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  • L'invité

    Jean-Jacques Annaud

    Invité : Jean-Jacques Annaud, réalisateur, producteur, scénariste français.

    Jean-Jacques Annaud a réalisé quelques-uns des plus grands succès du cinéma français, obtenu un Oscar à Hollywood et rencontré les plus grands du cinéma international. Il raconte dans son livre « Une vie pour le cinéma » comment il a créé « La Guerre du feu », « L'Ours », « Le Nom de la rose », « L'Amant » et tant d'autres films qui ont marqué toute une génération.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C'est une véritable passion d'enfance, Jean-Jacques Annaud est cinéaste, comme on peut être finalement un être humain sur terre, Une Vie pour le Cinéma, ça a été votre vie, Jean-Jacques Annaud, vous le racontez dans un livre publié chez Grasset. Évidemment c'est L'Or Noir, c'est L'Amant, c'est La Guerre du Feu, c'est L'Ours, c'est des succès phénoménaux au cinéma. Mais d'abord - je le dis -, c'est un enfant qui se raconte quelque part.

    Je crois qu'on ne peut faire ce métier que si (...)

    C'est une véritable passion d'enfance, Jean-Jacques Annaud est cinéaste, comme on peut être finalement un être humain sur terre, Une Vie pour le Cinéma, ça a été votre vie, Jean-Jacques Annaud, vous le racontez dans un livre publié chez Grasset. Évidemment c'est L'Or Noir, c'est L'Amant, c'est La Guerre du Feu, c'est L'Ours, c'est des succès phénoménaux au cinéma. Mais d'abord - je le dis -, c'est un enfant qui se raconte quelque part.

    Je crois qu'on ne peut faire ce métier que si on a le goût de jouer, le goût de faire joujou, je voudrais dire. Et toute ma vie, j'ai eu la chance d'avoir des gros joujoux à ma disposition, qui font que je n'ai pas vu le temps passer, parce que j'ai passé ma vie à m'amuser en vérité, à me faire peur aussi. Oui. La peur d'ailleurs, c'est la première page du livre, vous racontez comment Bart l'ours vous saute dessus. Oui. Vous vous retrouvez en sang, vous dites : "Ma vie est finie", ce jour là. Eh bien normalement, j'aurais dû venir vous voir en chaise roulante oui, parce qu'il a failli m'arracher le nerf sciatique. Mais ça, vous vous dites : "Ça fait partie du jeu" ? Oui, parce que - si vous voulez -, c'est un métier de tous les dangers. Et quand je décide d'avoir comme acteur principal un personnage de 800 kilos, avec des griffes non rétractiles… Un grizzli, oui. …qui sont longues comme ça et qui évidemment est un animal sauvage, même s'il a l'habitude de la présence humaine, je sais que je prends un risque. Même avec le bébé ours, on prend un risque, parce qu'il vous chope le doigt, il pense que c'est un téton, donc il va le téter pendant une demi-heure. Mais vous aimez ça, vous. Parce vous dites - quand je dis parler d'enfance -, je dis vous racontez dans ce livre vous étiez gamin, vous examiniez les insectes avec un microscope…

    Ah oui oui.

    …vous collectionniez des feuilles d'arbres. Tout. J'ai collectionné des dents de mammifères, j'ai collectionné des écorces, j'ai collectionné des plumes, j'ai toujours mes collections ; évidemment des pièces de monnaie, des timbres, tout ce que vous pouvez imaginer, des cailloux, j'ai tout ça dans des petites boîtes bien rangées, avec des étiquettes. Oui, oui. Et puis il y a la passion du cinéma. Un jour, on vous offre un projecteur de marque (Christin), vous vous le rappelez (en souvenez) très bien. On m'a offert le projecteur et la caméra…

    Oui. …c'était pour mon onzième anniversaire. Avant, on m'avait offert un appareil de photo 24/36 pour mon neuvième anniversaire, je crois me souvenir. Et à l'âge de sept ans pour mon anniversaire, une petite boîte, on regardait à travers un petit miroir, ça s'appelait un brownie et j'ai commencé à faire des photos - tenez-vous bien - de monastères. Incroyable !

