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  • L'invité

    Philippe Druillet

    Invité : Philippe Druillet, dessinateur de bande dessinée français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Philippe DRUILLET. Artiste total, complet, l'un des grands maîtres de la bande dessinée, vous avez fait exploser les codes du neuvième art, et un hommage vous est rendu à travers un livre exceptionnel publié avec Michel-Edouard LECLERC. C'est 50 ans de dessin, 50 ans d'aventures graphiques, 50 ans de passion, Philippe.

    Il y a une partie d'ailleurs, il y a plus que ça, parce qu'il en manque encore 50 ou 150, j'espère vivre jusqu'à 150 d'ailleurs. Mais ce qui est intéressant, (...)

    Bonjour Philippe DRUILLET. Artiste total, complet, l'un des grands maîtres de la bande dessinée, vous avez fait exploser les codes du neuvième art, et un hommage vous est rendu à travers un livre exceptionnel publié avec Michel-Edouard LECLERC. C'est 50 ans de dessin, 50 ans d'aventures graphiques, 50 ans de passion, Philippe.

    Il y a une partie d'ailleurs, il y a plus que ça, parce qu'il en manque encore 50 ou 150, j'espère vivre jusqu'à 150 d'ailleurs. Mais ce qui est intéressant, c'est que Michel qui s'appelle lui-même l'épicier, moi je meurs de rire, et ce n'est pas le garçon qui, comme tout le monde, se rue sur la bande dessinée depuis 10 ans pour spéculer, c'est quand même quelqu'un qui a sauvé le festival d'Angoulême il y a 20-25 ans. Tout le monde lui est tombé dessus, même 30 ans je crois, et je suis le seul à l'avoir défendu, et depuis on est devenu copains, et c'est un passionné.

    Ça se voit dans ce livre-là, parce qu'il y a tout, il y a les aventures, les BD, il y a les sculptures, il y a les îles imaginaires, il y a les affiches…

    Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Et si tu veux, pardon, il faut se vouvoyer c'est mieux parce que, bon bref, sinon ça fait élection ratée, il y a 3 types de collectionneurs, j'ai toujours dit. Le premier, celui qui dit : "J'achète pour montrer que j'ai de l'argent". Le deuxième collectionneur se dit : "J'achète pour montrer que d'abord j'ai de l'argent, mais en plus c'est un placement et ça vaudra plus après", et le troisième, c'est Michel : "J'achète par passion, parce que j'aime, parce que j'aime". Il n'est pas né dans la bande dessinée depuis 10 ans ou depuis la sortie de ce bouquin, il y a un MATTOTTI avant, 2 MATTOTI, il y a DE CRÉCY.

    Là il est vraiment extraordinaire.

    Et là, c'est le pavé dans la gueule.

    C'est ça.

    Moi je l'ai reçu, d'abord c'était Lucas, son assistant, mais ils sont tous les deux. Et au début, j'avais un coup de blues parce que j'ai eu ce petit problème de santé, et je me suis dit : "Nom de Dieu, ça sent le sapin", tout le bordel, et quand j'ai vu le bouquin arriver terminé, ça m'a foutu un coup de… ça m'a mis, pardon pour parler français correct, un coup de booster absolument formidable. Et il y a des planches où je me dis :"Tiens c'est toi qui a fait ça ?". Bon je suis le pire lecteur de mes bouquins. Moi je suis un monstre, quand je fais un bouquin, je dis : "Là bravo, tu t'es bien défoncé, c'est génial, par contre là, ou t'étais bourré ou t'avais un problème". C'est comme ça, mais c'est l'histoire d'une vie, c'est l'histoire d'une profession, c'est vieux comme le monde, des grottes de Lascaux jusqu'à aujourd'hui, sans faire de mélo, on n'est pas à France Culture, que j'aime au demeurant, mais c'est vrai que c'est un parcours, c'est un parcours, mais moi je suis né de la bande dessinée, parce que maintenant on me dit : "Vous êtes peintre".

    Oui je le disais, vous avez fait exploser les cadres.

    Oui, il y a d'abord ça. Mais après, j'ai toujours fait de la peinture en plus mais je dis : "Je viens de la bande dessinée". Si j'existe, c'est grâce à deux bonhommes, c'est GOSCINNY et UDERZO, s'il n'y avait pas eu Astérix, je ne serais pas là aujourd'hui, et ça c'est une chose qu'on ne peut pas oublier. Donc ce sont des passeurs, beaucoup de gens de la profession viennent de là, ensuite on a créé "Métal hurlant", il y a eu "L'écho des savanes" et tout ça. Et moi, ce que j'aime, c'est me balader à travers plusieurs supports, à travers plusieurs techniques, quitte à me foutre dedans, parce qu'il y a des toiles, je ne te cache pas… Je me suis dit : "ça, non", et hop un coup de pompe dedans. J'ai même racheté il y a quelques années, une grosse merde, ça, il faut bien l'avouer, parce que le mot est exact, je ne sais pas ce que j'avais pris ce jour-là comme truc bizarre, un collectionneur l'achète, et il repasse sans arrêt en salle des ventes et je dis à un de mes amis galeristes, Jean-Baptiste BARBIER, je dis : "Tu le rachètes" et il me le ramène à l'atelier, à Montparnasse, et je l'ai défoncé à coups de pompe.

