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  • L'invité

    Férid Boughedir

    Invité : Férid Boughedir, réalisateur tunisien.

    « Un été à La Goulette », « Zizou », « Halfaouine »... Les grands films du maître du cinéma tunisien, Férid Boughedir, sortent en DVD dans une version restaurée.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Il a battu Titanic en Tunisie. Ces films sont les plus vus de toute l'histoire de son pays. Bonjour,  Férid Boughedir. Bonjour. Ravie de vous accueillir après l'hommage que vous a rendu le Festival de Cannes, Cannes Classics en sélection officielle, qui a présenté Caméra d'Afrique, on va en parler dans quelques instants. Mais c'est surtout de ces films Un Été à la Goulette, Halfaouine, qui ont marqué l'histoire du cinéma tunisien, et qui ressortent à présent en version totalement restaurée, dont (...)

    Il a battu Titanic en Tunisie. Ces films sont les plus vus de toute l'histoire de son pays. Bonjour,  Férid Boughedir. Bonjour. Ravie de vous accueillir après l'hommage que vous a rendu le Festival de Cannes, Cannes Classics en sélection officielle, qui a présenté Caméra d'Afrique, on va en parler dans quelques instants. Mais c'est surtout de ces films Un Été à la Goulette, Halfaouine, qui ont marqué l'histoire du cinéma tunisien, et qui ressortent à présent en version totalement restaurée, dont je voudrais qu'on parle. Et finalement, vous redécouvrez vos propres films aujourd'hui ?

    Oui, d'ailleurs c'est assez fabuleux parce que comme j'ai fait Halfaouine, l'enfant des terrasses, qui était inspiré de mes souvenirs d'enfance, le petit garçon qui est chassé du hammam, il trouve ça très injuste le hammam des femmes. C'était moi, évidemment. Et vraiment, Patrick, je rêvais de faire des films qui ne vieillissent pas et qui seraient un peu éternels et universels. Et c'est le miracle que j'ai avec ces deux films. Halfaouine, Un Été à la Goulette, jusqu'à aujourd'hui, les gens… Vous disiez que c'est parce qu'il a battu tous les films, parce que les gens les renvoient sans arrêt.

    C'est vrai, vous êtes plus vu que Titanic en Tunisie.

    Halfaouine, c'est le film tunisien le plus vu au monde, déjà. Et en Tunisie même, c'est le film le plus vu toutes catégories confondues depuis l'invention du cinéma. En France, il s'appelle L'Enfant des terrasses. En arabe, c'est L'Oiseau des terrasses.

    Dès qu'on me rencontre à Tunis dans la rue, on me dit : "On a encore revu le petit oiseau hier, le petit oiseau des terrasses." 

    Regardez quelques images d'Halfaouine. On va revoir un petit garçon que vous connaissez bien d'ailleurs, qui a dû changé depuis.

    C'est mon neveu. Regardez ces images, Halfaouine.

    On voit toute la sensualité, la joie de vivre. Vous êtes un cinéaste du bonheur, d'un espèce d'éden de bonheur qui représente la Tunisie, votre pays, Férid Boughedir.

    Oui, c'est vrai que j'essaie de capter derrière parfois même les apparences officielles de conservatisme, cette joie de vivre qui bat comme un pouls éternel dans mon pays la Tunisie, qui est un pays méditerranéen. C'est vrai que dans mes films, j'essaie de capter par la caméra cette sensualité. Dans Halfaouine, c'est en fait un petit garçon : un jour, il est chassé du hammam des femmes, et il va rester inconsolable parce que lui était très bien avec les femmes qui l'entouraient de tendresse et d'affection. C'est donc un film de passage de l'enfance à l'adolescence. Et Un Été à la Goulette, c'est l'autre versant… On va parler.

    Halfaouine, c'est votre premier film, vous vous rendez compte, Férid Boughedir ? Vous allez le présenter dans tous les festivals du monde, porter ce cinéma tunisien quelque part. 

