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  • L'invité

    Annick Cojean

    Invitée : Annick Cojean, journaliste française.

    Annick Cojean, grande reportrice au quotidien « Le Monde », publie « Simone Veil et les siens », avec des photos et des documents inédits sur l'une des personnalités majeures de l'histoire politique française.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Annick Cojean. Bonjour. Grand reporter. C'est un livre émouvant que vous nous proposez, qui s'appelle "Simone Veil et les siens". Il est publié chez Grasset. C'est un album de photos incroyables de celle qui est aujourd'hui au Panthéon pour l'éternité, des plus grandes personnalités françaises. Et vous avez des photos tout à fait inédites que vous ont fait passer ses propres enfants. C'est vrai. C'est des photos qu'on n'avait jamais vues pour la plupart, effectivement. C'est des photos d (...)

    Bonjour Annick Cojean. Bonjour. Grand reporter. C'est un livre émouvant que vous nous proposez, qui s'appelle "Simone Veil et les siens". Il est publié chez Grasset. C'est un album de photos incroyables de celle qui est aujourd'hui au Panthéon pour l'éternité, des plus grandes personnalités françaises. Et vous avez des photos tout à fait inédites que vous ont fait passer ses propres enfants. C'est vrai. C'est des photos qu'on n'avait jamais vues pour la plupart, effectivement. C'est des photos d'avant Auschwitz, la famille heureuse à Nice, La Ciotat, les vacances, les cousins, les parents, les grands-parents. Et puis après, la tribu et la famille qu'elle a reconstituée et qui a prospéré et qui est devenue nombreuse puisqu'elle avait des petits-enfants et même arrières-petits-enfants. Oui. Ce sont des photos très intimes. On la voit alanguie. On la voit souriante. On la voit heureuse. On la voit à des moments où elle rêve. Oui, où elle se relâche, où elle s'abandonne un peu, jamais totalement. Mais, enfin, où elle est dans des moments de grande proximité avec les siens. Les siens, c'était effectivement les plus proches, c'était la famille qu'elle avait constituée. Oui. On voit ici une photo évidemment avec l'homme de sa vie… Antoine. …avec lequel elle se retrouve aujourd'hui au Panthéon. Elle a une eu grande chance réellement. En sortant des camps, deux ans après, elle était mariée avec celui qui est resté l'amour de sa vie réellement, Antoine Veil, qui l'a soutenue, aidée, stimulée sans doute. Cela n'a pas toujours été simple, mais, qui était très drôle, qui avait une immense fantaisie, qui la faisait rire beaucoup, elle qui n'était pas très gaie et qu'elle a beaucoup aimé réellement. Oui. Encore quelques photos défilées de cet album-là qui montrent une Simone Veil inattendue au fond. Oui, rêveuse, liseuse, cultivée, tendre. Ce qu'elle ne montrait pas forcément beaucoup toujours avec ses collaborateurs, où dans des occasions très officielles, on ne l'approchait pas si facilement, on ne la tutoyait pas ou on ne l'embrassait pas facilement. Elle avait horreur d'une certaine proximité. Elle n'aimait pas les foules. Elle n'aimait pas être dans une file d'attente. Elle disait d'ailleurs que ça lui était resté des camps précisément, cette peur de la proximité, trop grande proximité. Et on voit que dans l'intimité, elle a été d'une tendresse infinie, qu'elle caressait, qu'elle cajolait beaucoup ses enfants qui sont toujours collés à elle, d'ailleurs. C'est très frappant. Ils cherchent une caresse. Ils cherchent un geste, une main sur la joue, etc. Ils sont lovés contre elle, et même les grands enfants. Même à 20 ans, 25 ans, etc. ses deux fils n'avaient de cesse que de se faire embrasser par elle et même de se lover contre elle, en regardant la télé sur un canapé, ou le matin, se glisser dans son lit pour parler encore quelques minutes avant la journée de travail. C'est assez incroyable. Là, ce sont des images de la famille. On la voit avec tout ça, avec ses petits-enfants, avec une famille qui comptait énormément pour elle. Mais, ce livre évidemment, commence par des photos d'enfance, des photos extrêmement touchantes aujourd'hui, parce qu'évidemment, on y retrouve sa sœur chérie. On y retrouve sa maman pour laquelle, elle avait une telle affection, qui va mourir au sortir du camp de la mort. Juste avant, quelques jours avant la libération du camp de Bergen-Belsen, oui, sa maman avec laquelle elle était restée, qu'elle avait protégée d'ailleurs pendant cette année et demie où elles ont été enfermées à Auschwitz, et puis, avec qui elle a fait la marche de la mort insoutenable. La maman était déjà malade du typhus, qu'elle soutenait, pour laquelle, elle se battait. Parce que Simone était plus forte que tout. Elle se battait pour trois, pour sa sœur et pour elle. Elles avaient eu cette chance de rester toutes les trois jusqu'au bout. La maman s'est