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  • L'invité

    Marc Ladreit de Lacharrière

    Invité : Marc Ladreit de Lacharrière, entrepreneur français.

    Le milliardaire, 1153e fortune mondiale selon le magazine "Forbes", est l'un des plus grands mécènes du monde artistique. Sa collection d'art africain fait l'objet d'une exposition au Musée du quai Branly - Jacques Chirac : "Éclectique".

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Marc Ladreit DE LACHARRIERE. Vous êtes membre de l’Académie des Beaux-Arts, ambassadeur de la diversité culturelle de l’UNESCO et un des plus grands mécènes du monde de l’art éclectique. C’est une exposition événement au musée à Paris du Quai Branly, Jacques CHIRAC, ce sont vos œuvres, pendant une quinzaine d’années, glanées à travers le monde, ce sont des œuvres d’art africain, d’art océanien, d’art primitif, comme on dit et c’est une œuvre exceptionnelle que vous avez décidé de montrer (...)

    Bonjour Marc Ladreit DE LACHARRIERE. Vous êtes membre de l’Académie des Beaux-Arts, ambassadeur de la diversité culturelle de l’UNESCO et un des plus grands mécènes du monde de l’art éclectique. C’est une exposition événement au musée à Paris du Quai Branly, Jacques CHIRAC, ce sont vos œuvres, pendant une quinzaine d’années, glanées à travers le monde, ce sont des œuvres d’art africain, d’art océanien, d’art primitif, comme on dit et c’est une œuvre exceptionnelle que vous avez décidé de montrer à tous.

    Oui parce qu’il faut savoir que ça faisait partie un peu de mon jardin secret et comme indiqué dans le catalogue, ça faisait aussi partie du jardin secret de Jacques CHIRAC et à un moment Jacques CHIRAC m’a dit à juste titre « il faut que tu fasses partager aux autres la collection que tu as créée dans ce domaine », et j’avoue que j’arrive à un âge, où moi aussi j’ai envie de faire partager aux autres la beauté de cette civilisation et la beauté des œuvres faites par cette civilisation.

    Alors on va regarder des images. Voilà l’exposition, donc ce splendide musée du Quai Branly. C’est une collection du 21e siècle, c’est le titre donc de cette exposition. Pourquoi du 21e siècle alors qu’on a des œuvres qui datent du 16e, 17e siècle ?

    Oui, je pense que Hélène JOUBERT qui était la conservatrice qui organisait cette exposition, a voulu montrer ce qu’était un collectionneur, entre guillemets, du 21e siècle, c’est-à-dire un collectionneur où elle mélange non seulement des œuvres d’art africain, des œuvres primitives, et aussi des œuvres qui remontent, certaines à la période cycladique, c’est-à-dire qu’il y a 2500 ans, de la Grèce archaïque jusqu’aux œuvres des artistes contemporains, et donc elle voulait montrer, et je crois qu’elle a réussi, qu’un collectionneur du 21e siècle puisse mélanger aussi bien, chez lui ou à son bureau ou dans ces lieux de vie, des œuvres qui remontent à l’époque cycladique, 2500 ans, en passant par la Grèce antique, en passant par les arts africains et en arrivant aux arts modernes.

    Oui, et cette collection qui est la vôtre est le fruit d’une passion incroyable et, j’allais dire, vous vivez avec ces œuvres.

    Oui, j’y vis complètement puisque cette passion. C’est une passion qui remonte à une quinzaine d’années et qui, grâce au fait que je suis un grand voyageur du monde et puis d’autre part grâce à des relations avec toute une série de personnes qui sont impliquées dans les arts primitifs, progressivement j’ai fait mienne, moi aussi l’envie d’abandonner un peu mon corset mental d’occidental qui était formé par l’art classique pour élargir mon champ esthétique.

    Il y a Jacques CHIRAC qui vous a adressé une lettre qui est reproduite dans le magnifique catalogue publié chez Flammarion et qui vous écrit, il vous tutoie, et il vous dit « tu devrais, Marc, montrer ces œuvres parce que tu dois rendre justice à ces peuples injustement méprisés » c’est ce qu’écrit Jacques CHIRAC.