    Ah oui, j'ai une chance folle avec Halfaouine. Je n'espérais pas un succès aussi vertigineux. Il est passé à Cannes à l'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Et le lendemain, c'est vrai qu'il y avait "[Tu as vu] Halfaouine ? [Tu as vu] Halfaouine ?" Après, à New York, ils le passent au Musée d'art moderne en ouverture de New directors, new films, vraiment la nouveauté. Et puis, il a des prix un peu partout : Grand Prix en Espagne, Grand Prix à Chicago, Grand Prix à Las Vegas, et Grand Prix en Tunisie bien sûr, chez moi à Carthage, le Tanit d'or. Et le petit garçon qui joue, c'est mon petit neveu. C'est le fils de mon frère. Vous ne dites pas comme il est maintenant. Quelques années ont passé. Il va revoir le film… Lui a eu le prix du meilleur acteur pour ce film, des mains de Youssef Chahine, le plus grand cinéaste égyptien arabe, qui a dit : "Le film est magnifique et le petit garçon mérite ça."  

    Je suis un peu dépassé par le succès d'Halfaouine, mais je peux pas dire que je suis mécontent de le voir revivre en haute définition. Et ce succès va vous amener à être un jour membre du jury du Festival de Cannes. Oui, c'est vrai.

    Vous allez vous retrouver à Berlin, au jury à Berlin. Vous parlez d'Un Été à la Goulette. Et là, c'est la suite. Évidemment, le petit garçon a grandi. Et là, il se retrouve dans ce quartier de Tunis où toutes les religions vivent ensemble, dans un été magnifique. 

    Oui, en fait, ce sont aussi des souvenirs personnels. Halfaouine, ça a été mon enfance et le fait que j'ai été séparé du monde des femmes. Et La Goulette, c'est le fait d'avoir grandi adolescent dans un milieu multiculturel, où les communautés juive-tunisienne, sicilienne-catholique, et musulmane, dans la cité balnéaire de La Goulette, vivaient en bonne entente, avec des petites querelles évidemment entre voisins, mais avec le plaisir de vivre et cette sensualité quotidienne qui dépassait tous les clivages. J'ai fait Un Été à La Goulette aussi comme une comédie parce que… À la Pagnol, un peu. Complètement. Vous aimez ça. Avec ce sourire. Et c'est vrai que La Goulette est devenu un film culte. L'Institut français a décidé de le passer en plein air, parce qu'au Ramadan on voit souvent les films en plein air. Et là, on m'a téléphoné, on m'a dit qu'il y avait 1 000 personnes qui étaient debout à revoir Un Été à La Goulette. C'est sûr que maintenant que ça existe à haute définition… Je disais à l'opérateur : "Essaie de filmer quand t'es à l'heure de la sieste, comment à travers les persiennes fermées on sent la chaleur et on a envie de rester." Et il a réussi ça, Robert Alazraki. Maintenant, en haute définition, j'ai revu le film, wouah ! Vous savez quoi, Férid Boughedir ? C'est un chef d'œuvre, ce film. C'est gentil.  On a tellement de bonheur, on va revoir quelques images. Regardez : Un Été à la Goulette.



    Quel bonheur, on a envie d'y aller, on a a envie d'y être.

    Ça, c'est la voix de Michel Boujenah, qui chante la chanson La Goulette, alors qu'il n'a jamais chanté. Parce que lui, je l'ai mis dans le film et j'ai mis Claudia Cardinale. Pourquoi ? Parce que Claudia Cardinale est l'italienne-tunisienne.  Elle revient comme dans la vraie vie, elle revient à La Goulette dans votre film Je me suis dit : "Je ne peux pas faire un film sur la Goulette sans mettre la communauté juive, le plus célèbre c'est Michel Boujenah. Il faut qu'il soit dans le film." La communauté sicilienne-catholique la plus célèbre, c'est Claudia Cardinale. Avec une grande générosité, elle m'a dit : "Écoute, il y a deux metteurs en scène qui m'ont demandé de jouer mon propre rôle", alors j'ai été vraiment con. Elle me dit : "Le premier, c'est Fellini dans Huit et demi, et toi dans Un Été à la Goulette. Là, le bonheur de faire ce film, c'était de ramener aussi ce que les deux minorités sicilienne-catholique et juive-tunisienne avaient produit de plus célèbres : Claudia Cardinale et Michel Boujenah.  Vous êtes devenu vous-même un classique. On étudie dans les écoles de cinéma, et on le montre partout. Halfaouine et Un Été à la Goulette ressortent, sortent pour la première fois en version haute définition. C'est un événement pour le cinéma tunisien, évidemment. Merci beaucoup, Férid Boughedir, d'avoir été notre invité aujourd'hui.

    Merci, nous reviendrons quand le troisième sera aussi en haute définition. La trilogie. La trilogie, absolument.

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