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  • L'invité

    Philippe Manoeuvre

    Invité : Philippe Manoeuvre, journaliste, animateur, critique français.

    Dans son livre « Rock », Philippe Manoeuvre raconte enfin son parcours qui l'a conduit à croiser la route des plus grandes stars du rock et à partager avec eux des souvenirs complètements fous où la vie se met à ressembler à cette musique qui a fait vibrer plusieurs générations.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    S'il y a quelqu'un qui incarne le rôle critique, c'est lui. Philippe Manoeuvre, bonjour. Bonjour, Patrick. On ne peut pas appeler autrement un livre qui raconte votre vie, Philippe, il s'appelle "Rock". 

    C'est quand même une vie de rock.

    Pourtant, on a eu des doutes, on s'est posé des questions. Et puis, c'est à un moment ma femme qui dit : "Pourquoi tu ne l'appelles pas'Rock', ton bouquin ?" Et là, c'est devenu une évidence biblique. Oui, c'était ça.

    Il (...)

    S'il y a quelqu'un qui incarne le rôle critique, c'est lui. Philippe Manoeuvre, bonjour. Bonjour, Patrick. On ne peut pas appeler autrement un livre qui raconte votre vie, Philippe, il s'appelle "Rock". 

    C'est quand même une vie de rock.

    Pourtant, on a eu des doutes, on s'est posé des questions. Et puis, c'est à un moment ma femme qui dit : "Pourquoi tu ne l'appelles pas'Rock', ton bouquin ?" Et là, c'est devenu une évidence biblique. Oui, c'était ça.

    Il ne faut pas aller chercher plus loin. Le rock, c'est quoi ? C'est quoi, être rock ? Parce que ça a été une grande question, c'est quoi être rock'n roll ?

    C'est aimer le changement. C'est aimer les changements de société, c'est aimer dire "le roi est nu". Ce n'est pas être dupe, des miroirs aux alouettes de la pop. C'est aimer la musique, c'est donner sa vie pour la musique et être prêt à tout. C'est grandir en province comme vous, en écoutant la radio, mais sans l'avoir choisi : Cloclo et Sheila. C'est ça que vous dites. Des fois, on entendait Johnny Hallyday. Et ça nous semblait quand même très rock au milieu du flot de "Si j'avais un marteau", "Belle belle comme le jour", "Fille de Français moyen, "Sacré Charlemagne". Et parfois, il y avait de Johnny et on se disait : "Ah, c'est donc ça le rock." On ne savait pas. C'est fou ! Ça nous semblait quand même… C'était bien, ça changeait, il y avait de la guitare. Le rock, c'est la guitare, c'est l'arrivée d'un instrument nouveau dans une France où l'accordéon est l'instrument principal. C'était Yvette Horner.  C'est Yvette Horner. C'est le président de la République qui joue de l'accordéon. Tous les bals de France, ce sont des accordéonistes : Aimable, André Verchuren, etc. L'accordéon est l'instrument roi dans les années 60. Et nous, on arrive avec une autre idée. On aimerait bien que ça soit la guitare électrique l'instrument roi. Ça ne vient pas comme ça. Un jour, vous passez devant une vitrine, vous racontez dans ce livre : "Je vois une pochette de disque, c'était "Between the Buttons". Ça vous intrigue : "Qu'est-ce que c'est que ce truc ?" Déjà, il n'y a pas le nom du groupe, il n'y a pas le titre du disque, il n'y a rien. Il y a une photo de cinq bonhommes dans le brouillard, et je me dis : "Oh, ça c'est un truc qui monte. C'est la bande de mecs, ils ont l'air de savoir ce qu'il se passe ceux-là." "On a envie d'être dans leur bande." C'est un instinct qui fait de moi un fan des Stones. Je ne connais même pas le nom du groupe. Après, je vais travailler pour ça. Et en 1979, au bout de 12 ans d'efforts, je rencontre monsieur Keith Richards au Ritz, place Vendôme. Incroyable aventure que votre vie, un roman ! C'est le sous-titre du livre. Voilà, je me suis dit : "Mes confrères journalistes vont dire qu'il en a trop vu, ce n'est pas possible." À l'époque, je me suis dit : "Roman autobiographique." Parce qu'en plus, je n'ai pas raconté tout, ce n'est pas une autobiographie de 800 pages avec la cure de désintox, l'enfance malheureuse. Non, j'ai eu une enfance heureuse. Je m'excuse d'ailleurs, je n'ai pas été battu par mes parents, ni violé. J'étais heureux de vivre dans la Marne, avec toutes ces musiques incroyables qui nous arrivaient : les Mothers Of Invention, Soft Machine, Pink Floyd… Ça vous rendait fou. Votre premier 45 tours, c'était Equals. Vous vous rappelez de ça ?  Oui, c'est inoubliable. C'était un groupe mixte où il y avait des Noirs et des Blancs. Il y avait deux skinheads et trois Blacks jamaïcains. Et ils chantaient, ils faisaient une parodie des Stones qui s'appelait "Baby Come back". Mais en fait,  c'était "Satisfaction". Je l'ai rencontré, le chanteur, après. Parce qu'il est devenu super connu, sous le nom de Eddy Grant. En 1982, on me l'a amené à France Inter où je faisais l'émission. Et là, je sors mon petit 45 tours et me dit : "Ce n'est pas possible, c'est nul, c'est ridicule. C'est ce que j'ai fait de pire." Je lui dis : "Oui, mais j'avais 14 ans et je vous avais au cœur, les Equals." Un jour, vous voyez arriver votre père à la maison, il est complètement déconfit. Il dit : "Vous auriez entendu ce qui vient d'être dit, que John Lennon a dit que les Beatles étaient plus célèbres que Jésus-Christ." Ce n'est pas possible ! Là, mes parents étaient choqués. Aussi choqués que par l'assassinat du président Kennedy. Ça a été vraiment… En plus, mon petit frère disait : "En réfléchissant bien, il a raison." 

