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  • L'invité

    Enki Bilal

    Invité : Enki Bilal, réalisateur, dessinateur, scénariste de bande dessinée français.

    Enki Bilal, le maître de la bande dessinée contemporaine qui sera membre du jury du Festival de Cannes 2019, publie le deuxième volet de sa saga futuriste « Bug ». Un récit d'anticipation où il image le monde en 2041 emporté dans la folie et l'apocalypse après avoir perdu toute sa mémoire numérique.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Enki Bilal. Bonjour. La dénumérisation du monde, ce sera peut-être la fin du monde, Bug. Voici le livre 2. C'est un événement. On est toujours ravi de vous recevoir, Enki Bilal. Vous nous amenez en 2041 dans un monde transgénique, déformé, transformé, parce que sa mémoire a disparu. Oui, 2040-41, c'est tout près. C'est demain, mais on est déjà lancé sur les autoroutes de l'intelligence artificielle,  du transhumanisme, l'homme augmenté. C'est un terme qui veut dire ce qu'il veut dire, tr (...)

    Bonjour Enki Bilal. Bonjour. La dénumérisation du monde, ce sera peut-être la fin du monde, Bug. Voici le livre 2. C'est un événement. On est toujours ravi de vous recevoir, Enki Bilal. Vous nous amenez en 2041 dans un monde transgénique, déformé, transformé, parce que sa mémoire a disparu. Oui, 2040-41, c'est tout près. C'est demain, mais on est déjà lancé sur les autoroutes de l'intelligence artificielle,  du transhumanisme, l'homme augmenté. C'est un terme qui veut dire ce qu'il veut dire, très imagé. On rajoute des choses pour être plus performant, intellectuellement et physiquement. Si du jour au lendemain, tout ce qui gère, tout ce qui génère ce genre de science et de technologie disparaît, à savoir le numérique, le monde se trouve à l'arrêt complètement. Et là, c'est vraiment un arrêt radical. Le monde perd sa mémoire. (inaudible) l'intelligence artificielle disparaît. Ça disparaît. Effectivement, le problème est là. On se rend compte que l'on n'a pas fait travailler son cerveau comme un muscle, qu'on a fait trop confiance au numérique, qu'on a mis de côté des informations, qu'on a géré son temps, ses disponibilités, du temps pour autre chose soi-disant, mais on a oublié de stocker, dans sa propre mémoire vivante, l'histoire, sa propre histoire. L'humanité risque de perdre sa mémoire s'il y a un bug comme ça. Sauf si cette mémoire est concentrée dans une seule personne. On est dans le roman, mais vous nous annoncez ce qui peut arriver, Enki Bilal. Je ne sais pas si ça peut arriver, qu'un seul homme concentre autant de connaissances. On est dans une fable. Je me le suis permis pour précisément jouer sur les enjeux politiques, géopolitiques et des enjeux plus intimes, familiaux. On entre dans une espèce de course-poursuite puisque cet homme qui détient tout ce qui a disparu, il le détient dans un bug, le titre, ça veut dire un bug technologique, un fiasco, un arrêt du fonctionnement, mais ça veut aussi dire bestiole, insect en anglais. L'homme dont on parle, qui a toute cette mémoire, est squatté par un alien. Je le dis maintenant parce qu'on le comprend dans le deuxième volet, c'est cet alien qui est le disque dur qui a tout aspiré. On ne sait pas pourquoi, mais il a aspiré. Cet homme se trouve en capacité d'utiliser toutes les informations qui concernent le monde entier  et qu'il est le seul à avoir. Mais malgré tout, il y a de l'humanité dans votre récit, Enki Bilal, parce qu'il y a la relation entre un père et sa fille. On va voir des mafieux s'en emparer. Ils sont ringards, les mafieux. Mais ils vont s'emparer de cette jeune femme pour essayer d'obtenir ce secret qui est le pouvoir sur le monde.  C'est effectivement ça. Le troisième volet nous dira jusqu'où je vais aller. Pour l'instant, je ne sais pas moi-même. En tout cas, le personnage principal prend conscience de son pouvoir. Je ne dis pas qu'il n'a pas compris, mais il était tellement occupé par d'autres choses. Revenir de Mars, ce n'est pas évident, il revient de Mars. Il va devenir plus actif et il va prendre des décisions importantes, y compris pour le monde.  Il y a derrière cela les grands enjeux pour toute l'humanité. On dit parfois récit d'anticipation. Est-ce que vous anticipez ce qui va arriver ? Anticiper, c'est imaginer, donc raconter quelque chose qui pourrait arriver. Je ne pense pas que ça puisse arriver tel que je le décris, à savoir un bug absolument radical qui efface tout. C'est impossible parce qu'il y a des garde-fous. Il y a des précautions. Il y a des sauvegardes, j'imagine, mais des bugs, il y en aura beaucoup, des petits bugs qui peuvent vraiment créer des problèmes. On est effectivement dans une société qui est en train de se fabriquer sur des concepts totalement virtuels numériques. Ça représente une part de danger. On ne sait pas trop jusqu'où ça peut aller. L'homme peut parfois aller un peu trop loin tellement il est excité par la création et par la technologie. 

