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  • L'invité

    Patrick Pelloux

    Invité : Patrick Pelloux, médecin-urgentiste.

    Le docteur Patrick Pelloux fut l'un des premiers à pénétrer sur les lieux après le carnage au journal "Charlie Hebdo", dont il fut l'un des chroniqueurs. Pour toutes les victimes du terrorisme, il témoigne de sa reconstruction après la vague d'attentats qui a ensanglanté la France.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Patrick Pelloux.

    Bonjour.

    "L'instinct de vie", vous parlez de cela dans ce livre publié au Cherche Midi, parce que l'instinct de vie c'est d'être présent, d'être vivant, d'être survivant.

    Voilà.

    Vous auriez dû être tué dans l'attentat de Charlie Hebdo.

    Oui j'aurais dû, c'est les hasards de la vie. Avec des "si" on peut refaire le monde, mais toutes les personnes qui ont été victimes de drames, ceux qui ont raté l'avion (...)

    Bonjour Patrick Pelloux.

    Bonjour.

    "L'instinct de vie", vous parlez de cela dans ce livre publié au Cherche Midi, parce que l'instinct de vie c'est d'être présent, d'être vivant, d'être survivant.

    Voilà.

    Vous auriez dû être tué dans l'attentat de Charlie Hebdo.

    Oui j'aurais dû, c'est les hasards de la vie. Avec des "si" on peut refaire le monde, mais toutes les personnes qui ont été victimes de drames, ceux qui ont raté l'avion qui s'est écrasé, etc. A chaque fois, tout le monde dit ça "J'aurais dû y être" mais je n'y étais pas donc voilà.

    Le 7 janvier 2015, vous aviez rendez-vous.

    Voilà. Je devais y aller, c'était la première conférence de rédaction de l'année, donc j'aurais dû y être, oui, mais je n'y étais pas. Et voilà.

    Vous êtes arrivé après, et c'est ce que vous racontez dans ce livre bouleversant.

    Et je raconte après tout le processus en ayant cette confrontation de moi membre à l'époque de Charlie Hebdo et avoir vu mes amis tués, et le fait que je suis médecin, donc que les théories qu'on m'appliquait pour me reconstruire et m'aider, je les ai un peu évaluées, j'ai fait ma propre expérimentation sur moi.

    Oui mais vous dites très clairement dans ce livre "On n'était pas préparés pour la guerre".

    Non. La médecine française, on a eu l'oisiveté de croire qu'on était un pays en paix et que la paix était éternelle, comme on a cru d'ailleurs que l'Europe c'était un boulevard et que c'était éternel. Non en fait, rien n'est éternel. La France est confrontée à une période de guerre hein avec des hommes structurés, des hommes entraînés, avec des armes de guerre qui tuent tout le monde, ce radicalisme islamiste, ce terrorisme islamiste qui tue tout le monde hein, puisqu'ils ont tué, ils ont massacré quand même près de 300 personnes en 2015 en France, et c'est quelque chose pour lequel on n'était pas préparé. Et donc évidemment la médecine d'urgence française, on n'était pas préparé à voir des afflux massifs de gens blessés par des armes de guerre.

    Alors, vous arrivez sur place, vous découvrez vos copains, vos amis. Vous dites c'est épouvantable. Evidemment il faut trier les morts et les survivants.

    Non mais ça c'est mon job, c'est-à-dire qu'en fait sur tous les modèles et quand on est médecin urgentiste, on apprend à gérer les catastrophes, c'est-à-dire à faire un pré-triage pour … Donc en fait j'ai mené cette analyse, mais je n'étais quelque part déjà, plus moi-même. J'étais dans des automatismes professionnels parce que c'est difficile de soigner des gens que vous aimez et que vous connaissez et qui sont troués de balles, c'est terrible. Donc j'avais ce réflexe, cet automatisme de médecin, mais en même temps, je constatais. Donc c'était très dur.

    Ca a été la sidération, c'était une bombe à fragmentation.

    Voilà, voilà c'est ça. C'est-à-dire que d'un coup vous avez le drame et ce drame … vous quittez l'instant présent où vous avez le contact avec l'objet perdu, c'est-à-dire avec ce qui vient d'être abandonné par le fait que ça ait été massacré et vous partez sur plein de conséquences. Donc en fait, chaque seconde qui passe pèse une éternité, et ça remet en cause toute votre structuration.

    Et en même temps, vous êtes conscient que ça pouvait arriver. Vous le dites aussi, il y avait eu des alertes, il y a eu un certain nombre de choses qui n'avaient pas été prises en compte.

    Il y avait eu un premier attentat contre Charlie Hebdo, le journal avait été incendié. Après, il y avait les alertes par les services secrets, donc notamment Charb était protégé par la police, mais c'est très difficile le renseignement et puis on ne peut pas prévoir, c'est quelque chose de très compliqué. Donc du coup, il y avait ce côté où il fallait vivre avec le fait que ça pouvait arriver, mais en même temps on se disait "ça va mieux, ça se calme un petit peu. "

    Oui. Et en même temps, vous dites "il y a aussi les cons".

