Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Mounia Meddour, Lyna Khoudri, Shirine Boutella

    Invitées : Mounia Meddour, réalisatrice algérienne ; Lyna Khoudri, actrice française ; Shirine Boutella, actrice algérienne.

    Lyna Khoudri et Shirine Boutella sont à l'affiche de « Papicha », réalisé par Mounia Meddour. Un film sur le combat extraordinaire des femmes pendant les années noires en Algérie. 

    Présentation : Patrick Simonin. Une émission enregistrée au Festival de Cannes.

    Transcription

    Les années noires d'Algérie, les années 90. Un Certain regard, Papicha. Bonjour à toutes les trois. Bonjour. Ici, au Festival de Cannes :  Mounia Meddour, réalisatrice, premier film, entourée de ses deux comédiennes. On va parler évidemment avec elles. D'abord, présenter ce film ici à Cannes, c'est un peu une part de l'histoire de l'Algérie qu'on amène sur la Croisette ?

    Complètement. En tout cas, c'est une part historique qui représente l'Algérie des années 90, donc une génération (...)

    Les années noires d'Algérie, les années 90. Un Certain regard, Papicha. Bonjour à toutes les trois. Bonjour. Ici, au Festival de Cannes :  Mounia Meddour, réalisatrice, premier film, entourée de ses deux comédiennes. On va parler évidemment avec elles. D'abord, présenter ce film ici à Cannes, c'est un peu une part de l'histoire de l'Algérie qu'on amène sur la Croisette ?

    Complètement. En tout cas, c'est une part historique qui représente l'Algérie des années 90, donc une génération à laquelle moi-même j'ai participé et à laquelle j'appartiens. Effectivement, c'est une transmission d'une histoire, d'un groupe de femmes qui se bat pour leur émancipation dans cette Algérie des années 90. Pour moi, oui, ça fait partie d'une histoire commune, que nous avons besoin de transmettre et que nous faisons aujourd'hui à Cannes. C'est absolument fantastique pour nous d'être présentes.

    Et elles sont toutes les deux fantastiques. D'abord, regardez-les à l'écran, c'est Papicha. 

    Lyna Khoudri, Shirine Boutella : voilà les deux comédiennes, on vient de les voir à l'image. Incroyables. Incroyables ! Elles sont incroyables, oui. Et les autres aussi ! On a d'autres comédiennes incroyables aussi. Mais c'est vrai que ces deux- là, c'est vraiment un travail de titan, on va dire. C'est un travail incroyable.

    Évidemment, il y a Lyna qui interprète ce rôle de Nedjma. C'est une jeune femme qui ne veut pas, qui n'accepte pas cette réalité où elle doit abandonner sa liberté. Oui, elle ne veut pas abandonner sa liberté, tout simplement, comme je pense tout le monde : on n'a pas envie d'être prisonnier de quelque chose. Elle, elle va se battre jusqu'au bout. C'était tous les Algériens qui étaient menacés de mort. Il y avait des faux barrages… C'était un contexte de guerre. Ce ne sont pas que les femmes. Là, c'est sur les femmes, mais c'était tout le monde.

    Mais c'est vrai que les femmes ont mené un combat effectivement très important, dans le sens où on avait énormément de femmes qui continuaient à aller au travail, des jeunes femmes qui allaient étudier, malgré les différentes intimidations au port du voile. Donc, il y a eu une vie, cette rage de vivre et ce courage, je pense, retranscrits dans ce film-là. L'idée, c'était aussi de rendre hommage à ces femmes qui ont combattu à leur façon, en continuant à vivre de façon normale… Elles faisaient la fête aussi. En fait, c'était l'inverse. Elles sortaient, c'est ce que mes parents m'ont raconté. Ils sortaient. Le couvre-feu, au lieu de rentrer avant le couvre-feu, ils rentraient avant celui du matin. Ils avaient fait toute la nuit, ils attendaient jusqu'à ce que le matin ils puissent rentrer chez eux pour rentrer à la maison. C'était plus facile. Ils faisaient quand même la fête comme jamais. Et je ne sais plus c'était quoi la phrase qu'ils se disaient avant de rentrer chez eux.

    (langue étrangère) : ça veut dire "le pardon entre nous". Parce qu'en fait, si ça se trouve demain on ne se verra plus. Donc tous les soirs, il fallait faire la paix avec tout le monde et partager l'amour avec tout le monde parce que ça se trouve demain, quelqu'un disparaîtrait.

