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  • L'invité

    Jean-Christophe Rufin

    Invité : Jean-Christophe Rufin, écrivain français, membre de l'Académie française.

    Ancien ambassadeur, prix Goncourt et membre de l'Académie française, chaque livre de Jean-Christophe Rufin est un véritable événement. Son dernier, « Les Sept Mariages d'Edgar et Ludmilla », nous entraîne à travers l'histoire du siècle, quand la grande histoire rencontre le quotidien de deux êtres qui passeront leur vie à se séparer et se retrouver dans une grande histoire d'amour.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Jean-Christophe Rufin. Membre de l'Académie française, prix Goncourt, médecin, aventurier, ancien diplomate, et on pourrait en ajouter encore, mais surtout romancier qu'on adore. Ça s'appelle "Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla". C'est publié chez Gallimard. C'est un nouveau roman événement. J'allais presque dire, c'est un roman d'aventures, et comme dirait Juliette Gréco, c'est donc aussi un roman d'amour.

    Oui, parce que l'amour, surtout sur 50 ans comme ça, d'un coupl (...)

    Bonjour, Jean-Christophe Rufin. Membre de l'Académie française, prix Goncourt, médecin, aventurier, ancien diplomate, et on pourrait en ajouter encore, mais surtout romancier qu'on adore. Ça s'appelle "Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla". C'est publié chez Gallimard. C'est un nouveau roman événement. J'allais presque dire, c'est un roman d'aventures, et comme dirait Juliette Gréco, c'est donc aussi un roman d'amour.

    Oui, parce que l'amour, surtout sur 50 ans comme ça, d'un couple qui vit beaucoup de choses, c'est une aventure, une grande aventure. Parce que l'amour est une aventure. Et c'est une aventure qu'on a tendance à avoir binaire : on est ensemble, on n'est pas ensemble. Ce que j'ai essayé de montrer, c'est que la séparation, les ruptures, les retrouvailles, font aussi partie de l'amour, et donc de l'aventure de l'amour.

    Vous dites : "Ni avec toi, ni sans toi." C'est terrible en même temps, c'est quand même complexe. Ça vous passionne, ça ? Ces deux-là sont sans complexes, mais je pense que toutes les relations amoureuses sont complexes. Effectivement, ils ne peuvent pas se passer l'un de l'autre, mais ils vont quand même traverser la vie en étant souvent séparés, mais aussi en se retrouvant.

    Quand je disais l'amour et l'aventure, c'est forcément la traversée du siècle. C'est 50 ans d'amour et 50 ans de vie. C'est qu'au fond, cet amour se marie avec son époque.

    Oui, ils se rencontrent dans les années 50, dans une situation un peu particulière puisque lui, Edgar, fait partie d'un groupe de jeunes qui ont eu l'autorisation de traverser l'URSS.

    Ils partent avec une vieille bagnole, une Marly, je ne sais pas si les gens s'en souviennent.

    Je me suis beaucoup inspiré d'un livre de Dominique Lapierre : un livre de photos qui est complètement oublié, qui était de témoignages, qu'il a écrit quand il avait 25 ans, où il avait fait ce voyage. Et effectivement, ils font ce voyage. Et puis, au cours de ce voyage : il rencontre, en passant dans les villages, une femme. Edgar tombe amoureux d'une Ukrainienne. Une femme d'une autre culture, pour lui. Voilà, c'est une rencontre entre deux êtres, mais aussi entre deux mondes. Ils viennent chacun d'univers très différents. Elle, ce sont des goulags, comme on disait, des gens très persécutés, très malheureux, qui vivent dans cette Union Soviétique post-stalinienne difficile. Elle a envie de fuir, elle envie de partir, mais en même temps elle rencontre ce garçon. On va dire un mot quand même de cette rencontre, qui n'est pas banale. Ils passent en bagnole avec toute la bande et tout. Lui est un peu fauché, paumé, il est à la pupille de la nation. Comment il rencontre cette femme ?

    Il part avec d'autres copains qui eux sont plus prospères, qui l'embarque. Et puis, il arrive dans ce village. Deux jours avant, il y a un officier soviétique qui était passé en disant à la population : "Attention, il ne faut pas leur parler, ce sont des capitalistes", etc. Ils pouvaient passer, mais sans contact avec la population réelle. Cette fille se dit : "C'est ma chance." Alors elle se cache, elle monte l'arbre du village.

    Elle a envie de partir, elle a envie de rencontrer quelqu'un, elle a envie de s'enfuir. 

    Elle sent qu'il peut se passer quelque chose, qui va se passer quelque chose. Et donc évidemment, il faut qu'elle trouve ce contact. Mais ce contact est interdit. Ce qu'elle fait, elle monte dans un arbre en plein milieu du village au moment où la voiture arrive. Et là, elle commence à se déshabiller : elle enlève ses vêtements pour attirer l'attention. 

    C'est tout à fait romantique.

    Ce n'est pas de l'exhibitionnisme, c'est plutôt une sorte de provocation qui va aboutir en effet à ce qu'on… Ils vont même lui tirer dessus pour la faire redescendre de là. Mais au fond, il ne se passe rien, c'est juste une rencontre muette, mais c'est un coup de foudre un coup. Irrépressible, mais pourtant rien n'était fait pour qu'ils se rencontrent.

