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  • L'invité

    Guy Mettan

    Invité : Guy Mettan, journaliste et homme politique suisse.

    La Suisse peut-elle sauver l'Europe après l'avoir quitté ? Guy Mettan, ancien patron de « La Tribune de Genève » et du Club suisse de la presse, aujourd'hui député au Grand conseil de Genève, lance un véritable pavé dans la mare avec son livre « Le continent perdu. Plaidoyer pour une Europe libre, démocratique et souveraine ». Il appelle l'Europe à écouter la Suisse pour trouver un nouvel élan.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Député au Parlement de Genève, il a dirigé la Tribune de Genève. Bonjour Guy Mettant. Bonjour. Vous êtes d'ailleurs toujours député et aussi un fin observateur de la situation politique internationale. Je voudrais vous parler aujourd'hui de cette journée de l'Europe que l'on célèbre partout aujourd'hui, avant les élections cruciales pour l'avenir de l'Europe qui auront lieu à la fin du mois. On peut dire que l'Europe se porte mal depuis que la Suisse l'a quittée ? C'est faire beaucoup d'honneur (...)

    Député au Parlement de Genève, il a dirigé la Tribune de Genève. Bonjour Guy Mettant. Bonjour. Vous êtes d'ailleurs toujours député et aussi un fin observateur de la situation politique internationale. Je voudrais vous parler aujourd'hui de cette journée de l'Europe que l'on célèbre partout aujourd'hui, avant les élections cruciales pour l'avenir de l'Europe qui auront lieu à la fin du mois. On peut dire que l'Europe se porte mal depuis que la Suisse l'a quittée ? C'est faire beaucoup d'honneur à la Suisse. Non, l'Europe ne se porte pas très bien, mais ce n'est pas forcément à cause de la Suisse. C'est vrai que la Suisse a joué un rôle négatif dans l'histoire de l'Europe avec cette votation du 6 décembre 92 où elle a refusé l'Espace économique européen, ce qui a précipité l'élargissement de l'Europe au détriment de son approfondissement. Aujourd'hui, 25 ans après, un quart de siècle après, on en paye toujours notre prix. Quand vous dites que la Suisse n'a pas fait tout, mais quand on vous entend, on comprend que c'est véritablement à cause de la Suisse que tout cela est arrivé. Je dis que c'est peut-être prêter beaucoup d'importance à la Suisse, mais c'est vrai qu'elle a joué ce rôle. Elle a aussi, par ce vote, donné une impulsion aux mouvements dits populistes qui prospèrent partout en Europe. En ce sens-là, elle a aussi joué un rôle dans la montée en puissance d'un certain euroscepticisme. Et l'ultra libéralisme qui s'est développé, ça vient aussi de là. Oui, aussi effectivement, parce que la Suisse a toujours été très, très libérale. Elle vit du libre-échange. Elle vit des exportations. La Suisse a aussi pesé dans cette direction.  Le bilan n'est pas terrible, le Brexit anglais, le sécessionnisme catalan, les pays du Sud qui se portent extrêmement mal, la crise des réfugiés, l'euro qui est une catastrophe sur certains plans. Finalement, le bilan est vraiment catastrophique.

    Je suis très critique avec la manière dont l'Europe fonctionne. J'ai essayé, dans ce livre, de montrer les impasses dans lesquelles elle s'était elle-même empêtrée depuis sa création en 1945, en prenant des orientations trop exclusivement économiques, en évacuant nos politiques, c'est-à-dire la démocratie. Je parle au niveau supranational. La démocratie existe au niveau des Etats, mais elle n'existe pas au niveau supranational. C'est un gros problème. Un des autres problèmes, c'est l'enchevêtrement de la mal-gouvernance, l'enchevêtrement des institutions. Il y a l'Union européenne, le Conseil de l'Europe, l'OTAN en matière de défense, l'OSCE en matière de sécurité. On a un enchevêtrement d'institutions qui rend le système opaque, confus, pas lisible pour les citoyennes et les citoyens. D'ailleurs, ça se remarque au moment de ces élections par la désaffection ou l'abstentionnisme. Egalement, vous l'avez dit, la montée des extrêmes, les mouvements souverainistes. Les peuples sont écartés de cette construction européenne depuis le début. Ils tendent à se venger en votant pour les eurosceptiques et les mouvements populistes, mais ce n'est pas étonnant. Ce que je préconise, c'est ce que j'appelle un peu la méthode suisse, c'est-à-dire renouer. Je précise, Le Continent perdu, c'est votre livre. Vous dites qu'il faut s'inspirer du modèle suisse. Il faut revenir vers ce modèle de ceux qui ont quitté l'Europe, qui aujourd'hui peuvent peut-être la sauver.

