Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Sonia Mabrouk

    Invitée : Sonia Mabrouk, journaliste.

    Sonia Mabrouk, journaliste à Europe 1, Public Sénat et dans « Kiosque », sur TV5MONDE, lance un cri d´alarme dans son livre « Le monde ne tourne pas rond ma petite fille », où elle s´interroge sur les menaces qui pèsent sur la liberté et la démocratie des deux côtés de la Méditerranée.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Sonia MABROUK !

    Bonjour à vous !

    "On va plus loin" sur Public Sénat, "Le débat des grandes voix" sur Europe 1, "Kiosque" sur TV5 Monde, un des visages que l'on aime voir et entendre. Vous publiez un livre qui est déjà parmi les best-sellers, qui s'appelle "Le monde ne tourne pas rond, ma petite-fille", c'est un dialogue avec votre grand-mère, on va en parler. Vous avez envie de dire ça finalement aux hommes politiques qui se présentent pour la campagne élector (...)

    Bonjour Sonia MABROUK !

    Bonjour à vous !

    "On va plus loin" sur Public Sénat, "Le débat des grandes voix" sur Europe 1, "Kiosque" sur TV5 Monde, un des visages que l'on aime voir et entendre. Vous publiez un livre qui est déjà parmi les best-sellers, qui s'appelle "Le monde ne tourne pas rond, ma petite-fille", c'est un dialogue avec votre grand-mère, on va en parler. Vous avez envie de dire ça finalement aux hommes politiques qui se présentent pour la campagne électoral,e et de leur dire finalement : "Vous ne prenez pas en compte les réalités du monde d'aujourd'hui. " ?

    Oui, enfin, il n'y a pas que moi qui le dit et surtout les citoyens et les Français, ils ne prennent pas en compte la réalité, cette France qui gronde, cette France qui souffre, cette France région par région dont on parle peu, qui passe sous les radars des sondages et de nous-mêmes, les commentateurs, les journalistes. Ce qui est plus grave quand même c'est qu'elle passe sous les radars des responsables politiques.

    Oui, c'est-à-dire qu'on n'a pas parlé des vrais sujets, on n'a pas parlé de la laïcité, de la république, de la diversité.

    Ben c'est une campagne qui est anesthésiée, qui est même prise en otage. C'est ça qui est très grave, c'est qu'on arrive à un moment vraiment clé, je sais qu'on le dit à chaque présidentielle, mais quand même celle-ci, avec tous les chocs qu'on a subis en France, elle devait être majeure pour poser tous les grands sujets sur la table, on ne l'a pas fait. On verra les responsabilités de chacun après.

    Alors c'est un livre événement. Je le disais, c'est un dialogue avec votre grand-mère Delenda. Elle vit, elle, en Tunisie, dans ce quartier magnifique de La Goulette. Vous êtes originaires de la Tunisie, et c'est un dialogue à la fois savoureux et grave aussi, parce qu'évidemment on vous parle des attentats, on y parle de l'actualité, on y parle des événements de ce monde, et on y parle finalement d'une sorte de choc de civilisations, de danger.

    En tous les cas, on pointe un danger, il est réel et on le voit avec ce qu'on vient de dire, tous les chocs qu'on a subis, mais c'est un dialogue qui se veut de bon sens. C'est pour ça que j'ai demandé à ma grand mère et ce qu'elle a voulu faire, c'est elle hein qui m'a appelée un jour en me disant : "Il faut que je te parle, Sonia" "Et de quoi ?" je lui ai demandé, elle m'a dit "de tous les sujets qui rythment l'actualité, qui bousculent vos débats, je ne les comprends pas. Sur l'identité, sur l'Islam, sur les valeurs de la République. " Donc oui, il y a un côté sombre, mais elle me le dit, il y a toujours un peu la lumière au bout du chemin, c'est ce qu'on essaie de montrer dans ce livre.