    Vous dites que ça va durer 50 ans. Oui, parce qu'il va tout faire pour la sortir de là. Il va revenir dans des conditions difficiles. Il va se marier pour la sortir de là. Premier mariage, mariage blanc en quelque sorte. Il l'amène en Europe. Il se rend compte que la vie qu'il peut lui donner n'est pas très brillante. Il se culpabilise, il se dit : "Je te rends ta liberté." Premier divorce. Finalement, ils vont se retrouver parce qu'ils sont très attachés l'un à l'autre. Dès qu'il va gagner un peu de sous, il va aller rechercher et lui dire : "Voilà, je peux…" C'est le début de cette mécanique que je trouve amusante et forte, c'est-à-dire que quand on dit (inaudible).

    Incroyable. Mais en réalité, c'est logique. Il y a une logique à chaque fois. À chaque fois, psychologiquement, on comprend ce qu'il se passe. Et c'est ça que je trouvais bien, c'était de rendre justice à ce couple, et à ces couples en général d'ailleurs…  Rendre justice à ce qu'est l'amour. Vous dites que la séparation, c'est aussi l'amour quelque part. Ça fait partie de l'amour.

    Oui, parce que d'abord il y a la vie, la vie sociale tout ça, qui interfère, qui peut à un moment donné vous éloigner. Tout est fait aujourd'hui malheureusement pour conduire au divorce, c'est la facilité. Mais on voit bien, avec l'allongement de la durée de la vie, il y a plus de séparations, mais il y a aussi plus de retrouvailles.

    Quand même, il y en a combien ? Six  séparations, et c'est le mariage. Oui, mais j'ai poussé la logique jusqu'au bout parce que ce sont des gens absolus, qui, quand ils se retrouvent, veulent absolument être ensemble, et consacrent ça en disant : "On s'engage." Ce ne sont pas des gens qui font les choses à moitié. Évidemment, en lisant le livre, on comprend que ce n'est pas aussi simple : le septième mariage n'est pas… Bref, tout ça a sa logique. Et tous les lecteurs me disent : "Une fois qu'on est entré dedans, en effet tout paraît très naturel." Alors que si on le racontait comme ça… Au fond, vous dites que la vie est une tragédie. Mais vous dites, d'emblée… Vous dites, dans l'introduction, qu'il faut en rire, qu'il faut la prendre avec légèreté.

    Oui, parce que toute leur vie est faite de ça. Elle est faite de drames, de tragédies, de choses, mais qui vivent toujours avec une forme d'énergie, de sourires, d'enthousiasme, de force en quelque sorte qui est en eux, et qui est dans chacun d'eux, mais aussi dans le couple qu'ils forment. Et c'est ça que je trouvais formidable.

    L'alchimie de l'amour. Au fond, la force des personnages. Ça vous plaît d'inventer des personnages comme ça ? Des personnages entiers, des personnages qui se dépassent…

    Je n'aime pas, en tout cas pour les premiers rôles, des personnages désespérés, tragiques, etc. J'aime des personnages qui peuvent traverser absolument toutes les formes de drames de la vie, d'épreuves, mais en ayant quelque chose qui les portent ; qui me porte parce que si le matin, je me lève pour écrire quelque chose et je n'ai pas du tout envie de les retrouver, autant faire un autre métier. Je suis médecin à l'origine. L a souffrance, la mort, je connais. Si je suis allée vers la littérature, c'est pour y chercher autre chose. C'est pour y chercher ce bonheur, cet enthousiasme. Et je vais chercher au début pour moi même. Bonheur depuis 20 ans que je fais ça, de me rendre compte que ça passe aussi, je l'espère et je le crois, auprès des lecteurs. Ils partagent ce bonheur ensemble.

    Je disais d'ailleurs, au début, c'est une aventure d'écrire tout ça. Ils traversent l'Afrique du Sud, on va se balader au Maroc, on voyage. Et on traverse les époques, on traverse le temps. Le temps et tout ce qu'il s'est passé jusqu'aux années 2000. Et au fond, ça vous ressemble tout ça, vous l'aventurier. C'est une traversée du siècle, et de mon siècle. Ce n'est pas un roman historique. L'histoire, pour moi, elle commence avant ma naissance. Ce sont des choses que je n'aurai pas vécues. Mais là, ce sont des moments que j'ai vécus. Ça commence dans les années 50, comme moi si je puis dire. Et puis, ça va jusqu'à jusqu'aux années 2000. À quel point ça a changé, à quel point on a construit le monde d'aujourd'hui au cours de ces années- là. En les vivants, c'est aussi tout ce monde-là qu'on fait revivre. Le souffle romanesque, ça vous plaît, Jean-Christophe Rufin ? J'aime ça. Et je crois que les lecteurs aiment ça aussi parce que raconter des histoires, essayer de bien les raconter, avec leur poésie, avec leurs images… Moi, c'est ce que j'aime lire. Et je pense que beaucoup de gens sont comme ça aussi.

    Merci beaucoup, on aime lire. "Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla", publié chez Gallimard. C'est le nouveau roman événement de Jean-Christophe Rufin, qu'on salue. Vous allez être nombreux à lire et à vous passionner pour cette aventure. Merci beaucoup, Jean-Christophe.

    Merci.

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