    Oui, effectivement. C'est ce que je dis un peu de façon ironique. C'est l'Europe qui devrait adhérer à la Suisse plutôt que la Suisse à l'Europe. C'est un pavé dans la mare que vous lancez. Parce que la Suisse qui est une espèce de microcosme en Europe, avec trois grandes cultures, l'italienne, la germanique et la française, avec trois langues, plusieurs religions. C'est un résumé de l'Europe. Dans des circonstances difficiles après les guerres napoléoniennes, elle a réussi à construire un Etat fédéral démocratique en introduisant des instruments de participation du peuple, c'est-à-dire droit de référendum et droit d'initiative. C'est ce que réclament, en France, les Gilets jaunes par exemple. Il se réfère d'ailleurs souvent au modèle suisse pour demander le RIC. C'est ce que Sarkozy avait introduit, en 2010, mais d'une façon beaucoup trop limitative. Cette revendication, les Suisses l'ont mise en application il y a maintenant plus de 150 ans. On voit que ça marche bien parce que le peuple est associé à la construction du pays au lieu d'en être écarté. Il est moins tenté de voter populiste, de voter contre le président. En Suisse, on peut, par un référendum, voter contre une semaine de vacances supplémentaire, ce qui est peu probable en France. Mais pourquoi pas ? Je fais confiance aux Françaises et aux Français. Je pense que les peuples ne votent pas contre leurs intérêts. Du moment que les gens comprennent que travailler, que le produit de leur travail leur revient, que le salaire est à la hauteur des efforts qu'ils font, je pense que les gens ne votent pas contre leurs intérêts et même pas contre des semaines de vacances proliférant. Vous dites que l'Europe est une grande Suisse alors. 

    Exactement. Actuellement, elle est trop étendue. Vous dites qu'elle s'est trop développée.  Non. Elle s'est élargie de façon trop précipitée au détriment d'un approfondissement des institutions parce qu'on voit que ce qui a été créé avec les différents traités, Amsterdam, Lisbonne, etc., la Constitution européenne ne fonctionne pas. La Constitution américaine, c'est 20 pages, la Constitution européenne, c'est 200 pages. C'est illisible pour tout le monde. On voit que la Constitution américaine est capable d'absorber tous les présidents, de Jackson, populiste, républicain, démocrate, Trump. Elle survivra aisément à Trump. Pourquoi ? Parce que les institutions sont solides et elles fonctionnent. L'Europe devrait se doter d'institutions équivalentes si elle veut affronter les défis du futur, la Chine, le réchauffement climatique. Vous dites que les pays devraient abandonner les élites, les technocraties de chaque pays, notamment la France qui devrait abandonner une part de leur pouvoir au profit du peuple. Vous dites que les grands Etats eux-mêmes devraient abandonner une partie de leur pouvoir au profit des petits Etats, une démocratie générale.  Une démocratie de type fédéraliste comme la connaît l'Allemagne, comme le connaissent les Etats-Unis, où le peuple est associé à l'exercice du pouvoir. Qu'est-ce qui s'est passé en Suisse ? Les élites les plus éclairées du pays, après les guerres napoléoniennes, se sont dit plutôt que de se battre entre nous et le peuple pour se partager un gâteau petit, essayons d'agrandir le gâteau ensemble. Pour ce faire, on délègue une partie du pouvoir économique, du pouvoir politique, des richesses au peuple de façon à l'associer,  à le faire adhérer à notre projet. C'est ce qui manque en Europe aujourd'hui. Je ne vois aucune élite, ni chez les européistes, ni chez les nationalistes, capable d'envisager une telle alliance entre les élites et le peuple. Ce que vous avez l'air de dire, c'est qu'abandonner une partie de son pouvoir, c'est devenir plus fort. Vous dites qu'aujourd'hui, on dépend de l'Otan, des Etats-Unis ou de la Chine, alors qu'une Europe souveraine plus forte et fédéraliste pourrait nous défendre davantage. Nous sommes vassalisés par les Etats-Unis, en tout cas en matière militaire, mais on le voit aussi en matière économique. Trump impose des sanctions que l'Europe se trouve obligée de suivre. Elle dit non, mais en réalité, elle est obligée de les suivre. On le voit ces jours-ci dans le cas de l'Iran. Pour recouvrer notre souveraineté européenne, il faut le faire sur des bases démocratiques avec la participation des peuples parce que ça rend invulnérable. Les Etats-Unis ne pourront rien nous reprocher si nous recouvrons une indépendance, une souveraineté au niveau européen, avec les peuples de façon démocratique puisqu'ils prétendent défendre la démocratie. Et là, la Suisse reviendra. Vous me l'assurez, Guy Mettan.  Et là, la Suisse peut vous porter une méthode. Il ne faut pas copier-coller.  Vous revenez ? Volontiers, volontiers. Merci. Guy Mettan était notre invité aujourd'hui. Ça s'appelle Le Continent perdu aux éditions Syrtes. Merci d'avoir été avec nous.  Merci à vous de votre invitation. 

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