Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Amos Gitaï

    Invité : Amos Gitaï, cinéaste israélien.

    Le nouveau film d'Amos Gitaï, « Un tramway à Jérusalem », montre de brefs instants de vie dans le tramway qui relie Jérusalem d'est en ouest. À travers des fragments de vies juxtaposés, le cinéaste dresse un tableau saisissant de la société israélo-palestinienne et envoie finalement un vibrant message d'espoir.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C'est le plus grand cinéaste israélien. C'est d'abord et avant tout un citoyen du monde, à  Amos Gitai, que j'accueille pour "Un tramway à Jérusalem", qui sort demain. C'est votre nouveau film. Comme à chaque fois, c'est un événement, on va en parler dans quelques instants. "Leçon inaugurale au Collège de France", publié chez Fayard. Vous l'intitulé "La caméra est une sorte de fétiche". Vous avez toujours considéré que la caméra, c'était un peu plus simplement qu'un objectif qui filme la réalité (...)

    C'est le plus grand cinéaste israélien. C'est d'abord et avant tout un citoyen du monde, à  Amos Gitai, que j'accueille pour "Un tramway à Jérusalem", qui sort demain. C'est votre nouveau film. Comme à chaque fois, c'est un événement, on va en parler dans quelques instants. "Leçon inaugurale au Collège de France", publié chez Fayard. Vous l'intitulé "La caméra est une sorte de fétiche". Vous avez toujours considéré que la caméra, c'était un peu plus simplement qu'un objectif qui filme la réalité ?

    Parce que la caméra, en quelque sorte, elle a sauvé ma vie. Parce que la première fois que j'ai filmé, c'était pendant la guerre du Kippour en 1973. Je crois que mentalement, le fait que j'étais dans l'équipe de sauvetage, qui était (inaudible) sur le Golan, d'amener les gens qui étaient brûlés dans le char, les emmener à l'hôpital. Mais en même temps, j'ai parfois décidé de filmer des textures, des visages. D'un point de vue mental, ça a sauvé ma vie.

    "Un tramway à Jérusalem", le titre de votre nouveau film. C'est une fiction étonnante, une sorte de comédie, une juxtaposition de vie, d'instants, de rencontres. Regardez, on en reparle dans quelques instants. C'est à bord d'un tramway. C'est un tramway nommé espoir, c'est un tramway nommé désir de paix, et désir d'autre chose, pour vous, de ce territoire israélo-palestinien, dans lequel vous vous trouvez, Amos Gitai.

    Je cherchais un microcosme, cette boîte de sardines qu'un tramway qu'on voit partout à Paris. Il y en a à New York, dans les grandes villes. Cette boîte de sardines accueille des gens de tous les côtés. Il y a 36 comédiens, ils sont Indiens, Palestiniens, Italiens, Français. Une sorte de palette de langues : hébreu, arabe, yiddish, anglais, italien. Ce microcosme de Jérusalem tellement riche, une sorte d'archéologie humaine, il est représenté dans ce tramway. Patrick, comme vous avez dit, c'est une sorte d'espoir : comment on peut voir un rapport pas strictement dans la violence, même sur un espace assez serré comme un tramway. Je crois que certains Israéliens et certains Palestiniens ont hâte d'arriver à cette phase, qu'on en finisse avec la haine, le racisme envers l'autre. L'autre, il faut qu'il existe, qu'il ait ce droit, qu'il est à égalité. Et c'est ça le projet de ce tramway, mon tramway.

    On va revoir des images. Vous nous racontiez, Amos Gitai, vous installez vos caméras à bord d'un tramway, et vous tournez 24 heures sur 24. On voit d'ailleurs le temps qui passe.

    Oui, parce que ce cadre horizontal, qui me regarde maintenant, il a une façon de décrire la réalité. Moi, j'ai décidé de quitter ma profession d'architecte pour devenir cinéaste, j'ai décidé d'être d'abord citoyen et de raconter l'histoire de cette terre ; et aussi de faire du cinéma une façon de parler, de dialoguer avec le réel. Je crois que le cinéma, comme la littérature, comme comme l'art plastique, c'est un médium très fort, sans être doctrinaire, etc, d'évoquer des idées, d'inviter les gens d'interpréter, de voir comment on peut améliorer les choses.

