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  • L'invité

    Sophie Rosemont

    Invitée : Sophie Rosemont, journaliste française.

    Quand les filles font la révolution rock ! Sophie Rosemont, la journaliste du magazine « Rolling Stone » publie « Girls Rock », la bible des femmes dans le rock, de Patti Smith à Janis Joplin, en passant par Tobi Vail, Corin Tucker ou Ana Da Silva...

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Elle écrit dans Paris-Match, Rolling Stone, Glamour, L'Officiel, Les Inrocks. Chroniqueuse à France Culture, Sophie Rosemont, vous êtes la grande spécialiste du rock mais surtout des "Girls Rock" parce que c'est le titre de votre livre publié chez NiL. Alors, je cite tout de suite Joan Jett, une des grandes chanteuses de rock : Les Runaways. Elle dit : "Les femmes ont des couilles, elles sont juste placées un peu plus haut que les mecs, voilà tout". C'est ça finalement la définition des chanteus (...)

    Elle écrit dans Paris-Match, Rolling Stone, Glamour, L'Officiel, Les Inrocks. Chroniqueuse à France Culture, Sophie Rosemont, vous êtes la grande spécialiste du rock mais surtout des "Girls Rock" parce que c'est le titre de votre livre publié chez NiL. Alors, je cite tout de suite Joan Jett, une des grandes chanteuses de rock : Les Runaways. Elle dit : "Les femmes ont des couilles, elles sont juste placées un peu plus haut que les mecs, voilà tout". C'est ça finalement la définition des chanteuses de rock ? Oui c'est une excellente définition je trouve. Tout est dit. C'est vrai ? Enfin presque. C'est pour ça que ça vous passionne les chanteuses de rock.

    Oui, je trouve que l'électrique, l'audace, le culot… défier les conventions, défier le patriarcat, ça me plaît beaucoup.

    Qu'est-ce qui les caractérise ? Il y en a une cent-quarantaine dans votre livre. Ça va de Aretha Franklin à Courtney Love et tant d'autres. Et qu'est-ce qui les caractérise ?

    Le désir d'indépendance. Le talent musical. Toutes, bien sûr. Que ça soit le chant, à l'instrumentation et un certain culot quand même. Un certain culot… Oui, parce que c'est quand même un milieu de mecs au départ le rock. C'est un milieu très machiste. Et même si à la première rockeuse était une femme : Sister Rosetta Tharpe. Il n'empêche que très vite le territoire a été envahi par les hommes qui estimaient que le rock'n roll était uniquement masculin et viril, alors que pas du tout. Donc toutes ces femmes ont prouvé que ce n'était pas le cas, quitte à en payer, parfois, un peu cher le prix.

    Enfin, mais enfin on a vu des David Bowie qui se maquillaient et tout ça.Vous dites, finalement, il pouvait se comparer à d'autres, à des chanteuses, à certaines chanteuses. Un accoutrement…

    C'est très intéressant de voir ça. Il y a beaucoup d'icônes masculines rock'n roll comme justement Bowie, Lou Reed ou même Elvis Presley qui avait un côté hyper féminin en eux.  Très très féminin ou au moins androgyne. Rien n'était si viril que ça au final. De ce côté là les nanas, elles en imposent quoi.

    Elles ont dû se batailler pour en imposer socialement, musicalement. Rien que d'aller,..de jouer sur scène c'était une bataille, de montrer qu'on savait jouer d'un instrument c'était une bataille, de partir sur la route c'était une bataille. Tout était une bataille et elles les ont menée tambour battant. Incroyable. Écoutez par exemple Aretha. La voix d'Aretha Franklin, c'est ça. Écoutez… Ce chapitre-là : "Les cavalières en solitaire". Alors, il y a Aretha Franklin, Dolly Parton, Joni Mitchell. Vous les classer un peu par genre les chanteuses de rock, là ? Alors, en fait, c'est vrai que le rock'n'roll peut être tellement large. Aretha n'a pas fait que du rock, elle a aussi fait du gospel, de la soul bien sûr. Dolly Parton, c'était avant tout de la country. Mais elles ont toutes, à un moment donné, touché au rock'n roll, en tout cas apporter leur pierre à l'édifice. Le grand édifice du Rock'n Roll Circus. Qui a dit : "She's the boss ?" "She's the boss", c'était Mick Jagger, dans une de ses chansons. Oui je pense que Mick Jagger a très très vite compris, malgré une certaine misogynie qu'on peut entendre dans certaines chansons des Stones, qu'il avait besoin des femmes, plus qu'il ne le pensait. Mais, les Stones ont quand même fait des chansons très limites. "Under my thumb", c'est quand même une chanson hyper macho. "Le capitaine est une femme".  C'est le titre d'un des chapitres. Pourquoi vous dites ça ? Ces femmes qui sont dans un groupe, souvent masculin, et qui l'ont vraiment mené à la baguette, qui se sont imposées. On voyait qu'elles. Par exemple, Debbie Harry, au sein de Blondie, tout le monde pensait qu'elle s’appelait Blondie. Et à un moment donné, tous ses petits camarades de groupe avaient un tee shirt qui disait : "Blondie is a group". Genre, il n'y a pas qu'elle. Et Chrissie Hynde, évidemment, c'est l'âme des Pretenders.

