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  • L'invité

    Éric Fottorino

    Invité : Éric Fottorino, journaliste et écrivain français.

    Alors que le président français Emmanuel Macron doit annoncer ses mesures pour répondre à la crise des gilets jaunes, l'ancien patron du quotidien français « Le Monde », Éric Fottorino, sort « Zadig », une nouvelle revue pour raconter la France profonde par ceux qui la vivent. Le premier numéro a dépassé les 40 000 exemplaires vendus.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Eric Fottorino. Bonjour Patrick Simonin.  J'allais dire Citizen Fottorino, vous êtes à la tête d'un empire de presse, vous avez dirigé Le Monde. Voici maintenant le 1 qui cartonne, América c'est le neuvième numéro et vous lancez "Zadig". Toutes les Frances qui racontent la France, c'est quoi finalement votre ambition ? C'est d'intéresser le public toujours avec la presse avec une presse de proximité ?

    Oui, au moment où l'information se dématérialise, où on est dans la tyran (...)

    Bonjour Eric Fottorino. Bonjour Patrick Simonin.  J'allais dire Citizen Fottorino, vous êtes à la tête d'un empire de presse, vous avez dirigé Le Monde. Voici maintenant le 1 qui cartonne, América c'est le neuvième numéro et vous lancez "Zadig". Toutes les Frances qui racontent la France, c'est quoi finalement votre ambition ? C'est d'intéresser le public toujours avec la presse avec une presse de proximité ?

    Oui, au moment où l'information se dématérialise, où on est dans la tyrannie de l'instant, vous voyez sur Internet avec les écrans, c'est en quelques secondes. C'est une sorte de provocation de dire : "lisez long, lisez lentement". On n'ira jamais plus vite avec du papier, en revanche on ira toujours plus profond. Et ce qui est formidable, c'est qu'il y a des lecteurs pour ça. Et des lecteurs qui vont lire Réparer la France, ils vont lire ce numéro qui s'appelle "Zadig", un drôle de zig ce Zadig.  Un drôle de zig inspiré de Voltaire. Vous savez, de Gaulle en 68, quand les CRS voulaient enfermer Sartre, il avait dit : "on n'emprisonne pas Voltaire". Donc moi, j'aime bien l'idée que le personnage de Zadig, il est libre et il est résilient. C'est le plus résilient de la philosophie française. Écoutez ça, écoutez ça.

    "C'est l'amour qui vient avec je ne sais quoi  C'est l'amour, Bonjour, bonjour les demoiselles  Y'a d'la joie, partout y'a d'la joie" Parce que si on prend Charles Trenet qui chante "Y'a d'la Joie", c'est parce que c'est ça qui ouvre le premier numéro avec Leïla Slimani qui fait son édito sur "Y'a d'la Joie". Mais vous êtes un peu à contre-courant, je veux dire qu'en France, il n'y a pas de la joie aujourd'hui quand même, Eric Fottorino. Non. Mais il faut être comme ça. Je veux dire par là, j'ai proposé à Leïla Slimani une chronique qui s'appellera toujours "Y'a d'la Joie", c'est-à-dire qu'elle va chercher dans ce pays fracturé, divisé, où les gens ne veulent même pas s'écouter ce qui la réjouit elle, cette Franco-Marocaine qui nous regarde évidemment avec son regard aussi étranger, ce qui rend encore heureux en France. Mais vous titrez Réparer la France. Oui, bien sûr. C'est la Une. Ça veut dire que la France aujourd'hui est abîmée, cassée.