    Vous avez défoncé votre œuvre à coups de pied !

    J'en avais marre, j'en avais marre, mais bon, mais ça c'est une aventure, et de par ma génération, la bande dessinée à l'époque, c'était des petits Mickey, nous étions des faiseurs de petits Mickey que tout le monde lisait, pas uniquement les gamins, mais bien entendu des adultes, fallait pas en parler, tout le monde lisait en douce et tout, et nous sommes battus pendant 40 ans pour qu'on soit simplement respectés.

    Oui, mais contrairement à ce que certains pourraient dire, vous n'avez pas voulu casser ce système-là, en arrivant avec une autre bande dessinée, avec (inaudible), avec tous ces créateurs ?

    J'avais ma vision, j'avais ma culture de cinéma, ma culture de littérature et autres, et je m'étais dit moi mon travail est fractal, c'est-à-dire qu'on te le démultiplie, je le dis toujours, moi je mets la caméra sur la planche, et puis là mais ça déborde de chaque côté, donc je ne vais pas amener une planche 4,50 m de long chez l'éditeur, déjà que je me suis fait flinguer quand j'étais môme, on me foutait par la porte et je rentrais par la fenêtre, bon OK. Mais simplement j'avais une vision et donc je suis arrivé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, surtout éléphant, surtout en ce moment, et je me suis dit moi j'ai une vision du truc. Et puis surtout, et puis surtout je dis que je ne pouvais pas à ma génération, je ne pouvais pas être le seul à penser la même chose. Et il y a eu une génération 70 qui a été la bande dessinée mondiale, les ABComics et compagnie, et il y a aussi la musique. Donc nous, on a été construits, notre génération, pour être des immortels.

    Malheureusement, les Lou REED et les autres, ils meurent, donc c'est des papillons de nuit, bon, c'est très bien, et ça c'est un peu un problème. Donc je suis désolé, sur une note triste, un petit peu de violon ça va faire du bien, donc, voilà. Mais c'est vrai que ce livre est, quelque part, l'histoire d'une vie puisque il y a mes premiers dessins et autres, et moi j'étais un fou de science-fiction, fils de collabo et compagnie, et j'ai fait mes humanités tout seul aux puces, j'allais au Louvre m'enrichir, je lisais la science-fiction et tout ça, c'est pour ça que je me marre quand je vois le bordel ambiant aujourd'hui politique, écologique et compagnie. Tout ça a été écrit depuis longtemps par les plus grands écrivains de science-fiction américains et les politiques apparemment ne lisent pas de la science-fiction, ils lisent plutôt Bécassine, et donc c'est ça le problème, je me suis fait, je me suis construit, pour moi la vision d'une page était les doubles pages, c'était des écrans de cinéma comme au 19e on allait voir Le Radeau de la méduse au Louvre, c'est un écran de cinéma. Et je l'ai dit aussi souvent, au début du 19e, il y avait dans les fêtes foraines ce qu'on appelait les dioramas, et c'était une suite de paysages, et les gens rentraient là parce qu'ils avaient une envie furieuse qu'on refasse la nature, qu'on refasse la vision des choses. Et puis il y a eu la presse américaine, Little Nemo et compagnie, la bande dessinée qui a commencé à naître, mais aux États-Unis, acceptée par les adultes, revendiquée par les adultes, nous en France non. Et moi je suis un enfant à la fois de l'école franco-belge, FRANQUIN, TILLIEUX, HERGÉ dont on parlait tout à l'heure, et tout ce mélange baroque, cette espèce de soupe complètement dément, a fait le zozo qui a travaillé pendant 50 ans pour faire l'andouille, et qui surtout, s'est retrouvé pas tout seul dans le bain à patauger, parce que là, à l'époque en 69 à Pilote, il n'y avait pas ni le net, ni toutes les merdes d'aujourd'hui, eh bien ça a été une avalanche de lettres, c'était fabuleux quoi, c'était étonnant.

    Oui, on vous voit dans ce livre, dans vos ateliers. C'est des mondes, vous êtes chez vous là.

    Oui, on me donne 1000 mètres je le remplis, on me donne 3000 mètres, je le remplis. Ça, je l'ai raconté dans les éditions Les Arènes, moi on me donne une surface, je suis… Je vois l'image sous le pif, là, j'étais jeune et beau, je revenais de New-York j'avais les ceintures cloutées des homos violents, ça c'était très, très, très, très bien.

    Je vais presque dire merci pour vous, ce que vous êtes, le grand artiste qui nous fait tant rêver. Ca c'est vraiment un album merveilleux, publié donc chez Michel-Edouard LECLERC publishing, et c'est superbe. Merci, merci l'artiste.

    Merci à vous.

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    00:08:25
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