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  • L'invité

    Hommage à Michel Legrand

    Hommage à Michel Legrand

    « Les Parapluies de Cherbourg », « Les Demoiselles de Rochefort », « Peau d'âne » ou encore « Trois places pour le 26 » et « Yentl », premier film réalisé par la chanteuse et actrice Barbra Streisand. Le célèbre compositeur Michel Legrand s'est éteint le 26 janvier 2019 à l'âge de 86 ans. En 2013, il était l'invité de Patrick Simonin lors du festival de Cannes, où il venait fêter le cinquantième anniversaire de la Palme d'or pour « Les Parapluies de Cherbourg », de Jacques Demy. Il évoquait à cette occasion sa fantastique carrière qui l'aura amené à composer avec les plus grands. Une carrière récompensée par trois Oscars à Hollywood. TV5MONDE lui rend hommage en rediffusant cette émission.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bienvenue pour L'Invité, de TV5 Monde. Je suis ravi de vous accueillir sur cette plage, avec un monstre sacré, le plus grand compositeur français de musiques de film, évidemment Michel Legrand. Quand on dit votre nom, on pense à Hollywood, "L'été 40", "L'affaire Thomas Crown", et puis tant d'autres choses, mais surtout Jacques Demy. Parce que ça fait 50 ans ici, la Palme d'or, pour "Les Parapluies de Cherbourg". Exactement. Oui, c'est un souvenir absolument inoubliable, c'était un moment… j'étai (...)

    Bienvenue pour L'Invité, de TV5 Monde. Je suis ravi de vous accueillir sur cette plage, avec un monstre sacré, le plus grand compositeur français de musiques de film, évidemment Michel Legrand. Quand on dit votre nom, on pense à Hollywood, "L'été 40", "L'affaire Thomas Crown", et puis tant d'autres choses, mais surtout Jacques Demy. Parce que ça fait 50 ans ici, la Palme d'or, pour "Les Parapluies de Cherbourg". Exactement. Oui, c'est un souvenir absolument inoubliable, c'était un moment… j'étais en train de vous dire que c'était Fritz Lang, qui était chef du jury à l'époque, cette année-là. Et qu'avec Jacques, on a eu tellement de mal à tourner, à trouver des moyens pour faire notre film que finalement, quand la Palme est arrivée, ça a été une surprise. Je veux dire un événement, un changement de température.

    Personne ne voulait financer ce chef-d'œuvre ?

    Non, non, personne n'y croyait. Tout le monde nous disait que… c'est vrai, ils avaient toutes les raisons de croire que ça n'intéressait personne. Ils disaient : "Vous comprenez, une heure et demie dans une salle obscure, avec des gens qui chantent des banalités", puisque dans notre style, on avait décidé qu'on employait le langage de tous les jours, le quotidien, les mots de tout le monde comme ça (inaudible). On n'avait jamais vu, comme ça… Non. La vie chantée. Non, jamais. Parce qu'alors, vous aviez rencontré Demy avant, il y avait eu "Lola". Oui. C'était quand même incroyable. Vous rencontrez ce jeune homme fou, qui dit : "Je tourne d'abord un film et les images, puis après je ferai le son plus tard". Ça ne s'est jamais vu, ça.

    Non non. La première projection, c'était formidable, de "Lola", j'étais là et Jacques, il me disait ce que disaient les acteurs. Alors je voyais des gens qui faisaient "…" et j'entendais derrière moi, la voix de Jacques. C'est fou ! D'ailleurs, "Les Parapluies", le sujet des Parapluies… c'est beau, les vagues… Et puis on les entend, elles sont là. Qui régulièrement viennent comme ça, c'est très beau… "Les Parapluies", c'est un petit peu comme "Lola", c'est un peu le même monde, c'est un peu les mêmes histoires. Oui. C'est un peu comme ça. À tel point, que quand Jacques vient me voir et me dit : "Voilà, j'ai écrit un nouveau scénario, je voudrais le tourner comme "Lola", en noir et blanc, comme un film normal". "Très bien". Je le lis une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, puis je vais le voir, je lui dis : "Jacques, mais c'est un musical, comme "Lola" aurait dû être un musical". Et c'est de là qu'on est partis.

    Et tout est parti. Oui. Et alors évidemment, il y avait Catherine Deneuve. Il fallait, l'idée, la faire chanter, mais bon, c'était difficile, il fallait trouver des voix. Non, la partition est trop difficile. Elle ne peut pas être interprétée par quelqu'un qui n'est pas chanteur professionnel, ce n'est pas possible. Oui Danielle Licari,  *qui prête sa voix, merveilleuse voix. Formidable. Et alors, le tournage se passe dans une ambiance de fête. De rêve, oui. C'est-à-dire que moi, j'étais là en surveillance, pendant tout le tournage, parce qu'on avait peur. J'avais fait travailler mes comédiens, mes comédiennes, d'après ce que les chanteurs avaient enregistré ; de façon à ce que Lip Sync, c'est le mouvement de lèvres, suive exactement le chant. Parce que comme on avait très très peu d'argent pour tourner, je dis : "Si jamais on doit refaire des choses, ce n'est pas possible". Donc j'étais là et je disais : "Non, on recommence, attention, tu es un peu en retard, tout ça", de façon à ne pas perdre de temps après.

    Quels merveilleux souvenirs ! Alors après, c'est le prix Louis Deluc, puis la Palme d'or. Puis après, il y aura "Les Demoiselles de Rochefort", qui vont arriver derrière.

    Oui.