    Oui. Évidemment, on pensera au Nom de la Rose plus tard. Mais d'abord, vous êtes là et vous organisez chez vous des séances de cinéma. Vous fabriquez les tickets, vous faites payez vos copains et vous sonorisez des films.

    La famille. Non les copains, ils ont entrée gratuite, mais ma famille oui. Et j'avais un problème, c'est que j'avais ces tickets que je faisais avec un tampon, j'avais fait faire un tampon, mais je voulais les poinçonner. Et ma mère n'a jamais pu trouver ce poinçon, elle était très déçue, parce qu'elle voulait aussi m'offrir…je voulais faire comme les ouvreuses autrefois, avoir le ticket comme au métro et faire un trou dedans. Ça vous passionnait tout ça. Ce qui est fantastique c'est que déjà vous rêvez, alors d'Afrique, ça c'est un rêve très fort en vous.

    Alors oui, Afrique, préhistoire, sociétés primitives. Parmi les premiers films qu'on m'avait achetés, c'était un film sur les buveurs de sang, les Maasaï et ça m'avait fasciné. C'était un film de 30 minutes, en 8 mm, que je projetais comme ça et j'avais envie d'aller à la rencontre de ces gens-là. Et effectivement, je suis un fou d'Afrique et j'y vais tous les ans.

    Oui et vous allez voyager. Et puis il y a les débuts au cinéma, évidemment, on va parler de La Victoire en chantant, c'est un film improbable.

    Eh bien personne ne voulait me le financer, évidemment, parce qu'on me disait : "Non les films sur l'Afrique, ça n'intéresse personne". Mais je disais : "Mais moi, ça m'intéresse" alors évidemment, ce n'est pas un discours recevable. Mais j'ai tellement insisté, j'ai mis sept ans à monter ce film, d'abord à l'écrire - j'avais fait une erreur, je croyais qu'on écrivait un film comme Lelouch en 15 minutes ou en quinze jours - mais moi ça m'a pris quatre ans, j'ai épuisé deux auteurs célèbres, Daniel Boulanger et Georges Conchon. Mais c'était ça que je voulais faire. A l'époque j'étais très gâté, je faisais des films publicitaires, on m'en proposait 250 par an, je disais non à tout. Et j'avais le choix de faire le film de mon cœur et non pas un des films qu'on me proposait. On me proposait des comédies, parce que je faisais des films rigolos, en 30 secondes, vous ne pouvez pas faire de l'émotion, vous pouvez faire du spectacle ou un truc drôle, un gag.

    Oui. Et là, vous vous êtes dit : "Le colonialisme finalement, cette histoire-là, ça m'intéresse ?

