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  • L'invité

    Fellag

    invité : Fellag, comédien et humoriste algérien ; il est à l'affiche de "Bled Runner" et fête 40 ans de succès.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C'est une star, les Américains nous l'envient. Bled Runner a trouvé un nouveau comédien, c'est FELLAG. Quel bonheur FELLAG, bonjour, Mohamed.

    Bonjour Patrick.

    C'est un bonheur de fêter 45 ans de succès à travers ce spectacle qui triomphe, théâtre du Rond-Point à Paris, tournée derrière. Et c'est pour fêter, comme ça, tant de rencontres avec le public ?

    Ah oui, c'est magnifique, c'est une vie formidable. J'ai commencé comme comédien de théâtre à Alger, au (...)

    C'est une star, les Américains nous l'envient. Bled Runner a trouvé un nouveau comédien, c'est FELLAG. Quel bonheur FELLAG, bonjour, Mohamed.

    Bonjour Patrick.

    C'est un bonheur de fêter 45 ans de succès à travers ce spectacle qui triomphe, théâtre du Rond-Point à Paris, tournée derrière. Et c'est pour fêter, comme ça, tant de rencontres avec le public ?

    Ah oui, c'est magnifique, c'est une vie formidable. J'ai commencé comme comédien de théâtre à Alger, au théâtre national d'Alger, ensuite dans plusieurs compagnies. Après, j'ai commencé en 87 à jouer seul et donc, ça fait maintenant 30 ans exactement que je joue tout seul. Que je monte des spectacles en solo.

    Alors, là c'est un spectacle, on y retrouve les personnages, on y retrouve des scènes… Et tout ça, c'est une histoire incroyable !

    C'est l'histoire du petit peuple d'Algérie, du petit peuple d'Alger. C'est proche de PAGNOL, de l'univers de PAGNOL, moi je viens d'un milieu très marginal, d'un milieu populaire, donc ces gens-là je les aime, je les connais, je les ai emmagasinés, je les ai en moi et donc je les aime, j'aime comment ils vivent, comment ils sont généreux les uns envers les autres. Et donc je les raconte tout le temps, je les raconte dans leur folie, dans leur absurdité, dans leur humour complètement décalé, voilà …

    Ce qui est merveilleux, c'est qu'on rit beaucoup et il y a une infinie tendresse. C'est FELLAG, c'est Bled runner.

    "Il avait fait la guerre de 39-45, pas du côté de la Wehrmacht, du côté français. C'est-à-dire que mon père était un colonisé qui s'était battu aux côtés de son colonisateur pour l'aider à se décoloniser. Ma mère allumait la radio et la cour de la maison se transformait en music-hall. Les postérieurs prenaient leur liberté. Les seins des jeunes filles voletaient comme des pigeons voyageurs. Le Moulin Rouge version berbère. À part poser des pièges pour attraper des oiseaux, nager dans des mares, courir derrière des poules pour faire notre éducation sexuelle, il n'y avait pas de loisirs pour les enfants, on s'ennuyait beaucoup. Heureusement que des avions venaient nous bombarder de temps en temps. "

    C'est tellement bon de rire.

    Oui, ça libère, ça ouvre.

    Et cet humour-là, FELLAG, il est venu très tôt, très jeune, dans l'enfance.

    Oui, parce que le rire est une arme, c'est une arme pacifique de survie, de… comment dire, de renverser les situations, de continuer à vivre et de continuer à exister.

    On peut rire de tout ? On peut, j'allais presque dire, trouver l'absurdité des choses là où elle est ?

    Absolument, on peut rire tout. C'est la façon dont on le fait qui est importante. C'est une façon qui est un peu magique, qui fait partie de la personnalité de l'auteur, de celui qui écrit le rire, mais on peut rire de tout, effectivement.

    Il y a tellement d'incompréhension des 2 côtés de la Méditerranée. J'ai lu des critiques qui disaient : "ce spectacle donne envie de s'aimer, d'aimer les Algériens, que les Français aiment les Algériens et réciproquement".