    Oui, c'est-à-dire vous savez, moi je dis qu'il y a des mots porteurs comme il y a des murs porteurs. Il faut du récit, il faut s'écouter et pas en quinze secondes, il faut s'écouter au long. Quand on va passer des jours et des jours avec les pêcheurs du Guilvinec, quand on suit une infirmière des Hauts-de-France dans un milieu rural, qu'on est avec elle avec ses patients, etc. Tout d'un coup, quand on est au Creusot avec Christian Bobin, ceux qui vivent ces situations-là disent : "ah, mais c'est nous". Et ils disent merci, merci de nous écouter, de nous regarder et de nous donner la parole. Oui parce que c'est une France où on pense aux gilets jaunes, c'est une France qui a le sentiment d'être oubliée et qui n'est plus entendue par les autorités centrales.  C'est-à-dire que je pense que ce n'est pas nouveau. On a un pays vraiment jacobin, centralisé, une technocratie tellement coupée, hors sol comme on dit, qu'ils ont oublié ce qu'était la France. Et donc finalement, on ne veut pas donner la leçon à personne, mais Zadig, c'est pour raconter cette France qui a tellement changé, qu'on ne comprend plus, qui est devenue illisible. Si elle était lisible, il faut qu'on la relise. Mais vous dites : "les Frances" aussi. Vous dites qu'il n'y a pas une France, en fait. Non. Bien sûr, il y a tout un tas de France : entre la France urbaine, la France rurale, la France dite périphérique, mais aussi tous les DOM-TOM. On a toutes les France, on sera en Guyane, on sera à Mayotte, on sera à la Réunion comme dans le premier numéro, etc. Donc toutes ces Frances font la France. Vous voyez, regardez, ça commence avec une carte de France et le sommaire du numéro, c'est des pages, on indique qu'à telle page, on sera dans telle ville, etc. On se balade en fait. C'est ça, on est au Havre avec Maylis de Kerangal, on est avec Christian Bobin je l'ai dit au Creusot, on est aussi à la Réunion, on va aller à Mayotte, on va aller dans tous ces endroits où la France vit et on veut vraiment être au plus près. Vous savez, la réalité, contrairement à ce que pense aujourd'hui beaucoup, elle n'est pas dans les écrans : la réalité elle est sur le terrain, respirer le même air que ceux dont on parle, c'est ça l'enjeu. Oui, c'est un défi. Un magazine trimestriel. 200 pages. C'est quasiment un livre. "J'ai tellement traîné dans les rues de Caen avec une bouteille où tout le monde a bu dedans", ça c'est signé de qui ?  Orelsan. C'est une chanson du rappeur. Et qui représente aussi finalement une part de la culture française aujourd'hui. Oui bien sûr, vous savez, dans un numéro comme ça qui est un manifeste, parce qu'il y en aura évidemment d'autres chaque 3 mois, mais c'est de dire qu'on a aussi bien Mona Ozouf qui nous raconte sa Bretagne de son enfance, très fracturée entre l'église, la laïque et puis le Breton bretonnant, et puis Orelsan, ce rappeur. On est dans des cultures, on a Mathieu Sapin qui dessine la Macronie, quand elle est aux champs j'allais dire, quand Emmanuel Macron était sur le terrain en France. Donc à chaque fois, on veut plusieurs regards, plusieurs portes d'entrée pour comprendre ce que nous sommes. Oui, mais il y a un autre aspect important, c'est que c'est un carton. Vous en avez vendu déjà 40 000 et ça, ça dit quelque chose aussi le succès de cette revue. Oui je pense que finalement, dans ce moment à la fois de fracture sociale, politique, sociologique, il y a une envie de se retrouver et de se réconcilier autour de notre pays. Et je pense que quand on fait cette offre-là, cette offre éditoriale qui est de dire : "venez embarquer avec nous, avec les pêcheurs du Guilvinec, allons voir comment est une ville comme Vierzon où les services publics foutent le camp". Mais comment on répare tout ça précisément ? Je pense qu'il y a des lecteurs qui sont prêts à adhérer à ça, parce que ce n'est pas un discours idéologique. C'est très pragmatique, c'est très concret, moi je déteste les idées générales. Ce n'est pas démago, on va dire. Non. Ce n'est pas démago parce qu'on dit ce qui va mal aussi. Mais on veut essayer à chaque fois, à partir de quelque chose qui est un problème français, notamment les services publics qui foutent le camp, comment on fait pour retisser du lien social. En fait, c'est relire la France et c'est la relier aussi et relier les Français entre eux. Quand je disais Citizen Fottorino. Alors bon voilà le premier numéro de cette nouvelle revue qui fait un carton donc Zadig, puis ça c'est le neuvième, vous faites un carton aussi avec América c'est le dernier numéro. Alors là, c'est l'Amérique de Trump, c'est l'Amérique indienne qui fait la Une. Et là, vous nous parlez d'un autre monde. Mais finalement, c'est un peu la même chose, il y a au fond une vérité humaine.

    Alors c'est une vérité. Moi je dis souvent que plus on met de l'intelligence artificielle dans nos petites machines, plus dans la pâte à papier, il faut mettre de la pâte humaine. Et cette pâte humaine sur l'Amérique indienne, c'est vraiment raconter ce qu'a été ce génocide. Il faut dire les choses. Comment cet espace qui n'était pas vierge a imaginé, a crée un imaginaire de la virginité du Grand Ouest et de l'aventure. Mais ça a été sur des milliers de cadavres.

    Ouais, on a le 1 aussi. Gros succès. Alors, c'est la grande braderie, c'est les privatisations. Je l'ouvre parce que c'est une revue qui se déplie, regardez. Très bien ouvert. On a un Monopoly. C'est un véritable Monopoly. Oui, c'est le grand jeu des privatisations, l'état qui vend. Est-ce que l'état vend les bijoux de famille ? C'est les cinq ans du 1, je tiens à le dire. Parce que quand même ça fait cinq ans. Citizen Fotto peut-être, mais sans un gramme de publicité. Je veux dire par là qu'aucune de ces publications n'est portée ni par une régie publicitaire ni par des actionnaires, c'est les lecteurs. C'est parce qu'il y a des lecteurs aujourd'hui en 2019 pour acheter ce papier quelques fois 200 pages comme América ou Zadig ou une feuille pliée en trois comme le 1 que nous sommes là. Mais vous êtes incroyable parce que vous défiez finalement tout ce qu'on dit, tous les pronostics. On dit que la presse écrite va disparaître, qu'il n'y aura plus qu'Internet ou la presse gratuite. Et là, vous faites tout le contraire, vous faites de la presse que l'on garde, que l'on conserve, parce qu’évidemment, on ne va pas le mettre à la poubelle après l'avoir lu. C'est magnifique. On est dans une période d'éphémère et moi, je suis pour les journaux non jetables, mais pour qu'ils soient non jetables, ce n'est pas tellement le fait qu'ils soient en papier, le support est important, pour moi, c'est la qualité des contenus. Si on va chercher les lecteurs sur des contenus où ils se disent : "on me prend pour quelqu'un d'intelligent" et je vais rentrer profondément dans des textes certes exigeants, mais accessibles, ce n'est pas du jargon, on comprend. Des jeunes nous lisent, beaucoup de jeunes nous lisent, ça veut bien dire que ce n'est pas pour une élite. Ce n'est pas élitiste, c'est très coloré. Il y a beaucoup d'incarnation, beaucoup de personnages, de portraits. Et quand on lit Marie Darrieussecq, quand on lit Leïla Slimani ou Marie Desplechin, on n'est pas sur la planète Mars. On nous raconte avec des mots intelligibles notre pays. Merci beaucoup Eric Fottorino. Zadig, Réparer la France, premier numéro. Vraiment, je vous conseille cette revue, c'est absolument formidable. C'est un carton déjà. Merci beaucoup, Eric Fottorino, d'avoir été notre invité.  Merci Patrick.

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    00:08:16
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