éteinte. Elle n'a pas pu la retenir. Et ça, ça restait une grande, c'est même plus que tristesse, colère. Simone Veil était restée une femme en colère. Quelquefois, on parle de son sourire serein. Elle avait un très beau sourire, mais, qui n'était pas joyeux. C'était une femme en colère. Ce qui s'était passé, la Shoa, les trahisons et la barbarie de la Shoa étaient marquées en elle pour toujours. Et ce qui animait toute sa vie politique et tous ses combats, la réconciliation avec l'Allemagne et la fabrication de l'Europe. Oui, Milou, cette sœur qu'elle a aimée tellement, avec laquelle elle a subi évidemment l'horreur des camps… Sa sœur aînée. …et qu'elle va perdre quelques années plus tard. Ah oui, sa sœur qui était son double, ou qui était sa deuxième maman. D'ailleurs, quand elles étaient petites, c'était Milou qui, quand la maman était obligée de sortir le soir, qui avait mission de la part de la maman d'aller cajoler et embrasser la plus petite, qui était Simone, qui était toujours avide de baisers. Et Milou qui était avec elle effectivement à Auschwitz et qui a été tuée dans un accident de voiture deux ans ou trois ans après le camp, alors qu'elle était venue rendre visite à Simone et à sa famille en Allemagne. Sa voiture s'est écrasée et elle a perdu son petit garçon également. Et pour Simone, ça a été un moment indicible. Elle a dit d'ailleurs - vous le rappelez dans le livre - que c'est l'une des seules fois de sa vie où elle a pleuré. Ah oui. Elle ne pleurait pas, Simone Veil. Elle ne pleurait pas. Elle se retenait toujours, la dignité, on ne montre pas. On ne s'abaisse pas à montrer un chagrin qu'elle ressentait pourtant si profondément. Et là, Milou qui était témoin de ce qu'elle avait vécu à trois à Auschwitz. Milou était la seule avec qui elle pouvait tout dire, tout partager. Et là, c'était juste effroyable. Elle a failli s'effondrer, Simone, et elle avait encore du mal à parler de Milou d''ailleurs, sans avoir les larmes aux yeux. Oui. Les images de ses combats, multiples évidemment, le combat pour les femmes. On la voit à l'Assemblée nationale pour l'interruption volontaire de grossesse. On la voit se battre. Ah oui. Elle reste… Toujours. …droite. Très droite. Et malgré les insultes, malgré les humiliations, malgré tout ce qu'elle a pu entendre à l'Assemblée nationale et devant sa maison, devant son appartement, dans le hall de son immeuble, etc. les insultes les plus horribles. Elle tenait bon, elle tenait droit, aidée aussi par sa famille, toujours pareille, les siens, précisément. Elle savait qu'elle était dans le juste. Alors, c'est pour ça que d'ailleurs, Giscard d'Estaing l'avait choisie à dessein. Elle ne faisait pas peur aux Français et elle a fasciné les Français, ceux qui l'aimaient et ceux qui ne l'aimaient pas. On était obligé de se dire : Quelle dignité ! Quelle intégrité ! Quelle force dans ce regard dans cette attitude, dans ce sourire aussi et ce regard si transparent ! Oui, son combat pour l'Europe. Evidemment, elle sera Présidente du Parlement européen. Et son combat va bien au-delà. C'est l'un des combats de sa vie. Oui. Et quand elle y pensait, c'était aussi en souvenir d'Yvonne, sa maman. Son père avait été prisonnier de guerre, ancien combattant de. La guerre 14-18, donc, ne pouvait pas croire que la France les trahirait. Ce n'était pas possible. Donc, effectivement, quand on a commencé à avoir peur pour les juifs, à voir qu'il y avait des mesures de plus en plus discriminantes, le père ne pouvait pas croire. La France n'allait pas les lâcher, pas les Français. Il était Français. Ils étaient Français. Et malgré tout, Simone a été toujours, qui était pourtant la plus jeune de la famille, avait crainte et pensait que se faire enregistrer comme juive et porter l'étoile jaune n'était pas bon. Mais le père ne pouvait pas croire. Alors, le père, après la guerre, parlait des Boches, se méfiait des Boches. Et Simone aussi quelquefois, entendait le mot "Boches". Par contre, sa maman, Yvonne, prenait là aussi la réconciliation. Donc, quand plus tard, elle est allée Présidente du Parlement européen et elle a défendu jusqu'au bout cette idée d'Europe, de réconciliation, plus jamais ça, réellement, c'était aussi en pensant à sa mère, Yvonne. L'histoire des femmes est très mal connue, et qu'on a besoin d'héroïne, et c'en est une réellement. On montre Simone jeune fille. On montre Simone cheftaine scout. Et puis, on la voit après. Et oui, je pense que c'est un bel exemple. C'est un exemple inspirant pour toutes les jeunes filles - pas seulement les filles évidemment - mais, notamment, aussi pour les filles. Merci beaucoup Annick Cojean. C'est un livre formidable, extrêmement émouvant, extrêmement beau. Voilà "Simone Veil et les siens" publié chez Grasset. Merci. Merci.

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