    Ah oui, ah oui, ça oui. Alors ça il y en a beaucoup, oui.

    Alors il y en a un dans un syndicat d'anesthésistes qui dit "Ils auraient dû tuer Pelloux".

    Oui bien-sûr.

    Il y a quelqu'un qui dit ça ?!

    Oui il y a quelqu'un qui dit ça. Oui, il faut vivre avec les cons, il y en a plein, c'est compliqué. Je l'ai mis dans le livre parce que je ne voulais pas que les gens croient que quand vous êtes dans la reconstruction, quand vous êtes marqués par un drame, il ne faut pas croire que tout le monde va vous tendre la main. Il y en a qui vous tendent la main avec élan, vous voyez, donc il faut savoir qu'il y a beaucoup de cons.

    Oui, pourquoi ? Parce qu'on a dit "ils l'avaient cherché" ?

    Oui ils l'avaient cherché, on a ça, "ils l'avaient cherché", "c'est bien fait", "il ne faut pas les embêter". Mais justement, le radicalisme islamiste, il faut l'embêter, il faut le perturber comme n'importe quelle religion. Et les journaux, que ce soit Le Canard Enchaîné, Siné Hebdo, Charlie, passe son temps à se moquer du pape. Il y a eu beaucoup de procès avec des associations catholiques radicales, intégristes, etc, ça s'est toujours calmé, mais ils n'ont jamais tiré dessus.

    Oui, mais ça veut dire qu'il y a un certain nombre de gens qui sont responsables de ce qui est arrivé, pas seulement ceux qui ont tiré ?

    Non non. Ceux qui sont responsables ce sont ceux qui ont tiré, c'est le radicalisme islamiste bien sûr, c'est ça. Il ne faut pas chercher d'autres responsables. Après, vous risquez de tomber dans ces théories de crétins là, les théories du complot. Il ne faut pas chercher plus loin. Il y a une armée secrète qui s'est mise en place insidieusement, payée par des grandes puissances étrangères, et Daesh a réussi et voulait neutraliser la France. C'est pour ça qu'ils ont fait le massacre au Bataclan, ils ont fait le massacre dans les cafés, ils ont décapité un prêtre… A chaque fois, ils visaient des ponts. Et heureusement, nous avons un pays qui est resté soudé.

    Oui. Pourquoi ? Parce qu'il y a cet instinct de vie dont vous parlez.

    Oui c'est ça. Collectivement. Et c'est pour ça, le succès de la manifestation du fameux 11 Janvier 2015. Je suis convaincu que cette manifestation en fait, les gens avaient besoin de se sentir forts. Ils se sont regroupés, c'est-à-dire que d'un coup … on voit sur les photos là, c'est que d'un coup les gens ont besoin d'être ensemble. C'est un phénomène qu'on a vu le soir des attentats du 13 Novembre où on a retrouvé dans les rues, des gens agglutinés les uns contre les autres, qui n'étaient pas blessés, ils avaient peur. Donc ils étaient les uns sur les autres.

    Oui. Et ça c'est un jour, Patrick Pelloux, est-ce qu'aujourd'hui on n'a pas oublié ?

    Ah pas du tout !

    Est-ce qu'on n'a pas oublié Charb, Cabu, Wolinski ? Tignous ?

    Non. Il faut faire attention. C'est à des gens comme moi de veiller à ce qu'on ne les oublie pas, à veiller à ce que l'autocensure des médias, quand il s'agit de parler du radicalisme islamiste soit fait, que les caricaturistes, les humoristes puissent se moquer de toutes les religions….

    Là par exemple, il y a une pièce de Charb qui ne peut pas être joué à Avignon. On a dit, certains ont dit, notamment à Charlie Hebdo, que c'était de la censure ou qu'ils craignaient pour la sécurité publique.

    Non, c'est un texte qu'il faut lire. Je ne sais pas si c'est une pièce de théâtre, mais c'est un texte qu'il faut lire. Après, il y a le choix des programmateurs, mais il ne faut pas qu'il y ait cette autocensure. C'est-à-dire il faut parler de l'islamophobie, parce qu'on se fait traiter d'islamophobes. Evidemment, ça c'est souvent des gens d'extrême gauche qui ont eu cette idée…

    Mais l'islamophobie, ça existe aussi.

    Non pas du tout. Enfin je ne crois pas dans le sens où ils le disent, pas du tout. Ce n'est pas de l'islamophobie.

    [inaudible] toujours.

    Il y a une auto-censure maintenant, il y a une autocensure parce que parler des phénomènes de religion, ça inquiète tout de suite, ça fait peur un petit peu. Mais dire que ce radicalisme islamiste est vraiment un fascisme, eh ben c'est quelque chose qui n'est pas facile à dire.

    Merci beaucoup Patrick Pelloux. Ça s'appelle "L'instinct de vie", votre nouveau livre, actuellement l'un des Best sellers en librairie, c'est publié au Cherche Midi. Merci d'avoir été notre invité.

    Merci beaucoup, merci.

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    00:08:18
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