    L'histoire elle est là, on ne révélera pas ce qu'il va se passer. L'enjeu c'est d'organiser un défilé de mode dans ce monde-là. Elles se battent pour ça. Est-ce qu'elles vont y arriver ? C'est un peu l'enjeu du film. C'est basé sur quelque chose de vrai. Ça s'est passé, des choses comme ça ?

    C'est une fiction, bien évidemment. Ce qui est vrai, puisque c'est inspiré de faits réels, c'est tout le vécu puisque moi j'ai vécu vraiment en Algérie à cette période-là. J'ai donc habité dans une cité un peu identique à celle qui est décrite dans le film. Après, tout le ressort dramaturgique et fictionnel a été amené par cette histoire de défilé de mode, pour retranscrire quelque chose de plutôt esthétiquement beau, de féminin, en opposition avec la dureté de l'époque. Du coup, pour moi, c'est vrai que la mode, le stylisme, dévoiler le corps des femmes à travers le haïk qui est un élément symbolique plutôt traditionnel, était quelque chose de très important. On a cette histoire de couleurs aussi, de balance de couleurs. On est dans du blanc. À l'époque, c'est vrai que le voile était plutôt de couleur sombre. Donc pour moi, c'était très important de travailler sur ce tissu qui est symbolique, qui est sacré. On a un personnage qui repart de cette étoffe pour recréer un costume plutôt novateur et sacré. Elle s'empare des codes de la société pour les mettre à sa sauce et faire finalement ce qu'elle veut, elle, en opposition.

    Elle est remarquable. Quand on interprète un rôle comme ça, c'est une héroïne quelque part ?

    Oui, c'était hyper fort. Nedjma, elle est restée en moi. Il y a encore un peu de Nedjma en moi, mais elle est restée en moins longtemps. C'est dur de se défaire d'un personnage si fort. On n'a pas envie. Nedjma et toutes ces femmes symbolisent quoi finalement d'une Algérie qu'on a envie… ? D'espoir. D'espoir qui existe, qui est là ? Oui, jusqu'à aujourd'hui pour le coup, le film représente toujours pour moi la jeune génération algérienne, qui sortent tous les vendredis, les étudiants tous les mardis. Et c'est devenu un rituel depuis le 22 février. Et ils ne s'arrêtent pas. Même les femmes : les femmes sont toujours là, sont toujours au premier rang. Bouhired est aussi au premier rang. C'est un mélange des générations qui sont là pour le même combat, et qui sortent tous les jours, même pendant le ramadan. Ils sont à jeun sous le soleil,  ils sortent quand même. Au lieu de boire de l'eau, il y a des gens par les fenêtres qui les arrosent d'eau pour qu'ils puissent tenir, et c'est extraordinaire. À un moment, alors que ce monde est devenu terrible à vivre à ce moment-là, elles ne veulent pas quitter leur pays, et elles crient "Vive l'Algérie". À plusieurs reprises.

    Oui, puisqu'on a un personnage qui veut absolument rester dans la société qu'elle connaît. Et c'est vrai que c'est quelque chose que tous les Algériens utilisent (inaudible) à l'Algérie.  C'est chez elle. 

    Et c'est aussi… Il y a une scène où ma maman m'apprend l'utilité du haïk, ce drap, ce tissu qui a aidé à la guerre de Libération, où les femmes cachaient des armes. Et les femmes ont toujours été là pour leur pays. Djamila Bouhired qui est un bel exemple, qui s'est battue, un symbole, qui s'est battue pour la libération de l'Algérie. Effectivement, quand 40 ans après, il y a une guerre civile, on n'a pas envie de partir. On sait que nos grands-parents se sont battus… Et on dit : "Non, on a eu notre indépendance, on n'a pas envie."  

    Et puis, il y a beaucoup d'espoir puisque la scène finale c'est quand même une scène très symbolique avec ce mouvement de la vie qui reprend, avec cette future naissance, avec tout cet aspect assez positif avec toutes ces femmes. Donc pour nous, c'est vraiment un film d'espoir, et c'est vraiment quelque chose de représentatif de ce qu'il se passe aujourd'hui en Algérie.

    Merci. Merci beaucoup à toutes les trois : Mounia, Lyna, Shirine. C'est un choc que vous veniez sur la Croisette. C'est Papicha.

    Merci beaucoup. Merci. Merci. 

    Voir plusmoins
    00:08:07
    Tous publics
    Tous publics
    label.disponibilite