    Oui mais alors des fois par exemple elle vous appelle, vous êtes en pleine émission à Public Sénat ou ailleurs, elle vous téléphone, elle vous dit "il faut que je te parle, il y a quelque chose de grave. " Par exemple elle vous dit : "J'ai entendu ZEMMOUR qui a dit que quand on s'appelle Sonia ça va, mais si on s'appelle … si on prend un prénom musulman, eh bien ça veut dire que les parents portent une responsabilité parce que l'enfant ne réussira jamais dans la vie. "

    Oui, ça la choque profondément. Par exemple, si vous prenez le cas d'Eric ZEMMOUR, du polémiste ZEMMMOUR, elle comprend que c'est un phénomène en France et elle le dit elle-même ma grand mère depuis sa Goulette natale, elle comprend que ses livres se vendent. Pourquoi ? Parce qu'il touche justement une partie de cette France dont on a parlé tout à l'heure, cette France qui gronde, mais quand il dit que le prénom c'est la France, non ! Parce qu'on peut s'appeler Sonia, Mohamed, Malika, Delenda, et être la France aujourd'hui, ça ne veut absolument rien dire.

    Oui. Et alors parfois, elle vous appelle votre grand-mère. Elle vous dit "fais attention Sonia. Tu es moderne, tu aimes ta religion, tu connais ton histoire. Finalement, tu représentes tout ce que les terroristes détestent. "

    Oui et nous sommes nombreux et nombreuses dans ce cas, parce qu'on fait partie de ceux qui questionnent tout simplement notre religion. Parce qu'on l'aime, on la questionne. Et aujourd'hui quand on veut faire avancer une religion, quand on veut qu'elle soit compatible avec les valeurs de la République, il faut la questionner, comme tous les grands dogmes religieux, quand on ne questionne pas une religion, c'est là qu'elle se meurt, c'est là qu'on la laisse justement dans son coin. Donc beaucoup de Français de confession, de culture musulmane, quand ils posent des questions sur l'Islam, il faut les laisser. Or nous, on nous oppose tout le temps, eh bien les critiques, l'islamophobie, tous ces slogans-là qu'on nous renvoie à la figure.

    Oui, mais vous dites il n y a plus d'intellectuels musulmans qui prennent la parole réellement.

    Ben c'est vrai que… moi je regrette, paix à son âme, Malek CHEBEL, qui avait fixé un objectif. Je rappelle souvent que son Islam des lumières, c'était un objectif, parce que parfois il était critiqué pour cela, mais c'est un but à atteindre. Et j'aimerais que beaucoup de personnalités à son niveau, mais aussi au mien, des Français aujourd'hui de toutes catégories, de tous milieux sociaux, prennent la parole pour dire cela, pour dire que cet Islam-là existe, que c'est un but à atteindre, que c'est un chemin qu'il faut parcourir ensemble.

    Oui, mais la question se pose : est-ce que l'Islam apolitique de nos parents et grands parents peut encore exister. Est-ce qu'il n'est pas définitivement mort cet Islam-là ?

    Ecoutez, il y a une scène que j'aime beaucoup et que me raconte Delenda, et qui résume ce dont vous parlez, cet islam apolitique. Elle traduit ça part une image, elle est à sa fenêtre de la maison de la Goulette et elle voit passer, on voit la scène en fait il y a 30 ans, elle voit passer des femmes. On est lors de la sieste, il fait très chaud en Tunisie, elle porte un sefséri blanc, c'est ce voile blanc qui couvrait les cheveux des femmes, qu'elles laissaient parfois un petit peu tomber. Et hop, on arrive au présent, et elle voit peut-être les petites filles de ces femmes-là qui portent une burqa. Et elle me dit : "Sonia, quand on voile son regard, quand on cache son regard, c'est qu'on cache son âme. " Et elle regrette effectivement ce temps-là où on respectait la religion, on se respectait soi-même. Et c'est vrai qu'il a un petit peu perdu cet islam, mais la bataille n'est pas perdue.

    Oui. Alors votre grand mère, parfois elle vous dit " j'ai entendu chez vous une polémique concernant la présence des femmes, plutôt l'absence de présence des femmes dans les cafés où il y a des hommes, particulièrement des musulmans. " Et elle vous dit "moi aussi j'ai vu ça là-bas en Tunisie. "

    Oui, oui. C'est vrai qu'il y a une tradition dans certains cafés en Tunisie où il n'y a que les hommes. Evidemment qu'il y a des cafés mixte en Tunisie et puis partout ailleurs au Maghreb, mais il y a encore des sortes d'îlots de résistance où il n'y a que des hommes dans certains cafés. Parfois, c'est culturel et Delenda me dit "mais ce n'est pas normal, il faudrait qu'on puisse aller dans ces cafés-là et ce n'est pas encore possible. " Donc que ce soit en Tunisie, en France …

    Et donc vous entendez la polémique en France, et vous entendez par exemple Benoît HAMON qui dit "Oui mais c'était pareil dans les cafés ouvriers. " Et ça, ça vous énerve.