    Vous parlez de Chrissie Hynde. Écoutez…

    Là, vous révélez, vous nous dites, en fait Pretenders, c'était Chrissie Hynde d'abord ? Bien sûr. Bien sûr. C'était avant tout elle qui voulait monter ce groupe. C'était son rêve depuis très longtemps, bien avant qu'elle devienne une critique musical. C'est ce qu'elle était avant de devenir rockeuse. Et Shirley Manson, que vous mettez dans le même chapitre. D'ailleurs qui fait la préface du livre. Alors, il y a tout ça. Au fond, pourquoi ces femmes là arrivent, finalement, à être des "leaders of the gang" ? A force de travail, d'obstination et aussi vraiment d'une grande force mentale. Je pense qu'elles ont décidé d'ignorer les quolibets ou en tout cas de passer au dessus, les moqueries, d'accepter d'être moins payées que les hommes - parce que c'était souvent le cas - pour avoir les mêmes cachets que les hommes, il faut encore aujourd'hui s'accrocher. Moins être programmées que les hommes. C'est toujours le cas aujourd'hui. Et parfois même prendre un instrument. Une femme guitariste, pendant très longtemps, ça a choqué et encore plus une femme guitariste électrique.

    Voilà. Alors, il y a un chapitre qui s'appelle "Besoin de personne". Alors, évidemment, il y a des francophones. Vous mettez Véronique Sanson, évidemment, à l'intérieur. Évidemment.

    C'est une leçon d'émancipation. C'est-à-dire que ces femmes là ont montré finalement un chemin, une route.

    Exactement. Elles ont dû se… Elles ont réussi à se défaire du couple ou du groupe avec les frères ou les sœurs. Ou un groupe. Par exemple, Joan Jett, dont vous parliez tout à l'heure, avec les Runaways, pour se lancer en solo. Ça a souvent été difficile mais elles pouvaient briller toutes seules. Mais elles ne l'ont pas su tout de suite. Tina Turner, pendant très longtemps, croyait ce que son mari lui disait, qu'elle était incapable de faire quoi que ce soit toute seule. Et dans cette leçon d'émancipation, vous citez Catherine Ringer. Les Rita Mitsouko évidemment. Annie Lennox. Et puis une de mes idoles d'enfance, c'est Suzi Quatro. Écoutez la. Suzi, si vous nous entendez, là où vous êtes, on vous aime, on vous embrasse. On voudrait vous voir davantage. Chère Isabelle, "Girls girls girls", c'est les bandes de "girls", c'est les bandes de filles. Les bandes de filles. Les groupes de filles, exclusivement composés de filles ou parfois il y a un homme qui leur obéit au doigt et à l’œil. C'est aussi bien Goldie and the Gingerbreads, qui était un groupe des années 60, Hole, toutes les (Riot Girl) des années 90. Et puis aussi les punk des années 80.  Que des filles, là. Pour le coup c'était vraiment l'acte de dire : "On ne veut pas de mecs là". Exactement, (inaudible), elles ont eu un batteur mais c'était surtout que des filles. Hole, que des filles, avec aussi un homme, quand même. Mais sinon, Bikini Kill c'était que des filles,… Les Runaways, évidemment… Les Runaways, évidemment.

    On parlait de Joan Jett. à l'instant mais c'est les Runaways. On a fait un  film formidable là-dessus. C'était un mec qui les a d'abord réunies, mais elles s'en sont libéré… Maintenant c'est un mec qui les a même fabriquées. Elles ont du claqué la porte et renoncer au groupe pour se retirer de son emprise à lui qui était très toxique. il y a un truc, il y a quelque chose. Une nécessité. C'est ça qui vous passionne finalement Sophie Rosemont. On le sent bien dans ce livre. C'est vrai. Cette nécessité vitale pour elles de s'exprimer par la musique sinon elles n'y arriveraient pas. Cette urgence parfois. Ce perfectionnisme. Très souvent, elles sont toutes très perfectionnistes et elles maîtrisent tout. C'est aussi cette maîtrise qui me fascine chez elles. Malgré tous les aléas de la vie elles maîtrisent leur art. Totalement. Et ça c'est admirable surtout dans des époques… Les années 60, c'était très compliqué pour une femme de vivre au-delà de son père ou de son mari. Elles ont prouvé le contraire et même encore aujourd'hui ou il peut y avoir comme des retours un peu rances de misogynie. Elles sont là et elles continuent à faire leur musique. Elles ont finalement changé le regard. Elles ont fait bousculé les choses.

    Grâce à elles, des filles, maintenant, d'aujourd'hui, même des chanteuses françaises, celles que je fais intervenir dans le livre, ont eu envie de monter sur scène et se sont dit : "Moi aussi je peux". Quand on voit PJ Harvey ou quand on voit Patti Smith sur scène, on se dit : "Bah oui, moi aussi, je si j'ai envie de faire la musique je peux moi aussi. Oui. On leur doit beaucoup à toutes ces filles. On leur doit énormément de choses, oui. On leur doit des compositions incroyables. Dans le cas de Joni Mitchell, quand même, un jeu de guitare unique au monde. On leur doit des chansons absolument géniales et mémorables. On leur doit aussi une émotion absolument à part et pas du tout la douceur ou la tendresse qu'on donne…comment dire, qu'on inflige aux artistes féminines. Pas du tout. Certaines étaient beaucoup plus contestataires que les hommes. Mais on leur doit, en tout cas, d'avoir tracé le chemin, d'avoir montré que, oui, on pouvait être une femme et ne consacrer, par exemple, sa vie qu'à son art. Pas forcément faire la popote à la maison.

    Oui. Merveilleux. Merci Sophie Rosemont. Ça s'appelle "Girls Rock". C'est publié chez NiL. Ce sont 140 portraits, mais incroyables. Ça donne envie d'aller se précipiter vers sa sono et d'écouter encore et encore toutes ces girls qui chantent le rock. Merci Sophie Rosemont. Merci infiniment Patrick.

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