    Oui, c'est 1966. C'est avoir 12 ans dans les années 60, dans une France hyper heureuse quand il n'y a pas de chômage. Il n'y a pas de sida. il n'y a pas d'actes de terrorisme. Tout va bien. C'est une ambiance formidable pour la musique. Quand même un petit truc. Je voudrais qu'on dise un mot, c'est quand vous faites de la télévision que vous rencontrez De Greef, qui est monteur avant de devenir bientôt le patron de Canal, et que vous rencontrez un personnage qu'on a tellement aimé à TV5 Monde, qui était Freddy Hausser. Oui, c'est mon premier… Oui, c'est grâce à Freddy que j'ai fait mes débuts… mes secondes étapes à la télévision rock, en interviewant les Deep Purple, Ian Gillan. Après, il m'a souvent invité dans ces émissions. Freddy était un baroudeur. C'était un type qui avait déjà la cinquantaine bien sonnée, mais il avait fait le Vietnam, et il avait fait l'Algérie et Beyrouth. Il avait ramené des images incroyables, il travaillait pour Cinq colonnes à la une, pour le journal. Et à l'époque, les types y allaient en crapahutant avec la caméra. Ils risquaient leur peau. Ce Freddy Hausser, à qui la télé française ne pouvait rien refuser, lui dit : "Qu'est-ce que vous voulez faire ?" Il dit : "Je voudrais faire une émission musicale, une émission rock." Le voilà avec son regard de chien fidèle. Il a fait cette émission, il a fait les Stones, une émission qui a été revendue dans 50 pays, où il avait filmé les Stones aux abattoirs. C'est parce qu'un jour, il ne veut pas aller interviewer Ian Gillan de Deep Purple, c'est vous qui le remplacez. 

    Il était bloqué dans le sud des États-Unis, donc De Greef m'appelle : "Freddy Hausser est avec les Allman Brothers dans le sud, est-ce que vous pourriez, monsieur Manoeuvre, venir interviewer les Deep Purple ?" À Cognacq-Jay, en plus. Moi, je suis rentré à Cognacq-Jay, j'étais là… C'était un nom qui faisait rêver. Avoue, Cognacq-Jay, on entendait ça depuis toujours. À 22 ans, vous rentrez à Cognacq-Jay pour faire un peu de télévision, vous tombez par terre. Et en plus, c'était payé, car la télé à l'époque payait, vous vous rendez compte ?

    Ça ne paie plus, non je rigole. Dans ce livre, on retrouve le gosse qui rêve du rock. Vous avez fait des anthologies, des meilleurs albums, etc. Ça, ce sont les albums moins connus, les collectors. En fait, c'est comme un gosse. Vous êtes avec vos disques à la main, ça vous provoque encore un battement de cœur ? Total. En vous quittant, je vais aller faire un magasin de disques voisins, dans le 17e, Étoile Disques, je vais aller voir. J'aime la musique, j'aime le rock. Franchement, je n'écoute pas de jazz, je n'écoute pas de musique classique. Le rock, si j'ai dix minutes, j'écoute un disque de rock. C'est un plaisir, c'est un bonheur. C'est un livre ouvert, pour moi.  Vous amèneriez quoi sur une île déserte ? Vous amenez trois disques ? J'amène mon téléphone. Vous amenez "Electric Ladyland". Qui va être réédité cette semaine. Ça ressort pour les 50 ans.  Jimi Hendrix. Le "Double blanc" des Beatles qui est un monument. Et puis, "Exile on Main Street" des Rolling Stones. Trois disques.

    En fait, vous amenez toute votre discothèque, là ? Si je pouvais en avoir cinq, ça serait bien. Ça serait bien aussi d'emmener un disque qu'on ne connaît pas ; un disque qu'on n'a jamais écouté.  Il y en a plein, là. Si je vous dis le groupe T2 ? "T two". C'était du grand hard rock anglais. Il y a eu des époques fabuleuses. En ce moment, c'est plutôt une belle époque pour le hip-hop. Ce sont nos copains du hip-hop qui sont en train de prendre un peu tout ce qui arrive. Vous adorez la musique black. Vous adorez James Brown. J'adore James Brown, j'adore Otis Redding. J'étais un des premiers à dire : "On peut aimer le rock et les musiques noires." C'est quoi le problème ? À une époque où il y avait d'un côté les minettes, de l'autre les rockers. Ils avaient des shetlands, on avait des perfectos. Non, quoi. James Brown, c'est pour tout le monde. Ce n'est pas pour une chapelle. Vous voyez, Sex Machine quoi. 

    Allez, "Rock", ça résume tout.

    C'est vous, Philippe Manoeuvre. C'est un livre formidable que votre parcours : "Ma vie est un roman", édité chez HarperCollins. Merci beaucoup, Philippe. Merci, Patrick.

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    00:08:25
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