    On retrouve, dans ces années-là, le personnage actuel est toujours vivant, Ray Kurzweil. C'est un des papes du transhumanisme, qui dirige aujourd'hui Google. C'est là, le pouvoir, parce que derrière, il y a une sorte de menace fasciste. S'emparer de tout ça, c'est prendre pied dans le cerveau des humains. Vous faites allusion à la Chine qui commence à s'équiper et qui est déjà équipée de moyens de reconnaissance faciale à l'échelle d'une population. C'est Orwell, 1984, multiplié par mille. On est en train d'entrer dans cette société avec l'assentiment des populations, en tout cas des Chinois. En Europe, je pense que les Occidentaux réagiraient différemment, mais les Chinois sont étrangement passifs par une espèce de culture de la soumission qui est sans doute due à des décennies de communisme. C'est très, très inquiétant.

    Il y a vos dessins. C'est peu de dire qu'ils sont absolument incroyables. On les connaît. On connaît votre trait, Enki Bilal. Il y a une fulgurance dans ce récit, en plus petit format, le livre 2 qui vient d'arriver. Il y en aura peut-être cinq. Il y a comme quelque chose d'une nécessité dans le trait, de rapidité. Le récit est très compact. Il y a des ellipses assez radicales. C'est la narration qui le nécessite et le sujet. Tout est lié, en fin de compte. Quand on est dans l'acte de création, on est soi-même pris par le récit. Je le vis d'une certaine façon puisque je le déroule au fur et à mesure. Par exemple, le troisième volet que je vais commencer bientôt, je ne sais pas exactement où je vais aller. Vous êtes influencé par ce qui se passe autour. Ça peut arriver. Par la vie. Je laisse les choses venir aussi, mais ce que je connais, c'est la fin. Je connais la fin de la série. Ça ne bougera pas. C'est comme une forme d'improvisation. C'est comme une musique qui vient en vous. Il y a de ça. Ça peut ressembler à une séance d'improvisation musicale. Ce n'est pas faux. Il y a un peu de ça. Vers la fin notamment, je me laisse toujours des possibilités, des pistes différentes à explorer. J'en choisis une. C'est le cas dans le deuxième volet. Incroyable ville, l'architecture des villes, on voit ces immeubles arborés. On voit les villes par au-dessus. Vous utilisez Google. Oui. De la réalité d'aujourd'hui pour créer la réalité de demain. Volontairement, je ne recrée pas réellement un nouveau monde. J'essaie de garder la proximité avec le monde d'aujourd'hui pour que, justement, le lecteur soit plus immergé et qu'il se dise, ça peut m'arriver. Ça peut m'arriver demain. Le petit gamin qui était à Belgrade, il rêvait un jour d'être membre du jury du Festival de Cannes, Enki Bilal ? Le petit gamin, à 9 ans, il a joué dans un film à Belgrade où il dessinait sur les trottoirs à la craie. C'était un petit film assez sympathique  dans l'esprit de Jacques Tati. C'était un film muet, mais avec une petite musique entraînante sur des gamins. Je ne rêvais pas. Evidemment, je n'en rêvais pas; mais c'est vrai que c'est assez exceptionnel comme aventure à vivre. Je m'apprête à la vivre. Merci Enki Bilal. Ça s'appelle Bug, le Livre deuxième, publié chez Casterman. C'est un événement. C'est absolument exceptionnel. Merci beaucoup, Enki, d'avoir été avec nous. Merci.

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    00:08:03
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