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  • L'invité

    Grzegorz Rosinski

    Invité : Grzegorz Rosinski, dessinateur de bande dessinée polonais. 

    Il est le dessinateur historique de la série culte « Thorgal », le premier à avoir fait entrer la bande dessinée moderne dans les pays de l'Est après la guerre froide, notamment en Pologne. Il est notre invité à l'occasion du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême (jusqu'au 27 janvier 2019).

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Grzegorz Rosiński, on est ravis de vous accueillir. J'ai envie de vous dire : "Dzień dobry", je le dis bien ou pas ? Dzień dobry, très bien, parfait. Dzień dobry, "bonjour" en polonais. Parce que vous êtes un des maîtres de la bande dessinée contemporaine, évidemment la série "Thorgal". Pendant 40 ans, vous avez donné corps à ce personnage, 40 années de votre vie. Eh bien, ces 40 ans, c'est le bonheur et l'esclavage, en même temps. Enfin, c'est un peu masochiste, parce qu'on ne m'a pas (...)

    Bonjour, Grzegorz Rosiński, on est ravis de vous accueillir. J'ai envie de vous dire : "Dzień dobry", je le dis bien ou pas ? Dzień dobry, très bien, parfait. Dzień dobry, "bonjour" en polonais. Parce que vous êtes un des maîtres de la bande dessinée contemporaine, évidemment la série "Thorgal". Pendant 40 ans, vous avez donné corps à ce personnage, 40 années de votre vie. Eh bien, ces 40 ans, c'est le bonheur et l'esclavage, en même temps. Enfin, c'est un peu masochiste, parce qu'on ne m'a pas lâché, depuis que j'ai commencé. Au moment où le public a accepté ça, déjà dans le journal Tintin, où j'ai commencé, on ne m'a pas laissé, j'ai été obligé de continuer. C'est ça. Eh bien, c'est le succès surtout qui vous a obligé à continuer. Mais quel triomphe ! Vous savez, le succès, le vrai succès, c'est quand on est libre. Au moment où on tombe dans cette cage dorée, on ne peut pas sortir, on n'est pas libre, on ne peut pas faire ce qu'on veut, ce qu'on désire. Moi j'avais plein de choses dans la tête que je pouvais réaliser et je n'avais pas de temps. De temps en temps, j'ai sorti avec un autre scénariste, un autre éditeur : "Chninkel", que j'ai fait avec Van Hamme, Western aussi, mais déjà "La complainte des landes perdues", avec Jean Dufaux ; et "La Vengeance du Comte Skarbek", avec Yves Sente, magnifique histoire d'ailleurs, très parisienne. Oui. C'était très difficile, parce que je ne connaissais pas le Paris comme ça, d'avant Haussmann. Donc vous vous inventez toujours des univers nouveaux. Mais si on parle de Thorgal, c'est le 36e, celui-là. Oui. Et j'allais dire : "C'est votre dernier", c'est vrai ? Pour moi, Thorgal comme série, oui, mais j'ai déjà préparé l'avenir. Et ça, j'ai une chance immense, parce que je n'ai pas attendu d'être incapable de faire quelque chose, dans ce domaine. Donc j'ai déjà préparé mes successeurs, c'était très dur… Vous leur avez dit : "Voilà comment ça doit vivre". On a cherché les scénaristes, surtout les dessinateurs, pour la suite. Oui. Tout est déjà prêt, pour la relève. Oui. Donc vous dites "ce personnage doit vous survivre" ? C'est sûr, parce que les personnages, bien qu'ils vieillissent, ils vieillissent plus lentement que les autres. Et ça, c'est un peu injuste. Oui. Mais Thorgal il n'a pas vieilli, en 40 ans. Thorgal vieillit, il vieillit. Il a des mèches déjà, des cheveux un peu argentés. Ça, ce n'est pas Thorgal. Non, ce n'est pas Thorgal. Mais vous avez mis beaucoup de vous, dans ce personnage ? Toujours, mais toujours. Il vous ressemble un peu d'ailleurs, tiens. Non, à mon fils, oui. Dans un album, je pense un des derniers albums, j'ai fait son portrait sur la couverture. Parce que tout le monde a dit : "Enfin, tu as trouvé le modèle pour Thorgal" ! C'est vrai, parce qu'il n'y avait jamais aucune référence, aucun comédien, aucun acteur, qui pouvait me servir (d'acteur). J'ai fait