    Oui, parce que j'ai été envoyé en coopération, je me suis retrouvé au Cameroun, je détestais l'idée d'aller dans cet endroit pendant un an, alors que ma carrière démarrait. Mais j'avais 21 ans, la porte de l'avion s'est ouverte, il y avait une odeur, il y avait un charme, il y avait un gendarme en bas de l'avion, il avait un képi trop petit, il était tellement sympathique. Il disait : "Circulez ! Circulez ! Circulez ! Ah ah ah ah ah" ! le rire de l'Afrique. Mais tout de suite, mais ça m'a bouleversé. Je me suis dit : "Mais j'adore ces gens". Et j'ai passé une année merveilleuse. Oui. Alors on voit Jean Carmet évidemment à l'affiche. Mais alors l'histoire incroyable de ce film, c'est qu'il va représenter la Côte d'Ivoire aux Oscars, vous apprenez ça. Oui. Oui, j'apprends ça le matin parce que moi, je ne suis pas allé aux Oscars. D'abord, parce que mon producteur m'avait dit : "Ne viens pas,  tout le monde croit que tu es noir et ils vont être déçus s'ils voient que tu es blanc". Bon, ça m'a semblé raisonnable. Et puis de toute façon, la presse française avait annoncé que c'était Cousin, Cousine - un très bon film d'ailleurs, c'est une comédie très sympathique - et tout le monde annonçait la victoire évidente de ce film-là. Donc moi, je ne suis pas allé applaudir le succès, même d'un confrère que j'aimais beaucoup, je suis resté dans mon lit à Paris. Et puis vers 2 heures du matin le téléphone sonne, ma femme - qui était en train de divorcer de moi - prend le téléphone, c'est Fechner, qui était un producteur de films comiques, qui lui dit : "Ton mari a l'Oscar" ! Comme il faisait des films comiques, j'ai pensé que c'était un gag, une mauvaise blague. Mais après, la secrétaire de mon producteur appelle en disant : "Qu'est-ce qu'on t'avait dit" ? Eh bien on ne m'avait rien du tout. En tout cas, j'attends les informations à 6 heures du matin. Et là, j'entends : "Déception pour la France, c'est un obscur film de Côte d'Ivoire qui vient de remporter l'Oscar". Yeah !

    C'est vous. Vous avez rêvé un nuit à des mammouths, vous dites : "Ça y est, je vais les mettre à l'écran" ?

    Oui. Vous pouvez rêver à des choses comme ça ? Oui, mais bien sûr. On peut tout montrer au cinéma ? Mais parce que - si vous voulez - il ne faut pas se poser la question de comment on va faire, il faut trouver la solution de comment on va faire. Je me souviens récemment j'ai fait un film, pour une marque de parfum très importante, avec Charlize Theron, à Versailles. Et je me souviens de Bernard Arnault, qui m'avait demandé : "Est-ce que vous êtes sûr de réussir ? d'y arriver" ? parce que je faisais revivre des actrices du passé. Et je lui ai répondu : "Oui", les yeux dans les yeux, je n'avais pas la moindre idée de comment j'allais le faire, mais nous avons réussi. Ça a mis un an, on a inventé des logiciels et on l'a fait.

    Oui. Vous auriez envie de mettre qui d'ailleurs, d'acteur disparu, à le faire revivre à l'écran ? Vous aimeriez jouer avec qui ?

    J'adore les acteurs vraiment, de plus en plus. Et diriger les acteurs c'est merveilleux, parce que moi, je suis tout le monde : je suis derrière la caméra, je suis le monsieur, je suis la dame, je suis la jeune fille, je suis le vieillard, je suis le bébé, je suis le chien. Mais je suis tellement dans les personnages, que si je filme un chien qui va aboyer, je vais faire (ouah ouah ouah) et dans les scènes de bagarre, je me bagarre à côté de la caméra. Et donc je vis plein de vies, à travers mes acteurs, donc forcément je les adore, parce que je suis à l'intérieur d'eux. Il y a votre premier chagrin dans ce livre, on va finir là-dessus. C'est quand vous avez ce film - je crois - de Charlie Chaplin, avec votre nouveau projecteur - on revient à ce qu'on disait au début - et puis que vous le projetez, puis il est tout abîmé, votre film et vous pleurez. Mais vous vous dites c'est ça votre vie, Jean-Jacques Annaud, c'est de réussir. Eh bien oui, il y avait une rayure, j'ai pleuré, je n'ai peut-être jamais pleuré autant de ma vie, oui. Le film était tout neuf, le projecteur tout neuf, je passe le film, je suis bien le mode d'emploi et je m'aperçois qu'il y a des copeaux et mon film est détruit. Donc évidemment, ça a été un désespoir. Mais ça m'est arrivé souvent d'avoir des films détruits.

    Vous vous êtes bien rattrapé depuis. Merci beaucoup Jean-Jacques Annaud, Une Vie pour le Cinéma, avec Marie-Françoise Leclère, publié chez Grasset. Quelle aventure que votre vie ! Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Merci pour cette interview.

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