisme en Union soviétique.

    Oui, donc, l’abbé WALLEZ qui est un abbé très catholique, très d’extrême droite, derrière son bureau, il y avait un portrait de MUSSOLINI, donc ça situe un petit peu le personnage, transmet à HERGÉ un livre qui s’appelle « Moscou sans voiles », écrit par un ex-consul de Belgique en Union soviétique, apparemment, d’après les informations qu’on a, il n’a jamais mis les pieds en Union soviétique, mais ce qu’il raconte a un fonds et HERGÉ a utilisé ce fonds, ou a été tenu d’utiliser ce fonds, pour constituer le récit de l’aventure de Tintin au pays des Soviets.

    Oui, il part de ce fonds documentaire historique à l’époque pour cette charge anticommuniste, il va dénoncer la police secrète, il va dénoncer les tortures, les files d’attente, la misère, il montre tout ça.

    Oui, il montre tout ça, mais on constate que l’album est un prétexte, que les planches ont été rajoutées, les faits ont été rajoutés et n’ont pas vraiment beaucoup d’importance dans le récit. Enfin c’est un peu comme ça que je le ressens. Par contre, le fait que le récit soit binaire, donc il y a les bons et les méchants, a permis justement de donner un suspense à l’aventure quand la Guépéou essaie d’attraper Tintin, quand ils essaient de venir le surprendre la nuit ou de le dénoncer comme agent antibolchevique. Donc ça, c’est la trame. Il y a des scènes de misère dans les rues soviétiques, il y a des scènes de fausses usines, donc tout ça…

    De tortures aussi.

    De tortures, oui.

    On veut vous faire parler.

    Oui, il y a une double planche avec des scènes de tortures même assez drôles parce qu’elles évoquent DIDI, elles évoquent déjà DIDI, le fou chinois qui veut couper la tête de Tintin dans « Le Lotus bleu », eh bien c’est déjà présent là-dedans, donc c’est étonnant.

    C’est étonnant, c’est une œuvre fondamentale, fondatrice.

    Oui.

    Qui va longtemps rester maudite, c’est une œuvre, on l’a dit, en noir et blanc, binaire, et qui ne sera plus publiée jusque dans les années 70.

    Voilà, elle ne sera plus publiée, pas par la décision d’HERGÉ, mais surtout par une décision ou un mouvement de son éditeur qui ne tenait pas vraiment à le publier. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Comme c’était devenu un récit très rare, il y a eu des éditions pirates et pour couper court aux éditions pirates, en 72, un fac-similé de Tintin au pays des Soviets a été publié dans…

    Mais ça restait, pardon, un fac-similé. On n’est pas encore dans ce que vous venez de faire, c’est-à-dire, une édition populaire qui trouve désormais sa place dans tous les autres albums de Tintin. Les soviets sont désormais enfin le premier album de Tintin.

    Oui, alors c’est le premier ou c’est le prélude à la série des aventures de Tintin. Pourquoi le prélude, pourquoi ne pas lui avoir attribué un numéro 1 ? C’est vraiment dans cet album que HERGÉ développe toute sa force graphique et toute sa grammaire graphique. Les 3 quarts des astuces que HERGÉ va utiliser dans la série des aventures de Tintin, dans les 24 albums qui vont suivre, sont déjà présentes dans le traitement graphique du noir et blanc, par exemple, dans l’expression de la vitesse avec ce qu’on appelle les petits, chez nous on les appelle les petits zigouigouis, derrière les roues, les petits nuages de fumée, l’étonnement ou la douleur avec les petites étoiles au-dessus de la tête, les gouttes, tout y est.

    Oui, ce qui est extraordinaire, c’est l’aventure : il va affronter un ours, il va affronter un train en furie, il va prendre l’avion.

    Voilà. Et donc l’ours, on ne sait pas si c’est l’ours soviétique, mais…

    C’est presque le yéti déjà qu’on va le découvrir plus tard.

    Voilà, c’est une préfiguration du yéti, c’est une préfiguration de RANKO qu’on va retrouver plus tard.

    L’avion, c’est une préfiguration de l’île noire !

    Aussi, et alors il y a quelque chose d’extrêmement intéressant et c’est peut-être la seule planche qui ne devait pas être colorisée, c’est la scène du train qui fonce sur Tintin. Ça, c’est une planche qui est imprégnée du futurisme italien : la locomotive, le mouvement de la locomotive, la masse de la locomotive qui arrive sur Tintin, c’est extraordinaire. Pourquoi je parle de ça ? C’est parce que c’est un univers coloristique, donc les années 20-30, début du siècle passé, qui est fabuleux. Le futurisme italien m’a donné quelques pistes au niveau des couleurs pour me remettre dans l’époque et pas pour faire un coloriage, donc pour faire une colorisation, je me suis inspiré de la tendance des couleurs de l’époque.

    Oui, merci beaucoup, Michel BAREAU. « Tintin au Pays des Soviets » est revenu en couleur, merci d’avoir été notre invité.

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    00:07:57
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