mon casting de chaque album, les mêmes personnages, et joués par un autre, de mon esprit. Parce que si je ne peux pas inventer et chaque fois ajouter quelque chose, découvrir sa psychologie, son intérieur, comment il s'exprime dans différentes situations, je suis malheureux, je ne peux pas faire ça. Parce que je ne peux pas me copier moi-même. Oui, c'est ça. Si je dessinais toujours un nez, comme on a appris à dessiner, l'oreille, toujours la même, les yeux, de 3/4, de profil et de face, non, ce n'est pas mon job. Oui. Il faut toujours se réinventer soi-même. Artiste, c'est être libre, c'est s'inventer, ne pas être esclave du lecteur. Mais oui, mais oui, mais oui. Mais c'est que les lecteurs, ils ont leur chef, leur général, comme l'éditeur - parce que l'éditeur suit plutôt les désirs des lecteurs, que l'auteur -, alors l'auteur est un peu sous la pression de l'éditeur. Oui. Vous, vous vous êtes toujours dit… un tempérament, vous ne vous laissez pas faire, Grzegorz Rosiński ! Ça a toujours été comme ça. J'ai fait un tas de choses dans ma vie, on peut dire tout ce qui est visuel : j'ai déjà fait toutes les formes graphiques, toutes les formes d'illustrations, l'image, la peinture, même la sculpture, donc rien ne m'est inconnu. Et j'ai toujours pensé que si j'étais obligé de faire de la bande dessinée, justement, parce que c'est la pression des marchés, de l'éditeur, alors au moins, je voulais appliquer tout ce que je savais sur la création de l'image. Oui. Parce que ce n'est pas vrai. Je proteste toujours, quand on m'appelle "dessinateur de bande dessinée", surtout maintenant que je ne dessine plus. C'est quoi, artiste ? Créateur ? Peintre ? Non, je fais des images et chaque image a son sujet, parce que c'est figuratif. Donc j'essaie de digérer un peu ces sujets, de bien réfléchir, ressentir plutôt et de chercher les moyens d'expression en adéquation avec ce sujet. C'est comme ça que je travaille, c'est comme ça pour créer quelque chose, mais pas pour copier sa propre manière tout le temps et répéter les mêmes gestes et être reconnaissable. Oui. Diplômé des Beaux-Arts de Varsovie au départ, dans cette Pologne, votre pays. Et avant évidemment, d'avoir envie de découvrir ce monde ici en Europe, en France, rencontre avec Jean Van Hamme et la création de Thorgal. Mais vous avez voulu cette bande dessinée, au départ, vous étiez attiré par ça, avec la création de Relax, cette première revue de bande dessinée polonaise. C'est la première dans tous les pays de l'Est. La bande dessinée n'existait pas là-bas, alors j'ai accepté d'être responsable des recherches d'auteurs dans les pays de l'Est, uniquement les pays de l'Est. C'était la Tchécoslovaquie, l'Union soviétique, la Hongrie, la Bulgarie, je ne sais pas quoi encore. On a cherché parce que partout, il y avait des gars qui étaient complètement frustrés, coincés, coupés du monde ; qui avaient ce désir de raconter l'histoire par les images et ils n'avaient pas d'occasion ni de droits, c'était très mal vu, parce que c'était un média capitaliste. Oui. C'était ça : convaincre des responsables d'État de ces régimes que c'était de l'art. Pour eux, c'était quelque chose de vraiment dégradant. C'était très difficile dans le milieu artistique (parce qu'on a rencontré) les copains et après, on m'a dit : "Grzegorz, tu fais toujours ces bandes dessinées" ? Comme ça, "parce que tu étais quand même un bon illustrateur, graphiste, tout ça". Je disais : "Oui", avec la mine coupable. Oui. "Oui, je fais toujours de la bande dessinée". 40 années de Thorgal et tant de créations. Allez ! on a envie de se dire que ça va continuer. Merci Grzegorz Rosiński, je ne sais pas comment on dit "Au revoir" en polonais, tiens. Merci beaucoup. Do widzenia. Do widzenia. Merci. C'est très bien. Merci beaucoup. 

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    00:08:26
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