    Mais oui, ça me choque, parce que, que ce soit sur cet exemple ou d'autres, il y a un réflexe pavlovien qui est de tout relativiser, de dire "non mais ce n'est pas grave, parce que regardez ce qui se passe" et cetera. Et c'est ça ce qui est dangereux aujourd'hui. Quels que soient les problèmes, il faut les voir en face et les traiter. C'est le rôle des responsables politiques aussi.

    Oui vous dites "l'indignation, c'est le prolongement de l'impuissance", ça ne sert à rien de s'indigner quoi en fait.

    Il le faut. Heureusement qu'on s'indigne, c'est un cri du coeur. Quand beaucoup de Français se sont indignés sur la situation d'Alep etc, c'est très bien. Que nous nous indignons c'est très bien, mais qu'un responsable politique s'indigne, ça me choque. Son rôle, c'est l'action.

    Vous trouvez qu'ils ne font que ça aujourd'hui les responsables politiques : s'indigner sans être actifs ?

    On ne va pas être aussi durs avec eux, mais ils se sont beaucoup indignés. Et malheureusement, l'action, notamment sur la politique étrangère, et on parle beaucoup avec Delenda, ma grand mère, sur le Maghreb, elle est assez inexistante aujourd'hui.

    Oui vous dites "la démocratie, ça ne peut pas s'imposer".

    Non.

    On ne peut pas rêver d'imposer la démocratie.

    Ben on l'a vu quand même au Moyen Orient avec différents exemples. On a vu la méthode, j'allais dire, américaine. Non, la démocratie, ça ne s'exporte pas. On ne prend pas un modèle et puis on l'impose comme ça, ça ne se fait pas.

    Oui. Vous dites, en fait ce livre c'est un cri d'alarme. C'est aussi un cri du coeur.

    Oui.

    Parce que vous dites effectivement, il y a cette lumière au bout de cette colère, au bout de ce désespoir, il y a l'espoir, mais au fond, c'est aussi un cri d'alarme.

    C'est un cri d'alarme et j'insiste vraiment sur l'espoir, pourquoi ? parce que moi j'ai une conviction comme Delenda, très profonde, c'est que la Tunisie, c'est une formidable petite flamme de la démocratie et que si on préserve cette petite flamme, ça sera l'un des seuls pays qui peut montrer que l'Islam et la démocratie c'est compatible. Et puis je compte aussi sur la France, c'est un grand pays. Moi je suis franco-tunisienne et je me dis que ce mélange-là avec ces pays qui ont une histoire aussi forte, alors la France évidemment, mais également la Tunisie, ça ne peut que représenter, du côté des deux rives de la Méditerranée, deux piliers importants.

    Oui. En même temps, vous le dites, parfois sur Twitter vous êtes insultée, on vous dit "vous êtes l'Arabe de service". Il y a ça, il y a cette haine aussi.

    Et ça je ne le comprends pas. Quand on dit qu'on aime son pays, quand on dit qu'on aime la France, quand on met en avant une certaine forme d'Islam, qui est ouverte, qui est la mienne, qui est aussi celle de Delenda, ben je me fais attaquer comme cela. Mais il n'y a pas de problème, hein, les attaques vont continuer, mais nous on va continuer à écrire, on va continuer à parler aussi.

    Oui. Oui. Et puis le livre est un carton. Ça aussi ça montre quelque chose aussi.

    Oui, bah ça c'est vraiment … je suis très émue et celle qui est encore plus émue que moi, c'est Delenda, parce qu'elle m'a appelé juste avant cette interview depuis la Goulette, et je lui ai dit "Mais mamie, ta parole porte. " Et ça, pour une grand mère, c'est très important, parce que qu'en France on tienne compte de ce qu'elle dit depuis sa Tunisie natale, c'est vraiment important. Bravo.

    Oui et on la salue, Delenda, elle nous écoute. On salue tous les Tunisiens, à la Goulette et ailleurs. Merci beaucoup Sonia MABROUK d'avoir été notre invitée.

    Merci à vous. Merci beaucoup.

    Voir plusmoins
    00:08:11
    Tous publics
    Tous publics