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  • L'invité

    Jean Dujardin

    Invité : Jean Dujardin, acteur français.

    Oscar du meilleur acteur en 2012 pour son rôle dans « The Artist », Jean Dujardin prend tous les risques dans « Le Daim », réalisé par Quentin Dupieux. Le film a été présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le festival de Cannes.


    Transcription

    Tapis rouge pour l'une des plus grandes stars du cinéma français, Oscar à Hollywood, il est amoureux de sa veste en daim. En ouverture de la Quinzaine des réalisateurs : le film de Quentin Dupieux, c'est lui, on le retrouve, c'est Jean Dujardin.

    Vous voyez bien que ce n'est pas un vêtement banal. Tu me fais confiance, ou pas ?

    Bonjour, Jean.  Bonjour !

    "Le Daim". Là, rentré dans cet univers… Dujardin ! Je vais la voir, ça. …de l'univers de Georges. Georg (...)

    Tapis rouge pour l'une des plus grandes stars du cinéma français, Oscar à Hollywood, il est amoureux de sa veste en daim. En ouverture de la Quinzaine des réalisateurs : le film de Quentin Dupieux, c'est lui, on le retrouve, c'est Jean Dujardin.

    Vous voyez bien que ce n'est pas un vêtement banal. Tu me fais confiance, ou pas ?

    Bonjour, Jean.  Bonjour !

    "Le Daim". Là, rentré dans cet univers… Dujardin ! Je vais la voir, ça. …de l'univers de Georges. Georges, c'est le personnage du film de Quentin Dupieux, présenté en ouverture de la Quinzaine, ici à Cannes. C'est un univers, c'est excitant de rentrer là-dedans, on va en parler, on va dire de quoi ça parle, mais c'est excitant d'entrer dans un personnage comme ça ?

    Oui, et puis surtout rentrer dans l'univers de Quentin Dupieux. C'est lui qui met tout ça en forme. Lui, il nous fait fait le décorum, il nous drive, ils sont assez rares. C'est un inventeur, Quentin. C'est un peintre, un dessinateur. C'est un mec qui veut justement éviter de se professionnaliser pour garder sa grande liberté. Ça nous permet d'aller expérimenter et d'en profiter, d'en profiter tous. Moi, ça me réjouit de me dire qu'il y a encore, en 2019, possibilité de faire des rôles comme ça, et de présenter des films comme ça à Cannes.

    Parce que si on le résume, c'est idiot ce que je vais dire, c'est un personnage qui est amoureux de sa veste en daim.

    Non. En fait, non. Il n'est pas vraiment amoureux de sa veste en daim. Il aime cette veste en daim, mais c'est un prétexte, je pense, pour se parler. C'est surtout un mec qui est en fuite de lui-même, de quelque chose… Si on veut l'expliquer, si on veut rester un peu… Si on veut avoir une prise-terre, parce que le mec il est déjà assez loin, il a passé la crête, donc il est en chute, là. Il s'évade de lui-même, de sa vie sociale, et il va jusqu'au bout d'un espèce de désir adolescent, d'aller chercher une veste en daim qu'il va payer une fortune, juste pour ressembler à peut-être l'idée qu'il se faisait de lui-même. Il y avait sûrement un manque dans son adolescence, je n'en sais rien, mais c'est surtout un prétexte pour s'isoler et parler, en fait. Je ne dis pas que c'est philosophique, mais il est question de névrotique là-dedans. Il faut que ça sorte.

    C'est une sorte de voyage initiatique. On se retrouve dans une vallée perdue… Dans les Pyrénées. …dans une auberge où il va rencontrer une jeune femme qui s'appelle Denise. Quelque part, il va contaminer cette espèce… Au début, on se dit qu'il n'est pas fou, en fait. Non… Mais progressivement, c'est… Oui, on l'a joué très normal. L'idée, c'était justement de ne pas jouer ou de surjouer le fou. Moi, je n'avais pas envie de ça, non plus. Passer dans la psychiatrie, c'est intéressant. Mais effectivement, faire des choses très usuelles, mais incongrues. Parfois, avoir des choses qui sont un peu dans la rythmie. C'est justement le rythme de Quentin, la rythmie. Que ça ne ressemble pas à d'autres comédies. Je pense qu'il a besoin aussi de signer un film qui le fait rire, qui lui ressemble, qui l'inquiète. C'est d'avoir des sensations.

    J'ai pensé à une sorte de l'animalité, on parlait de la nature.

     Oui. Mais le personnage découvre ce qu'il se passe autour de lui comme un animal… C'est une régression, c'est une régression animale complète. C'est le retour aux sources, pour le coup. C'est vraiment : je me nourris, je dors, je vais laper dans un ruisseau, et je vais chasser comme une bête.