    C'est une comédie aussi. On y sourit. Il y a une sorte de comédie humaine, on y convoque Flaubert, on y convoque les grands textes. Et en même temps, il y a la vie quotidienne, le paysage qui défile.

    Oui, je trouve que c'est ça la beauté de Jérusalem, cette ville qui fait un kilomètre carré. Mais si une ville peut nous parler, cette ville Jérusalem, elle va nous dire que quand même elle a réussi à endoctriner deux tiers de la planète, avec tous les leaders religieux qu'elle a sortie, c'est-à-dire les trois grandes religions monothéistes. Elle a une force énorme. Il faut que cette force-là puisse être redite par cette richesse humaine. Finalement, Jérusalem, comme Patrick vous avez vu dans le film, c'est le visage des gens. C'est presque "Faces" de Cassavetes. Ce sont les visages qui sont le miroir de cette ville, qu'on voit à travers des vitres de tramway, avec des séries, des plans séquences, de séries d'épisodes, une sorte de juxtaposition de petites histoires qui nous racontent l'histoire de Jérusalem. 

    On entend au micro, à l'intérieur du tramway, les stations, les lieux. On traverse cette ville de l'est à l'ouest. C'est ça qui est important. On part de Sharafat, et on va au mont Herzl. On traverse le monde, quelque part.

    Il y a presque des situations improbables dans le réel. Il y a une femme assise à côté d'un juif orthodoxe. Normalement, ils sont en guerre. Et là, ils sont en train de dialoguer. Il y a des Israéliens qui parlent avec les Palestiniens. Ce tramway est une sorte de tramway d'espoir, parce qu'il simule une relation possible. Ce n'est pas angélique parce que je suis contre l'angélisme, mais il y a une sorte de rapport humain normal. C'est un tramway, on peut dire, privé, mon tramway de Jérusalem, qui propose cette lecture. Et vous avez raison, il y a aussi de l'ironie, de l'humour. Je suis un peu d'accord avec Mankiewicz, qui dit que quand la situation va mal, il faut commencer à rire. C'est une proposition. On y voit des couples qui se quittent, qui se retrouvent. C'est un peu à l'image aussi de cette relation d'un couple, mais qui est parfois tragique entre Israéliens et Palestiniens. Et on voit d'ailleurs, à certains moments, il peut y avoir des situations violentes, des relations violentes à l'arrière du tramway. C'est un message politique que vous envoyez, vous, le cinéaste, l'artiste ? Vous l'envoyez à qui, à Benyamin Nétanyahou qui vient d'être réélu ?  Certains Israéliens comme moi, on est triste. Parce qu'on a envie d'avancer et ne pas retourner tout le temps en arrière. Je crois que c'est… Tout mon travail, c'est surtout un travail de citoyens. C'est le point de départ. Même dans les documentaires comme "House et Wadi", "Journal de campagne", après "Kadosh", "Kippour", "(Frisons)". Ce sont des séries de briques, je suis en train de composer mon puzzle, avec des marges qui sont toujours inspirées par le réel. Mais le réel, il ne faut pas rentrer… Parce que souvent, les gens me disent : "Est-ce que tu es pessimiste ou optimiste ?" Je ne peux pas rentrer dans cette… Parce que si je suis pessimiste, égal nihiliste, la décadence etc. Je crois que l'espoir, c'est moteur de changement. Il faut garder l'espoir. Ce petit tramway qui traverse la ville, avec toute cette série de Zoulous, toute cette série d'oiseaux. Un côté, les autres avec de très grands comédiens de toutes origines. Et d'ailleurs, même le plateau de tournage était un plateau de dialogue. Il propose un dialogue faisable entre les gens, et c'est une proposition.

    Et l'image est absolument fantastique.

    Éric Gautier dans sa grandeur.  On y traverse cette ville, avec vous. Merci, Amos Gitai. "Un tramway à Jérusalem",  c'est un film formidable que je vous conseille, qui sort demain. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Merci, Patrick.

    Voir plusmoins
    00:08:19
    Tous publics
    Tous publics