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  • L'invité

    Claude Angeli

    Invité : Claude Angeli, journaliste français, ancien rédacteur en chef du "Canard enchaîné".

    Il intervient sur l'affaire Penelope Fillon. De nouvelles révélations sont-elles à attendre ?

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Claude ANGELI.

    Bonjour.

    Vous êtes l’un des patrons historiques du Canard Enchaîné, vous en avez été le rédacteur en chef pendant plus de 30 ans, publié un livre qui s’appelle « Les plaisirs du journalisme ». Le Canard enchaîné a 100 ans et le scandale continue. C’est donc l’affaire Pénélope FILLON. Vous provoquez un véritable séisme. Vous êtes accusé, par François FILLON d’avoir provoqué un coup d’État institutionnel.

    C’est tout ? Il ne m’a pas a (...)

    Bonjour Claude ANGELI.

    Bonjour.

    Vous êtes l’un des patrons historiques du Canard Enchaîné, vous en avez été le rédacteur en chef pendant plus de 30 ans, publié un livre qui s’appelle « Les plaisirs du journalisme ». Le Canard enchaîné a 100 ans et le scandale continue. C’est donc l’affaire Pénélope FILLON. Vous provoquez un véritable séisme. Vous êtes accusé, par François FILLON d’avoir provoqué un coup d’État institutionnel.

    C’est tout ? Il ne m’a pas accusé d’autres choses ? D’avoir tué père et mère et autres, non, vous êtes des trafiquants de drogue. Alors là on parle de terrorisme ou autre, de guerre, de chasse à l’homme. Enfin, c’est n’importe quoi.

    C’est-à-dire que François FILLON dit que vous êtes donc les complices d’un coup d’État institutionnel mené par l’Élysée, par la gauche.

    C’est ça. Avant on disait que c’était DATI ou SARKOZY.

    Ce n’est pas ni DATI ni SARKOZY.

    En général, on ne répond jamais par la négative, mais là, je peux vous assurer c’est ni la charmante DATI ni le méchant SARKOZY qui nous ont informés.

    Oui. Alors, tout avait commencé par une enquête sur les sociétés de conseil de François FILLON.

    Exact.

    C’est comme ça que ça a commencé votre enquête au Canard.

    Oui, et puis mes petits camarades ont interrogé FILLON, qui répondait. Et puis à partir d’un moment, quand on lui a demandé quelles étaient les sociétés pour lesquelles il avait travaillé et était payé, c’était légal. Il a refusé de parler parce que là c’est gênant, parce que quand vous voulez être président de la République, si vous avez travaillé pour tel groupe international ou pour tel pays africains…

    Oui, il peut y avoir des conflits d’intérêts on va dire.

    Par la suite, oui. Mais c’est légal. Je trouve ça anormal, mais c’est légal. Et à partir d’un moment, il y a eu une bonne source qui pouvait expliquer combien madame Pénélope FILLON avait touché comme attachée parlementaire et combien elle avait gagné à La Revue des deux Mondes…

    Oui. Quand vous dites : « quand j’ai une bonne source », ça ne serait pas donc une source politique ?

    Non. Non, mais ça pourrait l’être et que ça ne changerait rien.

    Donc c’est plutôt une source économique.

    Non. Non là… Joker. Mais c’est quelqu’un qui savait et que l’un de nos petits camarades avait un contact depuis un certain temps. Mais pas au moment de l’affaire FILLON. Ça ne s’est pas passé « on vous apporte ça et on va vérifier et on publie ça ». L’idée de limiter le travail du Canard ou de Mediapart ou d’autres au Monde, penser qu’on leur apporte les choses, qu’ils vérifient un peu sur Internet ou ailleurs, et qu’ils publient après, mais c’est imbécile.

    Donc vous ce n’est pas à partir, en l’occurrence, on dirait l’Élysée ou la gauche qui vous apporte ça en vous disant « voici le dossier »…

    Ils en sont bien incapables, croyez. De temps en temps ils peuvent faire des coups, mais pas ça. Vous vous rendez compte qu’on sait à l’euro près combien touchaient le fils et la fille de FILLON. Un euro près. On ne dit pas ils ont gagné 84 000. On fait la multiplication, mais on dit brut 4223 €.

    Oui. Alors, une première semaine vous annonciez un chiffre et puis vous avez rajouté 300 000 € la semaine suivante. Eh bien vous ne le saviez vraiment pas où c’est un feuilleton ?

    Non. Mais non, on ne savait pas qu’elle avait travaillé beaucoup plus tôt déjà.

    Comment vous l’apprenez ça ?

    Toujours en cherchant.

    Oui. C’est la même source qui vous informe ?

    Joker. Non, mais là on est précis, maintenant on dit ça dépasse le million brut pour Pénélope FILLON. Et puis les enfants, nous on ne savait pas pour les enfants.

    C’est-à-dire que quand François FILLON, à la télévision, sur TF1 dit : « j’ai également… on pense… » qu’il dit, « j’ai également rémunéré mes enfants », on pense qu’il veut désamorcer Le Canard Enchaîné de la semaine suivante, mais vous, vous ne saviez rien.