    Au-delà de ça, on ne va décrire ce qu'il va se passer dans l'histoire, mais il y a un moment, ça va devenir peut-être gore, d'une extrême violence.



    Oui, mais en même temps avec toujours un espèce de second degré, d'ironie. Ce n'est jamais s'installer non plus dans le film de genre ou film d'horreur. Il y a toujours un truc, une soupape de Quentin qu'il impose aussi dans tous ses films. On peut parler de choses inquiétantes, mais sans forcément les traduire dans les cadres, ou lorsque le genre demande. Ce qui est fantastique, c'est qu'à des moments, on ne sait pas s'il faut avoir peur ou rire. C'est ça. Ce qui est assez rare parce que parfois, on nous propose facilement ou d'avoir peur ou de rire. Qui a dit qu'on ne pouvait pas mélanger les deux ? Qui a dit que la comédie n'était pas encore à fouiller, qu'il n'y avait pas encore des choses à ressortir. Moi, je pense qu'il y a plein de… Comme dans la vie, il y a des choses très incongrues dans la vie. Vous voyez bien que sur un repas de famille, vous pouvez passer d'un thème politique et ça peut vriller totalement en 15 minutes. Alors que vous êtes certain de vous taper sur le dos. C'était tout aussi absurde, et que vous voulez tuer la personne. Ça devient… Il y a des choses comme ça qui sont que la vie arrive à… Ça ressemble à ça. 

    Il y a un moment, il y a aussi une réflexion sur le cinéma, l'image. Au fond, il va filmer tout ça. E quelque part, l'image, on s'interroge on se dit : Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est de l'image ? Où est la réalité ?

    Oui, mais c'est pareil. C'est elle qui l'impose, qui lui a dit : "Je veux que tu réalises." C'est elle qui en fait cette espèce de… Mais en même temps, ce n'est pas très intéressant, je pense que pour Quentin, la mise en abyme l'ennuie un peu. On sait que c'est toujours assez ennuyeux dans le cinéma. En fait, c'était un prétexte, une fois de plus, pour avoir le plus de blouson possible. On revient toujours à cette obsession-là. C'est d'abord cette obsession-là. On voit bien tout le fric qui peut lui prendre. C'est pour aller acheter des mecs pour être le seul mec à porter un blouson. C'est quand même… C'est totalement vain, en fait. C'est comme les jihadistes qui décident de flinguer tous les mécréants. Il y en a beaucoup trop, c'est trop compliqué.

    Ça, c'est vraiment actuel. Le film, on se dit : Est-ce qu'il est vraiment fou ? Est-ce que ce n'est pas lui qui a raison, quelque part ? Est-ce qu'il y a quelque chose de cet ordre ? 

    Je n'en sais rien. Chacun peut y mettre ce qu'il veut. Moi, je trouve ça assez rare d'ailleurs comme proposition au cinéma, c'est quand on peut te laisser faire un peu, quand on te laisse un peu les manettes. Quand on ne te fait pas que du pré-mâché. Dans l'instinct de jouer, on pense à Patrick Dewaere, on pense à des gens… On a pensé un peu à ça, oui. À Poupart dans "Série noire", qui est plus anxiogène pour le coup. Nous, on est resté quand même plus fun. Mais c'est très, très jouissif d'avoir encore des rôles comme ça. Il y a même des silences, des moments d'improvisation, des moments où l'acteur est seul face à son personnage. Oui, il y a des silences même très drôles, des silences qui sont vraiment intéressants. la comédie, ce n'est pas que le bon mot. Parfois, c'est le silence qui le précède ou qui suit. Je suis moins bavard, par exemple, que dans "I Feel good", où j'étais vraiment gonflant, mais volontairement gonflant. Ou dans "Brice de Nice". Ou dans "Brice de Nice", oui, c'est encore autre chose. Ce sont des personnages pareils, un peu en circuit fermé, un peu dingues entre eux.

    On adore ça, rentrer là-dedans. Vous, vous y entrer ; et nous aussi, quelque part. Moi, c'est cathartique, il y a un truc qui me fait du bien. Ils doivent me toucher, ces personnages, forcément. L'isolement… Petit, par exemple, j'étais parfois même assez séduit par des clochards, que je suivais, que j'allais voir, que je voyais tout seuls dans leur colère. Cet espèce d'isolement à la fois m'effrayait parce que je ne voulais pas leur ressembler quand j'étais enfant, et en même temps j'étais touché, j'étais attiré, et je voulais savoir ce qui était leur vie à ce moment- là. Oui, c'est quelque chose qui me préoccupe, sûrement.

    Merci, Jean Dujardin.  Merci.

    Merci de nous amener à chaque fois comme ça dans des univers. Waouh, ça fait du bien. J'ai un mot, c'est jouissif. Oui, je partage. Merci beaucoup. Merci, Jean. 

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    00:08:21
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