    Et là, c'est la consécration !

    Ce n'est pas un beau mot ça, parce que la consécration, elle ne vient jamais. Par exemple, c'est drôle que vous disiez ça, parce que j'ai un peu le sentiment que la consécration des Parapluies vient aujourd'hui. C'est-à-dire qu'après 50 ans de réflexion, on a eu le temps d'en parler… On a eu le temps de le voir. On a eu le temps de le voir, on a eu le temps de le regarder en long en large et en quinconce et que tout à coup, on le ressort, en disant : "Eh bien oui, eh bien on va vous le refaire une fois, on remet le couvert". Or ça, c'est un peu la consécration aussi. Mais là regardez, numéro spécial des Inrockuptibles, un coffret avec 11 CD… Oui. Et avec même la version anglaise, enfin, plein de choses, etc. Et cette union avec Jacques Demy. Qu'est-ce qui explique que vous, Michel Legrand, vous arriviez à partager finalement le même monde vous, à travers la musique, lui, son imaginaire de cinéaste ?

    Parce qu'on est faits de la même matière, avec Jacques, la même matière. Quand on parle, quand on discute, quand on se regarde, on sait tout, on a tout compris. Je veux dire moi, je montre à Jacques ce que je rêve, "Je voudrais que ça soit comme ça, qu'en penses-tu ?" "Ah, très bien, mais peut-être que…" et comme ça, on fabrique ensemble. Vous savez, un être humain créateur, on n'est pas tout seul. C'est-à-dire qu'on est déjà plusieurs soi-même, alors on va accepter quelqu'un en plus naturellement, avec beaucoup de simplicité. Oui. Parce qu'il nous ressemble, Jacques, on se ressemble. Oui. C'était un enfant, quelque part ? Oui, bien sûr. Il avait gardé son âme d'enfant, moi aussi. Moi aussi, j'ai passé 80, mais je me sens comme à 12 ans, comme à 13 ans. Je joue aux mêmes jeux, je fais la même chose. Je joue oui, je joue avec plus de culture, plus de connaissances, c'est encore plus amusant.

    Mais quand on dit : "On joue", vous employez ce mot "jouer"… Oui. C'est ça, la musique, c'est jouer. Attendez ! La vie, c'est jouer. Je trouve que ce qu'on fait dans la vie, ce sont des jeux. Entre la naissance et la mort, on s'occupe à quelque chose qui va nous intéresser beaucoup. Alors des jeux intelligents, des jeux intellectuels, mais on ne fait que jouer. Moi, je joue à tous les jeux possibles. Par exemple au ping-pong, au tennis, aux échecs, allez-y. Je veux dire, je connais tout ça. La musique, toutes les musiques, je les… tout, mais tout tout tout.

    Le jazz, la variété, les arrangements, pour Nougaro, pour tout ça, tout. Absolument. Oui. Absolument. Et même la musique symphonique : j'écris depuis quelques années des concertos pour les amis qui ont envie de jouer de ma musique. Et qu'est-ce que ça doit être une bonne musique de film, Michel Legrand ? Écoutez, d'abord, il faut une bonne musique. Oui. Il faut un bon film, bon. Puis en plus de ça, il faut des musiciens qui soient vraiment musiciens, qui connaissent toutes les pâtes musicales. Parce que pour avoir la prétention d'écrire au cinéma, il faut connaître toutes les musiques. Car un jour, c'est une musique élisabéthaine, le lendemain, c'est une musique de jazz. Après ça, c'est un rock, le lendemain, ce sont des chants du Moyen-Âge. Si on ne connaît pas tout ça, on ne peut pas écrire pour le cinéma. Donc il faut une culture musicale énorme, pour commencer. Donc il faut que la musique soit sublime. Quand elle est sublime, elle a une chance de devenir après, on a des chances de devenir compositeur de musique au cinéma.

    Oui. Et il y a 50 ans Michel, ici donc, la Palme d'or, pour ses fameux Parapluies. Il faisait beau ou il ne faisait pas beau, ce jour-là ? Il faisait beau. Il n'avait pas de parapluies ? Non, il faisait très beau, très très beau, un grand soleil. Je me rappelle, je me promenais en voiture, j'avais une voiture décapotable comme ça, je traversais la ville de Cannes, Catherine Deneuve était assise à côté de moi, j'avais décapoté. Et on se promène comme ça, sur toute la Croisette et les gens : "Ah" ! Oui. Qu'est-ce que c'est le cinéma pour vous, Michel ? C'est le rêve, comme la musique ? C'est le rêve, ça donne nous transporter ? Oui, oui bien sûr, mais non, le cinéma, c'est la vie. Je veux dire, c'est très drôle, parce qu'au théâtre, les personnages qu'on voit sur scène en chair et en os, on peut les imaginer autrement que ce qu'ils sont vraiment, on peut faire d'eux des personnages d'imagination. Pas au cinéma. Au cinéma, il faut montrer la réalité des gens et des choses. C'est vrai.

    Oui. Merci, Michel Legrand. On était sur cette table très drôle, aux couleurs de Jacques Demy, il aurait aimé ce genre de choses. Bien sûr, oui, oui. Et puis cette musique des vagues, qui nous accompagnait. Oui, mais il est là, Jacques, il est là avec nous. Il est là, je le sais. Il me tient la main, voilà. Merci, Michel Legrand. Merci, merci à vous. On était ravis, L'Invité de TV5 Monde. On se retrouve demain, le 66e Festival de Cannes se poursuit. Merci beaucoup. Merci, au revoir.

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