    Oui. Il pense qu’on allait sortir ça, mais nous on ne savait pas. Alors on s’est mis à chercher. Et il n’était pas avocat. Ça, c’est Mediapart et le journal du dimanche qui l’ont sorti. Et on a vérifié et on avait leur salaire. Et le garçon était payé un peu plus que la fille.

    Oui. Donc, tout ça maintenant vous l’avez sorti. Ça va continuer ce feuilleton ? Vous allez encore faire des révélations mercredi prochain ?

    Certainement, il y aura encore un bon numéro.

    C’est-à-dire ?

    Non, mais, je ne sais pas exactement ce qu’il y a dedans, en plus je ne suis pas rédacteur en chef. Mais je sais que mes petits camarades travaillent et qu’ils ont des sourires comme ça.

    C’est-à-dire qu’il y aura d’autres révélations ?

    Oui. Mais enfin, à mon avis l’essentiel est là. Et après il peut y avoir des révélations sur cette société, sur d’autres choses. Par exemple, il y a une collaboratrice de FILLON qui avait été embauchée aussi à la Revue des deux Mondes. Ça, ce n’est pas nous qui l’avons sorti, je crois que c’est Mediapart ou… Non, obligatoirement, cette affaire elle n’est pas feuilletonnée. On ne retient pas les coups. On ne dit pas « la semaine prochaine on va sortir ça et tout ». Non. On fait avec ce qu’il y a, dans le désordre le plus grand, mais des fois avec un peu de talent.

    Oui. Et vous avez quand même le sentiment… Vous comprenez évidemment que peut-être vous allez provoquer la chute de François FILLON.

    Non, mais ça, c’est…

    Des conséquences politiques, vous y pensez Claude ANGELI ?

    Oui, mais je veux dire… à chaque fois, mais ce n’est pas nous qui réglons l’agenda politique. Ce sont ses collaborateurs, ce sont ses amis politiques, ce sont ses ennemis au sein même des républicains qui le décideront.

    Oui. Beaucoup d’ailleurs de ses ennemis vous appellent régulièrement pour vous donner des informations ? Comment ça se passe ?

    Ça, c’est… La romance, on pense toujours qu’il y a des dénonciations anonymes au téléphone ou par courrier. Dans mon livre j’en parle. S’il suffisait d’attendre le courrier et de recevoir des coups de téléphone, ça serait très facile de faire un journal. Mais un journal mauvais.

    Oui. Mais quand je reviens à ça, vous pensez aux conséquences politiques ? On peut vous dire : « vous pouvez favoriser Marine LE PEN finalement sur le thème du tous pourris ».

    Oui. Mais je suis désolé, à chaque fois qu’une affaire politique est sortie, même pas quand c’est Le Monde ou que c’est Libération ou Mediapart qui le sort, ou le Canard, on dit toujours la même chose, vous favorisez tel ou tel. Et là comme Marine LE PEN fait peur à tout le monde, sans doute à juste titre, on dit on va la favoriser. Qu’est-ce qui favorise Marine LE PEN ? C’est la politique menée actuellement. Mais là je ne vais pas faire un meeting.

    Oui. Mais quand vous dites ça, ça veut dire que finalement la vie politique, on sait que vous la connaissez depuis si longtemps Claude ANGELI, elle est pourrie ? Elle est vraiment pourrie ? Il y a autant de scandales ? Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas ?

    Écoutez ! Dans dans mon livre, il y a justement un chapitre qui est consacré aux informateurs. Et j’explique tout ce qui nous est venu grâce à des policiers, grâce à des diplomates, grâce à des militaires, grâce à des membres des services de renseignement, qui même s’ils n’étaient pas d’accord avec le Canard, tenaient à ce que civiquement, les choses soient connues par l’opinion. Des diplomates nous ont donné des télégrammes diplomatiques confidentiels, des informations confidentielles sur la position de la France qu’ils critiquaient et qu’ils trouvaient anormal que tout se passe sans que le Parlement soit au courant, sans que l’opinion soit au courant.

    Et au-delà de toutes ces affaires, Claude ANGELI, vous avez vécu toute l’histoire de la cinquième République de l’intérieur.

    Pas toutes.

    Il y a beaucoup de secrets ou des choses que vous n’avez pas pu dire ?

    Non. Il y a des choses que parfois on savait, mais on n’avait aucune preuve. Mais on ne sait pas tout, vous savez. C’est une radiographie de société qu’on fait, mais on sait ça, et puis il y a ça. On ne sait pas tout.

    Oui

    Malheureusement.

    Mais c’est une… quand même une sacrée histoire commencée en pleine première guerre mondiale Le Canard Enchaîné.

    Oui.

    1916 et ça continue.

    Eh bien, on fait ce qu’on peut.

    Merci, Claude ANGELI, c’est la grande histoire du Canard Enchaîné qui continue. Vous avez publié donc « Les plaisirs du journalisme » chez Fayard. Vos souvenirs et puis ce beau livre également au Seuil cette fois, donc les 100 ans du Canard Enchaîné. Merci beaucoup, Claude ANGELI d’avoir été notre invité aujourd’hui.

    Merci à vous.

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