    Oui, parce qu'il y a tellement de nœuds, tellement de tiroirs fermés, secrets depuis 200 ans, entre les 2 peuples et donc, moi j'en ouvre quelques-uns, comme ça, et ça permet d'oxygéner un peu la situation. Ça rend les gens sympathiques, ça dévictimise, ça déculpabilise certains parce qu'on ne va pas continuer à vivre comme ça sur la culpabilisation et sur la victimisation des uns et des autres, ça crée une violence qui fait du mal et le rire est là pour essayer de se retrouver joyeusement dans autre chose, de voir l'avenir, de voir le présent, aussi.

    Oui, à un moment, le personnage il dit : "Alors vous avez raté votre colonisation, nous, on a raté l'indépendance, on est quitte".

    Voilà, ce sont mes 2 traumatismes à moi. J'ai eu la guerre comme traumatisme personnel quand j'étais petit, comme vous avez vu dans quelques extraits, et puis le deuxième traumatisme, c'est l'indépendance sur laquelle j'avais misé beaucoup, misé beaucoup, pas en tant que marginal du peuple qui a rêvé d'une indépendance extraordinaire qui puisse nous emmener vers le futur, vers l'avenir, vers la modernité et ça ne s'est pas passé exactement comme ça. Et donc, on est quitte. Mais c'est de l'humour, ça reste de l'humour, mais c'est un humour de la catharsis.

    Et regardez encore, extrait de ce spectacle Bled runner.

    "Tu viens de quelle tribu ? Kestudi ? Tu t'appelleras Kestudi. Et c'est comme ça qu'il y a eu des familles Chacunsatoursilvousplait, il y a la famille Poussezpas, la famille Merdalors. Le 5 juillet 1962, après 7 ans de guerre, l'indépendance est arrivée, ou bien elle est partie, je ne me souviens plus. Elle est passée très vite. Pendant 130 ans de présence, le français a complètement contaminé la langue arabe. Jusqu'à maintenant pour dire "il a traversé l'autoroute et s'est fait écraser par une voiture", on dit (traversa l'autoroute, crasé automobile). "

    C'est entendu, ça. C'est des dialogues entendus vraiment ?

    Oui, oui, oui, dans la rue à Alger, à Constantine, à Oran, à Tizi Ouzou, dans la rue, vous entendez cette langue-là, cette langue mélangée, avec du français qui est arabisé, du kabyle francisé, etc. On entend ça, bien sûr.

    Oui. L'extraordinaire humanité qui se dégage de tout ça…

    Eh oui, c'est fait pour ça. C'est pour ça que le rire, il faut rire avec les gens, il ne faut pas rire contre les gens, il ne faut pas rire des gens, il faut rire avec leur imaginaire à eux aussi, avec leurs complexes, en partageant nos différents complexes, en les ouvrant, on les met cartes sur table.

    Au fond, il y a de la gentillesse, la naïveté…

    Bien sûr.

    Finalement de la tendresse, on voit ces petits personnages qui viennent réparer une voiture en panne, on voit ce personnage qui monte dans un train avec sa valise et qui va déclencher des réactions incroyables. Au fond, il y a ça, c'est une sorte de clown.

    C'est une sorte de clown qui se retrouve dans des situations absurdes qu'il n'entrevoyait pas du tout et qui se retournent contre lui, et il essaye de puiser dans son imagination, des réactions et puis ça empire parce que c'est toujours comme ça. Charlie CHAPLIN était comme ça aussi, à chaque fois qu'il veut réparer quelque chose, il y a un autre accident qui vient et c'est des suites d'accidents qui provoquent le rire, bien sûr, parce qu'il n'y a pas de solution. Il n'y a que l'être humain qui essaye de se défendre, de se retrouver, de stabiliser les choses parce que le rire, c'est toujours un peu une chute, c'est toujours une déstabilisation de quelque chose, un accident, donc on essaie de réparer l'accident. Mais plus on essaie de réparer l'accident, plus on fait de bêtises et plus les gens rient et plus la situation devient plus absurde encore qu'on ne s'y attendait.

    Merci beaucoup, FELLAG, c'est un grand, grand triomphe. Théâtre du Rond-Point et puis maintenant en tournée, c'est Bled Runner. Je le disais, les Américains n'ont qu'à bien se tenir, Bled Runner est revenu.

    Bled Runner 2 !

    Merci, FELLAG.

    Merci, Patrick.

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    00:08:04
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