    C’est tout à fait vrai, il a tout à fait raison et vous savez pourquoi ils étaient méprisés, je dirais, oubliés ? Il y a 2 grandes raisons : il y a premièrement, c’est que ces civilisations ont connu le racisme, il ne faut jamais oublier que pendant 3 siècles, jusque vers les années 1850, ces populations étaient destinées à être des esclaves au niveau de l’Amérique du Nord. Et puis il y a une deuxième période aussi qui a fait en sorte qu’il y a eu le colonialisme et le colonialisme a apporté certes quelques valeurs, mais a aussi tué toutes ces œuvres qui étaient considérées par les colons, comme du fétichisme.

    Décoratisme ou du fétichisme, ils mettaient ça dans leur bureau et les mettaient à côté, ils ne mettaient pas à côté des œuvres classiques…

    Oui, mais quand vous considérez que ces œuvres-là sont des fétiches, à ce moment-là comment vous pouvez imaginer que ce sont des artistes qui les ont faits ? Donc ces civilisations-là ont été totalement figées pendant 3 siècles, et elles ont été redécouvertes il y a très peu de temps puisqu’elles ont été redécouvertes au début du 20e siècle ou à la fin du 19e par des artistes, par exemple. Le premier à avoir redécouvert les arts premiers, c’est Cézanne. Cézanne lorsqu’il essaye de commencer à déconstruire les formes, si vous prenez l’exemple des Grandes Baigneuses, vous voyez déjà une déconstruction des formes qui ressemble un petit peu à ce que faisaient les artistes africains. Et il ne faut évidemment pas oublier le plus important, à savoir le cubisme avec Braque et Picasso où là, justement, les masques africains sont de la même langue que les Demoiselles d’Avignon ou à l’heure actuelle au musée de Bernard ARNAULT au Jardin d’Acclimatation, vous voyez une œuvre de Picasso qui est la Dame à l’Éventail où vous voyez exactement la résonance complète avec des masques africains.

    Marc Ladreit DE LACHARRIERE, ces œuvres nous disent quoi pour aujourd’hui ? On y voit des maternités, on y voit des personnages féminins, des pileuses de riz.

    Alors ces œuvres, vous voyez, je crois qu’il faut remonter, il y a cette pileuse de mil qui est une femme exceptionnelle puisqu’on pense que c’est une jeune femme qui est une fille d’un roi et qui va se marier et ces œuvres, elles ont en règle générale 3 symboles parce que les sculpteurs, puisque c’est essentiellement des sculptures, comme nous sommes dans une civilisation du non-écrit, à ce moment-là, l’artiste était un maître d’école. Il devait à travers l’œuvre montrer aux jeunes quelles étaient les grandes valeurs de leur tribu au de leur royauté. Deuxièmement, ils étaient des prêtres parce qu’à travers la sculpture, ils permettaient par les œuvres d’aller vers l’invisible, c’est-à-dire vers les ancêtres ou vers les dieux. Et accessoirement, ce sont des artistes qui font des œuvres magnifiques et la pileuse de mil dont vous parlez, c’est justement une femme qui est une jeune femme, qui est très grande, qui dépasse 1 mètre de haut alors que ces sculptures de plus d’un mètre sont en règle générale des sculptures royales, et qui a plusieurs missions. Premièrement, vous verrez quand les visiteurs iront la voir, elle a les seins oblongs, ça veut dire qu’elle est capable de faire des enfants. Il y a aussi dans toutes ces sculptures des nombrils assez grands, ça veut dire par là aussi qu’on peut faire des enfants. Mais en même temps, elle est pileuse de mil, et donc pileuse de mil, c’est qu’elle a la responsabilité de nourrir la tribu, mais en même temps, elle pile des graines tout à fait religieuses, des graines spéciales et donc par ces graines il y a l’accès à l’invisible, donc aux ancêtres.

    C’est important de financer des musées comme vous le faites, d’ailleurs en Tunisie ou ailleurs, c’est important de défendre le musée du Mali, par exemple.

    Exactement, mais c’est important parce que ça permet et je reconnais encore une fois que c’est des petites pierres sur l’édifice commun, ça permet de faire en sorte qu’il y ait des gens qui comprennent que le dialogue des cultures, le dialogue des civilisations, le respect de l’égalité des civilisations permet de lutter contre l’intolérance et Dieu sait qu’à l’heure actuelle, on en a bien besoin.

    Merci beaucoup, Marc Ladreit DE LACHARRIERE. Éclectique, vous êtes un homme éclectique.

    Je ne sais pas, je pense que je suis ouvert, ouvert sur les autres, j’essaye.

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    00:08:21
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